Exclusif- Cas des Guinéennes en détresse, financement des échangeurs par le Fonds koweïtien, l’Ambassadeur de Guinée au Koweït brise la glace

juillet 22, 2018 3:25
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Dans un entretien téléphonique exclusif  qu’il a bien voulu accorder à votre quotidien électronique Guinéenews, l’Ambassadeur de Guinée au Koweït, Mamady Traoré est revenu de long en large sur la situation de nos compatriotes en détresse dans les foyers koweitiens. Le diplomate guinéen auprès du gouvernement koweitien a également donné quelques explications liées au Fonds koweitiens dont bénéficie notre pays dans le cadre la réalisation de certaines infrastructures routières. Lisez !

Guinéenews : qu’en est-il de la situation de nos nombreuses  compatriotes qui ont quitté le pays et qui travaillent dans les ménages au Koweït ?

Mamady Traoré: nos sœurs qui ont décidé de venir au Koweït pour y travailler, sont arrivées sur la base d’un contrat qu’elles ont conclu avec des gens qui sont chez nous en Guinée. Ils sont soit des Guinéens soit des Sierra Léonais qu’on appelle les sponsors. Ces sponsors travaillent avec des bureaux existants au Koweït. Des bureaux qui sont officiellement créés pour aider les koweitiens à avoir des travailleurs immigrés. Donc nos sœurs viennent au Koweït dans ce cadre. Elles ne sont pas abandonnées comme on le pense souvent. La réalité est qu’au moment où on les recrute, elles ne savent pas exactement ce qu’elles doivent faire ici comme travail ou si elles le savent, mais une fois arrivée au Koweït, le travail pour lequel elles ont été recrutées, ce n’est pas ce celui-là qu’elles sont en train de faire. En clair, quand elles arrivent au Koweït, c’est pour être des domestiques dans les familles koweitiennes, précisément pour les épouses des koweitiens en qualité de techniciennes de surface à la maison.  Pendant leur recrutement à Conakry, on leur dit qu’elles vont toucher un salaire très élevé allant jusqu’à 1 000 dollars et d’autres on leur dit qu’elles viennent juste pour s’occuper des enfants à la maison. Ce sont des travaux qui ne sont pas contraignants… Il est important de préciser que l’Ambassade n’est pas du tout mêlée à ce recrutement. Nous ne sommes non plus informés des démarches menées pour leur recrutement. C’est quand elles arrivent au Koweït que nous sommes informés tardivement de leur présence. C’est lorsqu’elles ont des problèmes dans les familles où elles travaillent qu’elles cherchent à nous contacter…

Guinéenews : quelle a été votre réaction lors que vous aviez appris l’existence de ces réseaux de ‘’trafic humain’’ ?  

Mamady Traoré : écoutez, le Koweït a plus d’étrangers que Koweitiens. Je vous dis que les bureaux sont officiellement installés ici. Donc, on ne peut  parler de réseaux en tant que tel. Par contre,  entre elles et ceux qui les recrutent en Guinée, on peut parler de réseaux.

Guinéenews : aviez-vous une fois remonté l’information aux autorités de Conakry ?

Mamady Traoré: bien sûr, j’ai écrit une lettre qui date de plus de deux  à trois mois pour informer le ministère la Sécurité et de la Protection Civile pour  des difficultés que nous avons pour gérer nos sœurs. Nous ne sommes pas associés de leur recrutement. Mais dès qu’elles ont des problèmes, elles viennent vers nous. Nous avons proposé des solutions au ministère de la Sécurité et de la Protection Civile afin de mettre un terme au départ massif de nos sœurs de Conakry pour Koweït pour venir servir comme des domestiques. Jusqu’aujourd’hui, je n’ai pas reçu de réponse.  Quand j’ai été récemment à Conakry dans le cadre de la signature d’une convention de prêt pour la réalisation de nos échangeurs, j’en ai profité pour rencontrer le ministre de la Sécurité et de la Protection Civile mais très malheureusement, il était en mission. J’ai rencontré son secrétaire général à qui d’ailleurs j’ai expliqué les conditions dans lesquelles nos sœurs vivent au Koweït.  Il faut dire qu’il y a beaucoup qui sont là, mais celles qui ne supportent pas, ce sont elles qui fuient et viennent vers l’Ambassade. Je ne sais pas si elles sont bien ou maltraitées. Je ne suis jamais allé dans une famille parce que je n’ai pas le droit. Je ne peux venir que sauf quand les chefs de famille m’invitent. En réalité, tout celles qui ne viennent pas vers nous, on suppose que c’est parce qu’elles acceptent les conditions de travail. J’ai proposé au ministère de la Sécurité et de la Protection d’interdire les sorties de nos sœurs en attendant que les dispositions ne soient prises en relation avec l’Ambassade pour organiser leur recrutement. Pourtant, mes collègues ambassadeurs du Bénin, du Sénégal et du Togo ont fait la même chose en direction de leurs gouvernements et les dispositions ont été prises dans ce sens. Aujourd’hui, ils n’ont pratiquement pas de problèmes.

Guinéenews : est-ce que nos compatriotes qui sont en détresse sont-elles toutes immatriculées à l’Ambassade.

Mamady Traoré : je vous dis non ! Une fois que nos sœurs sont recrutées à Conakry, le billet et le visa sont supportés par les bureaux qui demandent aux sponsors à Conakry de les recruter. Une fois qu’elles arrivent à l’Aéroport international de Koweït, ce sont ces représentants de ces bureaux qui les accueillent, qui remplissent leurs formalités et qui les mettent dans les véhicules pour une destination que nous ignorons. Cela trouve que des familles ont exprimé des besoins pour qu’elles viennent travailler chez elles. Donc, elles sont aussitôt reparties dans les familles. Je vous assure que le premier choc qu’elles ont, c’est certainement à l’Aéroport parce qu’elles ne se sentent plus en liberté. Les passeports sont retirés et confisqués par les responsables des bureaux qui les ventilent dans les familles…

Guinéenews : nous avons appris qu’une d’entre elles, voulant fuir, à préférer chuter du 4ème étage. Pouvez-vous nous décrire les circonstances ?

Mamady Traoré : d’abord c’est un cas malheureux et une première. Souvent, quand elles en ont marre de leur situation et qu’elles ne veulent plus continuer, elles prennent la fuite. Mais le pire, c’est ce que cette dernière vient de faire. Elle s’appelle Kadé Sadjo Bah, elle  a sauté du 4ème étage sous prétexte qu’elle souffrait beaucoup et qu’elle ne mangeait pas. Elle s’est retrouvée avec des factures au niveau de la hanche, de la jambe et du dos. Il y a de cela trois jours quand j’ai été informé, j’ai demandé à mes collaborateurs d’aller à sa recherche et pour savoir dans quel état elle se trouvait. Ils sont venus me dire qu’elle s’est retrouvée. J’ai décidé d’aller lui voir en compagnie de mon épouse, honorable Zalikatou Diallo et ma Secrétaire. J’avoue que son état s’améliore petit-à-petit. Les médecins nous ont fait comprendre que c’est au niveau de sa jambe qu’il y a de sérieux problèmes. Le dos et la hanche, ils ont estimé qu’ils peuvent faire leur mieux mais, pour la jambe, qu’elle sera obligée de partir dans un hôpital spécialisé. La fille Sadjo était très à l’aise de nous voir à ses côtés. En plus, mon épouse parle la même langue qu’elle. Elle nous a effectivement expliqué qu’elle n’était pas du tout à l’aise, qu’elle ne mangeait pas et que c’est pourquoi elle a cherché à sauter pensant qu’elle allait pouvoir courir et aller à la police. On lui a dit si elle n’a pas pensé qu’en sautant à l’étage, une hauteur de 18 mètres, qu’elle risquait de se tuer. Elle nous a répondu qu’elle n’avait plus le choix. J’ai promis de repasser la voir de temps en temps.  Nous avons appelé sa maman parce qu’elle avait le numéro. Cette dernière nous a expliqué que c’est sa tente qui l’a obligée de venir à travers un léonais.

Guinéenews : est-ce qu’il y en a parmi nos sœurs qui sont victimes des cas de viol ?

Mamady Traoré : je ne suis pas au courant d’un tel cas. C’est ma première nouvelle. Personne parmi elles ne m’a dit qu’elle est victime de viol. Beaucoup parmi elles sont rentrées à Conakry. En ce moment, nous avons 16 filles qui sont en difficulté. Six parmi elles sont hébergées au centre où les démarches sont effectuées avant de procéder à  leur retour au pays parce qu’elles ont fui leurs employeurs. Donc, il faut des démarches… Il y a une aussi du nom de Fatoumata Touré qui est tombée malade au moment où elle s’apprêtait même de rentrer au pays. Elle a fait des crises. Selon les médecins,  elle a une maladie un peu contagieux donc, qu’elle va faire un mois à l’hôpital avant son retour en Guinée. Il y a une troisième du nom de Mariama Soumah qui va aussi entrer dès qu’elle sera en état de voyage.  Il faut préciser qu’il y a des dizaines de guinéennes qui sont en train de travailler dans les familles qui ne sont jamais venues vers nous. C’est quand elles seront dans un état à ne plus continuer leur boulot, qu’elles viendront vers nous.

Guinéenews : Où en est-on avec le projet des échangeurs dont les travaux seront financés par le Fonds Koweïtien?

Mamady Traoré : je dois dire que je suis très heureux de la signature de cet accord de prêt seulement quelques mois après mon entrée en fonction ici au Koweït. J’ai réussi à convaincre mes interlocuteurs du Fonds koweitien de la nécessité  et de l’urgence  que revêt la réalisation de ce projet quitte à bruler des étapes. Je suis d’autant  heureux que cette signature ouvrira  la voie à sa réalisation qui va certainement soulager les populations. Car, elle contribuera sans nul doute à fluidifier  ou désengorger la circulation dans Conakry qui est confrontée  à d’énormes embouteillages. En effet,  il fallait que l’un des trois partenaires ou bailleurs du projet fasse le premier pas pour que les autres suivent. C’est ce qui fut fait le 21 juin 2018 à Conakry avec le Fonds koweitien. Tout porte à croire que le Fonds d’Abu Dhabi qui a été déjà contacté et rassuré par le Fonds koweitien pour lui emboiter rapidement le pas. Il y a  de forte chance que le projet démarre avant la fin de l’année ou tout au plus début 2019, une fois l’appel d’offre terminé. Les financements des Fonds koweitiens et d’Abu Dhabi  sont destinés aux échangeurs de Hamdallaye et Bambéto. Tandis que  ceux de Cosa et Enco 5 seront financés par la Banque Islamique de Développement (BID), le troisième partenaire qui s’y est engagé.

Un entretien téléphonique réalisé par Sékou Sanoh pour Guinéenews.