Etat d’urgence sanitaire contre le coronavirus en Guinée: pour le transport en commun, c’est encore le statu quo !

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$A travers une déclaration solennelle faite dans l’après-midi du jeudi 26 mars 2020, le Chef de l’Etat a instauré l’état d’urgence sanitaire avec prise d’effet à partir de 00 heure. A l’instar des autres Etats à travers le monde, notre pays entre donc de plain-pied, dans le combat ultime contre le Covid 19, plus connu sous le nom de Coronavirus.

Les populations se sont donc réveillées vendredi matin avec une large gamme de dispositions nouvelles et contraignantes que les autorités leur enjoignent de respecter scrupuleusement. La victoire contre ce péril universel est à ce prix ! Telle une épée de Damoclès sur la tête de chaque citoyen, le maudit Coronavirus est à l’affût, prêt à attaquer. Il nous guette tous et n’épargne personne. Pire, il est terriblement ravageur.

Nul ne doute que par la foultitude de canaux d’informations, aujourd’hui disponibles, nous avons tous beaucoup appris de cette nouvelle calamité, à nulle autre pareille. Et nous sommes atterrés, tenant compte de sa létalité prononcée, de sa rapidité à se propager et de sa propension à infecter n’importe qui.

Une série d’importantes mesures ont été annoncées. Nous nous intéresserons à celles ayant trait à la circulation routière qui reste un des grands facteurs de propagation de la maladie. Pour limiter les risques de contamination, les spécialistes préconisent d’éviter toute promiscuité entre les occupants d’un même véhicule. Aussi, dans un premier temps, a-t-on fixé le nombre de passagers à trois (03) dans les taxis, un (01) sur moto et de sept (07) à dix (10) dans les minibus. Quant au transport de marchandises, trois convoyeurs sont autorisés : le chauffeur et deux apprentis.

Par contre, ce qu’on n’a pas déterminé, c’est le nombre de passagers à bord des bus de transport en commun, (public et privé), tels que la Sotragui.  Dans le même registre on n’a pas fixé le nombre d’occupants autorisés à bord des véhicules utilitaires, communément appelés personnels.

Cela est d’autant plus important qu’il s’agit dès maintenant, de fixer des règles précises pour éviter tout amalgame ou toute confusion dans ce qu’il faut faire pour éviter tout risque de contamination ou de propagation de la maladie dans les transports routiers ou, plus large, terrestres.

Le constat que nous avons fait le premier jour d’entrée en vigueur de l’état d’urgence sanitaire dans la circulation à Conakry, donne à penser que le transport en commun a plutôt fait ‘’le surpris’’.  Les conducteurs, tous profils confondus, ont joué à ‘’monsieur l’agent, je m’excuse, je ne savais pas. C’est ma première nouvelle’’, Ou alors : ‘’ah bon, comment je vais me tirer d’affaire ? Je dois verser la recette le soir, à mon patron.’’ Pour ceux qui sont plus excessifs dans les récriminations, on entend trois arguments : ‘’cette affaire de maladie là, moi je ne comprends pas, sauf peut-être pour les salutations, ça on connait l’importance depuis choléra et Ebola. D’ailleurs, ce n’est sans doute pas le nombre de passagers qui explique la contamination’’.

‘’Tous les jours on rencontre des gens qui toussent et éternuent, on n’est pas malade pour autant. Moi d’ailleurs, j’ai toujours le rhume avec toute la poussière qu’il y a partout’’.

‘’Tu vas tout faire, tout dire, tout connaître, le destin est dans les mains de Dieu. Lui seul sait de quoi tu vas mourir et  quand et comment, tu vas mourir ‘’.

 Et pour ceux qui font du chantage, à peine voilé: ‘’ vous allez voir, ils vont vite se fatiguer, si nous tous nous refusons d’appliquer cette mesure, comment ils vont faire ? Leurs bus à eux seuls ne suffiront jamais à transporter tout ce monde qui grouille à Conakry. Allons seulement, c’est affaire de trois jours ça, ils reviendront vite à de meilleurs sentiments‘’.

 Le comble de la grogne est aussi enregistré. Cela se condense dans des revendications d’un genre corporatif, à la limite du syndicalisme voire du populisme : ‘’ah, vous savez, le  prix du baril a fortement baissé à l’international. Ça devait jouer sur le prix du carburant à la pompe. S’ils diminuent, tout va diminuer et nous n’aurons pas de difficulté à trouver la recette à verser chaque jour. Notre travail est pénible, avec tous ces embouteillages qui nous bloquent de longues heures et toutes ces tracasseries que nous infligent les agents de sécurité routière, partout où on les rencontre’’.

Telle est la synthèse qui a caractérisé la circulation routière, en ce premier jour de l’état d’urgence sanitaire. A cela, il faut ajouter quelques interprétations inadaptées pour ne pas dire fallacieuses du message diffusé.

De prime abord, nous excluons la mauvaise foi, pour plutôt pencher pour une mauvaise lecture. Il se dit entre autres que le nombre trois, annoncé pour le transport par taxi, concerne uniquement les passagers sur la banquette arrière. Et que celui à l’avant, n’a pas été nommément cité, juste parce qu’il est  consacré ipso facto, donc sous-entendu. La conséquence de cette explication ‘’arrangeante‘’, pour ceux qui renâclent d’avoir à perdre ne serait-ce qu’un seul centime de leurs gains habituels, est que beaucoup de taximen ont rapidement déduit que, c’est juste la quatrième personne du siège arrière qui a été amputée du lot habituel de passagers transportés. A leur entendement, par comparaison avec le nombre habituel de personnes qu’ils embarquaient avant la nouvelle modération, ils n’auront mathématiquement perdu qu’une seule place. Cependant, la vérité est toute autre. Quand on a dit trois passagers, cela signifie un devant et deux à l’arrière, qui s’ajoutent au chauffeur.

Toute analyse faite, ce premier jour a été comme un jour de test. Les transports ont fonctionné comme d’habitude ou presque, dans la capitale. La circulation s’est avérée assez fluide sur certains axes routiers. Nous n’avons pas rencontré d’automobilistes ou de motocyclistes qui aient librement obtempéré à la règle édictée. Les passagers ont été embarqués comme à l’accoutumée. Surcharge ostentatoire à bord des taxis, des clandos, des minibus et des motos. Les images recueillies en font foi.

Pendant ce temps, aucun dispositif préventif très marqué n’est en vue. Les gens sont serrés les uns contre les autres, dans les véhicules et aux points d’arrêt. Seuls quelques masques sont visibles sur quelques chauffeurs et passagers.

La police, placée devant le fait accompli a plutôt opté pour l’alerte et la sensibilisation à large échelle de tous les usagers rencontrés. Les menus incidents survenus ça et là, ont été vite circonscrits. Nous apprenons, comme si un accord tacite avait été trouvé entre policiers et transporteurs, que le lundi prochain tout rentrera en ordre. L’air de dire que dans toute opération, c’est toujours le terrain qui commande. Attendons donc de voir.

Petit bémol cependant, nous n’avons pas confirmé notre information à un niveau plus élevé. Mais, tout porte à croire qu’elle est bien fondée. Tous les taximen rencontrés sont unanimes là-dessus. Toujours est-il que nous serons vite fixés là-dessus, le délai imparti n’est pas si lointain pour qu’on s’impatiente,  plus que de raison.

D’ici là, il est à souhaiter que les citoyens acceptent, dans la discipline et la responsabilité, de faire front commun contre cette maladie. Il ne s’agit pas que de gains financiers à engranger, mais plutôt, de gains en santé à préserver. Si nous ne prenons garde, cette maladie que certains semblent récuser, banaliser ou moquer va nous faire grand mal.

Et comme on le voit, beaucoup reste à faire pour aboutir au respect strict des consignes de prévention, pourtant largement et quotidiennement vulgarisées,  même à l’international.

Dans cet ordre d’idées et pour faire aboutir les mesures adoptées, les deux corps de sécurité routière, la police dans les centres urbains et la gendarmerie en rase campagne, rassurent qu’ils ne lésineront point sur leur mobilisation de tous les instants. Ils se disent conscients de l’importante mission qui leur est confiée dans la lutte contre ce fléau universel et rappellent  leur détermination à appliquer rigoureusement les consignes données. En cas de nécessité, nous confient-ils, ils n’hésiteront pas  à employer tous les moyens coercitifs prévus dans ce cadre spécifique, à l’encontre des conducteurs ou passagers réfractaires.

Les autorités en charge de ce dossier extrêmement sensible, ont fort à faire pour informer, mobiliser et accompagner sans relâche ce secteur hautement important que constitue le transport routier.

A ce jour, c’est l’unique moyen de déplacement à large échelle de nos populations. Et il brasse énormément de monde !

La victoire contre cette calamité mondiale, dénommée coronavirus, est à ce prix!