Dossier-Guinée-Fria : les ouvriers de l’usine Rusal comme dans un goulag, racontent l’enfer qu’ils vivent

février 19, 2019 10:28

 «Nous souffrons énormément. La menace du Président de la République lors de son passage ici à l’usine a scellé notre sort. Il a menacé faire arrêter et mettre en prison tout travailleur qui essaierait de revendiquer ou de conduire un mouvement de grève. Depuis, nous sommes livrés aux Russes qui font de nous ce qu’ils veulent. Nous n’avons pas le droit de réclamer quoique ce soit. Nos droits connaissent actuellement une restriction et restent brimés. Le travail ici est loin d’être une source de gain. Il se perçoit désormais comme une corvée. Les conditions dans lesquelles nous travaillons et le traitement salarial  qui nous a été imposé sont malheureusement proches de celles des mineurs des siècles passés…» Ces lamentations d’un travailleur de Rusal, rencontré dans un café situé en face de la poste à Fria, sont partagées par la quasi-totalité des travailleurs. Ce sont des hommes et des femmes, plongés dans un total désarroi, qui nous ont exposés leur misère lors de notre récente visite à Fria dans le cadre d’une investigation portant sur les conditions de travail des ouvriers de l’usine Rusal.

 L’écrivain Emile Zola doit aujourd’hui se retourner dans sa tombe. Lui qui a dépeint dans « Germinal », la condition de travail des  mineurs au XIXème  siècle, condition  de travail et de vie décrite comme l’enfer où les mineurs très mal payés gémissaient sous le poids de l’exploitation.

A écouter les travailleurs de Rusal à Fria, on a la chair de pouls. Leurs conditions de travail et de vie telles que décrites sont déplorables, frisant à la limite l’inacceptable.

Des salaires de misère

Quand le président Alpha Condé relançait officiellement l’usine Rusal Friguia au mois de mai 2018, après quatre ans d’arrêt pour cause de grève, les travailleurs et les populations de Fria pensaient voir la fin de leurs misères. Mais hélas ! Ils vont vite déchanter. Ce démarrage qui avait suscité de l’espoir chez tout le monde, s’est transformé en ‘’cauchemar’’.

Tenez ! La première surprise sera l’introduction d’une société intermédiaire, pour plus précis, une société sous-traitante entre les travailleurs et Rusal. La Société d’Exploitation et Intérim des Travailleurs Africains (SEINTA) est chargée de recruter les travailleurs et payer les salaires. Ainsi, cette société de sous-traitance recrute deux mille travailleurs parmi les anciens, y compris ceux recrutés ailleurs. Non contente de prendre pêle-mêle les travailleurs, elle place l’épée de Damoclès sur leurs têtes. Pas de revendications ni plainte. Pas de contrat ni bulletins de salaires. Pas de prise en charge médicale. Pire, les jours d’hospitalisation  sont non payés à la caisse. Idem pour les jours d’absence autorisés. Eviter tout contact avec la presse sous peine d’être renvoyé. Les heures supplémentaires non prises en compte…

Du point de vue salaire ? Selon des témoignages, c’est une vraie catastrophe. Les quelques travailleurs rencontrés et que nous avons priés de nous faire part  de leurs conditions de travail et des salaires touchés chaque fin du mois, acceptent sous réserve du respect de l’anonymat. «Je ne veux pas que mon nom paraisse», nous nous inclinons devant leur desideratum. Un travailleur avec les yeux hagards, témoigne de sa douleur et de son chagrin face  aux nouveaux traitements qui leur ont été imposés : «Tout le monde est payé aux taux horaires chaque quinzaine. Le superviseur touche 17 mille 50 francs guinéens, l’heure quand un agent de maîtrise prend entre 11 mille 352gnf et  13 mille 888gnf. Les chauffeurs et autres techniciens de surface sont payés à 7 mille 500gnf par heure. Pour ne citer que ceux-là. Je précise que cet argent est calculé et payé par quinzaine. Chaque quatorze jour, on calcule vos heures de travail qu’on multiplie par le montant proposé. Ce sont des montants dérisoires qui ne servent à rien. On est mal payé et on n’a pas là où se plaindre…», soutient un travailleur.

Pour cet autre travailleur, le sourire aux lèvres, notre présence est porteuse d’espoir. Il exprime son désarroi avec forte conviction : «parler de nos conditions de vie et de travail, c’est difficile. J’ai 21 ans de vie, ici à Fria. Mais, je n’ai jamais vécu une telle situation. Regardez vous-mêmes ! Vous avez fait le tour de la ville ? Fria n’est plus Fria depuis 2013. Les Russes ont rouvert l’usine, mais à quelles conditions ? On n’est pas bien payé comme par le passé. Un père de famille qu’on paye à main levée. Est-ce que le terme  «travail » convient-il étymologiquement  à l’usine Rusal pour désigner le labeur exécuté et le traitement que nous inflige SEINTA? Ne conviendrait-il pas mieux d’utiliser les mots exploitation ou encore esclavage ?», s’interroge notre deuxième interlocuteur très remonté.

Que reproche-t-on à SEINTA, la société sous-traitante ?

Un cadre de Rusal  dénonce : «nous sommes contre le mauvais traitement, le manque de respect, les mauvais salaires, le manque de contrat de travail, l’injustice. Aucune prise en charge en cas de maladie. Même quand vous êtes en retard de deux minutes, vous êtes radiés. On ne peut revendiquer un quelconque droit. D’accord. On a déploré la fermeture de l’usine en 2012. Mais comment une société sans visage, ni répondant peut-elle dicter sa loi à tout un monde ? Ce n’est pas sérieux tout ça ! Les gens abusent de notre pauvreté pour nous réduire au rang d’animaux. Nous sommes des êtres humains ! Nous avons des droits. On regrette la réouverture de l’usine si ça doit continuer ainsi», conclut-il.

Mais pourquoi tiennent-ils à garder leurs identités au secret? 

 «C’est simple. Ils peuvent nous renvoyer. Mais ce n’est pas de leur faute. C’est le Président de la République. Lors de relance de l’usine, il nous a menacés. Les autres n’ont fait qu’appliquer ses instructions. Aujourd’hui, on n’a pas le droit de parler à la presse ni revendiquer quoique ce soit. Beaucoup de vos confrères qui viennent ici échouent au portail. On ne leur permet pas d’avoir accès à l’usine. Voyez-vous ? Que cachent-ils ? Ici, on travaille et on se contente de ce qu’on nous tend après deux semaines de souffrance. Pour l’heure, on n’a pas de choix», se lamente-t-il. Une épée de Damoclès qui contraint les employés à garder le silence et à subir, se résigner dans la douleur et le chagrin, cette exploitation d’un autre genre.

Triste sort pour les médecins de l’hôpital Pechiney !

Les médecins de l’hôpital Pechiney ne sont pas contents. Ils se disent victimes d’une injustice. Privés de leurs salaires d’avant grève, ils viennent d’être placés sous le contrôle de la société sous-traitante qui leur dicte ses lois.

Rappelons que quand la grève a été déclenchée en 2012, le tribunal du travail avait prononcé une ordonnance demandant l’arrêt de la grève arguant qu’elle est illégale. Dans la même ordonnance, il était indiqué que le personnel soumis au service minimal  devait continuer à travailler. Ce qui veut dire que sur le plan de la loi, ces travailleurs avaient l’obligation de travailler malgré la grève et c’est ce qui fut fait. Depuis le mois d’avril 2012, le personnel médical et les travailleurs de l’usine qui font partie du service minimal n’ont jamais arrêté de travailler. Pour eux, c’est comme s’il n’y a jamais eu de grève.

Aujourd’hui, sur la base de cette ordonnance du tribunal du travail, le personnel hospitalier de Péchiney de Fria qui n’a jamais cessé le travail, réclame à ce qu’il soit réhabilité dans ses droits. Ce, conformément aux accords signés. C’est du moins, une exigence formulée par ce chirurgien-dentiste dudit établissement sanitaire.

«Comme tous les travailleurs de l’usine, nous avions été soumis aux différents accords que le gouvernement a eu avec la société Rusal notamment par rapport au paiement des 1.050.000 Fg par mois qui devaient refléter l’indemnité de chômage technique même si sur le plan légal ce qui a été dit dans les accords n’a pas été respecté. Parce qu’il était dit qu’on devait payer 50% du salaire de base du personnel pendant cette période d’arrêt de l’usine», a confié Dr Bah Boubacar.

Avec la reprise, les travailleurs de l’hôpital Pechiney s’attendaient à bénéficier de leurs droits d’avant grève. Ils croyaient que les salaires allaient être payés comme ils les percevaient avant. Tel n’a pas été le cas et la situation devient de plus en plus inquiétante d’autant que le personnel médical ne peut être soumis à un service de sous-traitance comme c’est le cas à l’usine avec l’entreprise SEINTA Prestation.

«La situation actuelle nous préoccupe et ce n’est pas SEINTA Prestation qui nous intéresse. Parce qu’elle est une entreprise de sous-traitance. Alors que le statut du personnel médical ne peut pas rentrer dans la sous-traitance. On ne nous sous-traite pas, nous.  Par contre, nous devons bénéficier de nos droits tels que définis dans le contrat qui nous lie à Rusal-Friguia. Normalement à partir de la reprise officielle de l’usine, nous devrions recommencer à percevoir notre salaire et nous sommes dans cette attente. Nous avons même entrepris des démarches pour au moins poser des questions aux autorités compétentes. Mais malheureusement pour le moment, nous n’avons pas d’interlocuteur», a expliqué un autre médecin.

D’ailleurs, SEINTA Prestation  ne s’est jamais intéressée au personnel médical. Celui-ci, en revanche, dénonce l’incapacité de l’inspection générale du travail à gérer les problèmes des travailleurs.

«L’Inspection générale  du travail ne fait pas son boulot. Parce qu’il était dit dans les accords entre Rusal et le gouvernement que tout ce qui est affaire sociale, devrait rentrer dans l’ordre à partir d’avril 2018. Mais jusqu’ici, on ne parle toujours pas de salaire des gens. Pire, c’est qu’il n’y a aucune information se rapportant à cette question. On se demande quand est-ce qu’on va commencer à nous payer parce que nous continuons à travailler», s’inquiète le chirurgien-dentiste.

Lors du dernier séjour du chef de l’Etat à Fria, il avait indiqué que les problèmes doivent être remontés aux autorités locales avant d’atteindre les partenaires Russes. Ces travailleurs se sont inscrits dans cette logique pour avoir des réponses à leurs inquiétudes. Pour l’heure, seul l’Imam central a été rencontré. Ce dernier leur promet un rendez-vous avec madame le Préfet les jours à venir. Si ces démarches n’aboutissent pas, les travailleurs menacent de recourir à toutes les voies légales pour être réhabilités dans leurs droits.

«Dans ce pays, nous avons des lois que nous connaissons très bien et qui prévoient toutes ces situations auxquelles nous sommes aujourd’hui confrontés. Si les démarches informelles n’aboutissent pas, nous allons passer par la voie légale pour rentrer dans nos droits. Nous avons le droit d’interpeller l’inspection du travail que nous n’avons pour le moment pas interpellé en attendant de rencontrer le préfet. Nous avons toujours prôné la discipline et la patience pour éviter ce qu’on a vécu ici en passant par la voie pacifique. Ce que nous exigeons, c’est d’avoir des réponses. Parce qu’aujourd’hui, il y a un flou total… Ce n’est pas légal de faire travailler quelqu’un pendant 30 jours et ne pas le payer à la fin du mois. Notre patron doit au moins nous donner des informations sur le programme de paiement de nos salaires. Nous souhaitons aussi la manifestation de l’autorité de l’Etat. Parce que nous sentons son absence totale dans cette affaire», a-t-il fustigé un troisième médecin interlocuteur.

Cette situation de deux poids deux mesures à laquelle font face plus de soixante agents, est déplorée et dénoncée par une frange importante de la population à Fria. Pour bon nombre parmi elle, il est incompréhensible que, pendant que les travailleurs de l’usine perçoivent à la fois leurs assistance et salaire, le personnel médical lui, ne perçoive que l’assistance qui s’élève à seulement à 1.050.000 par agent.

Quand les étudiants affectés à l’usine écrivent à la Délégation à Moscou !

Les cinquante étudiants guinéens boursiers envoyés en formation en Russie qui travaillent à l’usine ne sont pas satisfaits de leur traitement. Fatigués d’attendre, ils ont écrit à la Délégation à Moscou pour expliquer leur traitement sur le terrain en Guinée.

Interrogé pourquoi jusqu’à Moscou pour se plaindre, un de ces étudiants nous apprend que le traitement qu’on leur impose est contraire à la promesse des responsables de Rusal à la Délégation. « Après notre formation, les responsables de Rusal nous ont promis des logements, des véhicules de service et  1000 dollars comme salaire mensuel pour chacun. Mais depuis qu’on a réussi chacun 3 millions de francs guinéens comme prime d’installation, rien. Seulement après 14 jours, on nous tend des miettes. Voilà pourquoi  nous avons écrit aux responsables de Moscou. Ici, quand on se plaint, on te dit tu n’es pas obligé de rester. Certains de nos amis ont quitté pour d’autres horizons », nous apprendra un des diplômés formés à Moscou.

Selon certaines indiscrétions, les responsables de Rusal-Fria, informés des démarches de ces nouveaux employés, s’apprêteraient à leur accorder les 1000 dollars comme salaires mensuels. Ce qui risque de provoquer la colère des autres travailleurs.

Le problème de transports à moitié résolu

C’est l’une des bonnes notes depuis la reprise. Les travailleurs eux-mêmes reconnaissent que de ce côté que Rusal a fait des efforts. « Il y a une amélioration au niveau des moyens de transports. Les Russes ont fait venir onze nouveaux bus flambant neufs. C’est une bonne chose. Seulement, il y a un hic. Les bus qui transportent les Russes sont climatisés et les déposent à l’intérieur de l’usine devant chaque service sans être contrôlés alors que les nôtres ne sont pas climatisés. On nous débarque à l’entrée de l’usine après un contrôle particulièrement rigoureux. On fait le reste à pied. Ils doivent encore faire des efforts pour doter les chefs de service en véhicules et éviter les petites mesquineries. Il ne doit pas y avoir deux poids deux mesures », préconise notre interlocuteur.

Cas des 400 ex-travailleurs, bannis par Rusal

Plus de quatre cent ex-travailleurs de Rusal-Friguia passent actuellement le temps devant les kiosques des jeux de hasard. Pendant notre séjour à Fria, il a fallu faire le tour des cafés et des « temples » de jeux pour pouvoir mettre la main sur des groupes de déflatés de Rusal. Ces pères de famille désœuvrés y passent toutes leurs journées. Que faire d’autre ? Démunis, sans espoir, ils ont mis tout leur dévolu sur les paris.

Sur les lieux, un ancien travailleur, les yeux complètement dans l’orbite, les lèvres sèches, le visage ridé sous le poids de la souffrance, accepte de nous parler de sa souffrance et des démarches effectués jusqu’ici auprès des autorités du pays.

«Depuis quatre ans, nous sommes dans le combat. Personnellement, j’ai rencontré la quasi-totalité des autorités du pays. Du ministre des Mines et de la Géologie au Premier ministre en passant par les centrales syndicales, mais jusqu’ici, il n’y a rien. On n’a plus où aller. Personne ne veut nous écouter. Regardez tous ces gens-là sont renvoyés sans préavis ni rien! Ces pères de famille meurent à petit feu. Combien d’amis nous avons perdu ? C’est triste ! Le Président de la République qui est le dernier recours, lui-même a enfoncé le clou en interdisant les revendications. On s’en remet à Dieu », conclut tristement l’ex membre des frondeurs, chassé par les responsables de Rusal…

La ville de Fria se meurt-elle ?

Ceux qui connaissaient la ville de Fria dans les années ‘’70, 80 et 90’’ ne retiennent pas aujourd’hui leurs larmes quand ils s’y rendent. Fria la coquette, la vie est devenue méconnaissable. La voirie urbaine complètement dégradée avec les nids de poule, les immondices d’ordures trainent ici et là, les bâtiments frappés par la vétusté, abandonnés dans les cités sans entretien, les beaux jardins fleuris d’alors, remplacés par les poubelles publiques en plein air qui dégagent des odeurs pestilentielles à vous couper le souffle. Les beaux parkings qui recevaient autrefois les grosses cylindrées sont transformés en dépotoirs d’ordures où les poules, les cabris, les moutons et autres bestioles y règnent en maitres absolus. Les artères principales qui, hier, avaient l’allure des boulevards et  qui étaient confortables pour les usagers et autres automobilistes, sont devenues impraticables. Les trois immeubles, la plus grande fierté des habitants de Fria, sont aujourd’hui dans un état de délabrement avancé. Ces bijoux, par manque d’entretien, présentent des murs crasseux et des escaliers pleins de déchets. Envahie par la poussière et les ordures, la ville de Fria présente actuellement un visage lugubre à faire fuir tout visiteur qui y met les pieds. Fria ne draine plus et n’attire plus du monde. C’est une ville désormais déserte où on ne voit que dans la journée des joueurs de jeux de hasard et quelques clochards.

Les activités commerciales ? Tout est au ralenti avec un marché à moitié vide. Les petits commerces, les restaurants, les maquis, les cafés qui, autrefois, refoulaient du monde, ont presque mis les clés sous le paillasson, faute de clients. Quant aux hôtels et autres night-clubs, ils enregistrent quelques clients sans jamais faire le plein, même pendant les week-ends. La crise est passée par là.

Que disent les responsables de Rusal-Friguia et ceux de SEINTA, la société sous-traitante ?

Après plusieurs tentatives, nous nous sommes approchés d’un responsable de Rusal qui accepté de nous répondre sous le sceau de l’anonymat. Ainsi à la question de savoir l’état des lieux et le mode de recrutement des travailleurs, il nous a répondu que pour tout savoir il faut se référer à la SEINTA. Néanmoins il reconnait qu’il y a des problèmes au niveau de Rusal « Allez-vous renseigner auprès de SEINTA !  Cette société est mieux placée pour vous dire comment elle a recruté les travailleurs. Mais laissez-moi vous dire que Rusal a des problèmes. Tout le monde le sait. Ça fait un bon moment que l’alumine ne se vend pas bien sur marché international. Difficilement les patrons ont accepté de revenir. C’est l’occasion pour moi de remercier le Président de la République, Son Excellence le Pr Alpha Condé qui a tout fait pour les ramener. Mais vous connaissez les Guinéens. On veut tout ici et maintenant. On vient d’ouvrir et dans des difficultés. Comment voulez-vous qu’on engage tout le monde et avec des salaires comme par le passé ? Rusal fait son mieux. Nous avons vu ce qui s’est passé quand on avait fermé.»

Ont-ils essayé de communiquer avec les travailleurs ?

«Nous ne sommes pas obligés. Tout le monde sait comment Rusal a pu faire pour rouvrir l’usine. D’abord il a fallu la réhabiliter. Vous savez que l’usine ne date pas d’aujourd’hui. Après tous ces travaux, les mêmes travailleurs qui ont semé  le désordre ayant entrainé la fermeture de l’usine, viennent bomber les torses pour nous obliger à les recruter. Ils racontent en ville tout ce qu’ils veulent en vilipendant Rusal. Non, soyons sérieux ! Qu’est-ce que les Guinéens veulent?» Très remonté, notre interlocuteur nous a demandés de le laisser et allez nous renseigner auprès de SEINTA si nous tenons à avoir des informations sur le nouveau fonctionnement et le mode de recrutement des travailleurs.

Malheureusement, SEINTA est introuvable en République de Guinée. Il n’y a aucune trace dans les registres de l’APIP ni à la chambre de commerce de Guinée. Nos recherches du siège de cette SEINTA ou un de ses représentants se sont également avérées infructueuses.

Seulement on nous a laissé entendre que le responsable payeur ne pointe le nez à l’usine qu’après deux semaines. Sieur Kegni Sylla, c’est son nom, une fois à Fria, se presse de quitter l’usine sur la pointe des pieds après la paie.

Au ministère du Travail, SEINTA PRESTATION n’a ses traces nulle part dans les archives. Interrogé, l’Inspecteur général du travail nous apprend qu’il n’a jamais été saisi d’un quelconque problème concernant cette société.

«C’est ma première nouvelle. Je ne suis pas informé. Mais néanmoins laissez-moi prendre contact avec mon représentant, Mr Yattara à Fria », a-t-il dit au téléphone. Mais jusqu’au moment  où monsieur Alya Camara, l’Inspecteur du travail ne nous est plus revenus et il décroche non plus son téléphone…

Enquête réalisée par Louis Célestin