Exactions et tueries sur l’axe, à Conakry : Dieu reconnaîtra les siens

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Capture d’écran de l’image de la femme utilisée comme bouclier par les forces de sécurité, à Conakry.

L’image glaçante de la femme utilisée comme bouclier humain par des agents de la Compagnie mobile d’intervention et de sécurité (Cmis), lors d’une descente policière dans le cadre du maintien d’ordre, mercredi dernier, continue de susciter une vague d’indignations dans l’opinion. Pendant ce temps, on oublie ces cadavres à la pelle, qu’on enregistre dorénavant au fil des jours le long de l’axe, notamment.

L’heure ne devait plus pourtant être à l’indignation, comme le pensent maints observateurs,  face à ces exactions perpétrées par des hommes en uniforme contre des citoyens.

Et voir le ministre de la Sécurité et son homologue de l’Action sociale, s’indigner du bout des lèvres, et accourir au chevet de Dame Fatoumata Bah, comme des vierges effarouchées, ne pouvait que choquer les bonnes âmes. Car le même jour que s’est produit cette scène hallucinante, deux personnes furent tuées par balles le long du même axe. Et à ce propos, c’est silence radio de la part des autorités.

On est à près de 150 morts et c’est toujours la politique de l’autruche, la règle chez l’exécutif. Quand il ne trouve pas la parade ad hoc consistant à dire que ce sont les manifestants qui s’entre-tuent. De quoi faire dresser les cheveux sur la tête.

D’ailleurs en réaction à cette vidéo virale,  François Patuel, chercheur à Amnesty International sur la Guinée, n’est pas surpris. Il s’agit là, selon lui,  d’un exemple supplémentaire des abus de la police guinéenne. Comme il l’a confié à France 24.

« Cette scène d’une femme utilisée comme un bouclier humain contrevient à plusieurs pactes internationaux signés par la Guinée. L’exposition volontaire de personnes à des souffrances ou blessures est une grave violation des droits humains. Mais cela s’inscrit dans une tradition d’impunité pour les violations commises par les forces de sécurité : depuis 2010, plus d’une centaine de personnes ont été tuées dans le contexte de manifestations.

Malgré les plaintes déposées par les familles, un seul policier a été condamné. Sa hiérarchie directement responsable n’a pas été inquiétée », a-t-il déploré.

Face à la levée de boucliers provoquée par la vidéo, le gouvernement s’est lancé dans une fuite en avant, consistant à jeter en pâture des  »macoutes », dont l’un d’eux a été  exhibé sous les objectifs des médias. Une manière de détourner sans doute l’attention sur les complices de ce flic « fautif » et de sa hiérarchie. Une hiérarchie qui excelle dans la défausse. Alors qu’elle devait tirer les leçons en pareilles circonstances.

Même si des sanctions disciplinaires venaient à tomber contre ces agents indélicats, ce que je ne crois pas trop d’ailleurs, il va s’en dire que cela ne représenterait qu’une goutte d’eau dans un océan d’impunité.

Pour le moment, le ministre Damantang Albert Camara et ses services ont compris qu’il faut faire profil bas et laisser passer la tempête médiatique.

Ceux qui veulent s’évertuer à  « changer notre monde », afin que nous soyons régis par une  justice équitable, finiront tous par jeter leurs bonnets par-dessus les moulins.

Kalifa Gassama Diaby en sait quelque chose, lui qui a dû quitter le navire, en pleine tempête, fatigué qu’il était  en train de prêcher dans le désert.

En tout état de cause, comme on dit ‘’la justice n’oublie jamais’’. Et Dieu reconnaîtra les siens.