Exclusif – Gestion sanitaire et financière du COVID-19 en Guinée : l’ONG ALIMA brise le silence !

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« …ce qu’il faut savoir autour d’un cas positif, c’est qu’il y a au moins 3 personnes contaminées et derrière si les choses ne sont pas prises en compte à temps, elles aussi vont contaminer peut-être trois autres personnes voire plus. Donc il ne faut pas être surpris, si à l’allure où vont les choses, qu’on se retrouve à 5 000 cas ou plus d’ici la fin du mois de mai »

Officiellement déclaré en Guinée le 12 mars dernier, la pandémie de Covid-19 touche aujourd’hui près de 1500 personnes sur l’ensemble du territoire national avec pour épicentre, Conakry, la capitale. Si les autorités sanitaires ne dénombrent à ce jour que sept cas de décès, il faut cependant déplorer la forte explosion de la chaine de contaminations. Pour être davantage édifié sur la gestion, la prise en charge, les causes de la rapide propagation du Covid-19 en Guinée, votre quotidien électronique Guinéenews© a interviewé Dr Billy Sivahera Muyisa, le Chef de Mission de l’ONG ALIMA (Alliance for International Medical Action) qui gère le site de Donka. Lisez !

Guinéenews© : comment ALIMA, votre ONG s’est-elle adjugée le marché la prise en charge sanitaire des malades de Coronavirus à l’hôpital Donka ?

Dr Billy Sivahera Muyisa : nous sommes une organisation humanitaire. Donc, on ne répond pas à des appels de marché. ALIMA est une organisation humanitaire médicale avec toute la légitimité reconnue sur le plan national et international sur les questions de santé, des crises d’urgence ou la prise en charge des malades dans les hôpitaux. Actuellement, nous évoluons dans 11 pays dans le cadre des opérations Covid-19. On vient en appui aux Etats dans la prise en charge des malades notamment au Sénégal, au Burkina Faso, au Cameroun et en République Démocratique du Congo. Notre corps de métier est la prise en charge des malades.

Guinéenews© : et quelle est votre principale source de financement ?

Dr Billy Sivahera Muyisa : nous avons plusieurs sources de financement en fonction des projets que nous développons. Ici en Guinée, nous n’avons jusqu’à présent pas encore signé un quelconque contrat avec un bailleur sur les opérations Covid-19. Ici, c’est le ministère de la Santé et l’ANSS qui nous ont fait appel pour leur venir en aide quand le nombre de cas a augmenté. Nous avons pu mobiliser des fonds auprès de notre siège qui nous ont permis de venir en aide à la population guinéenne en transférant le centre de prise en charge de Nongo vers Donka et assurer la prise en charge actuellement.

Guinéenews© : quels sont vos champs de compétence, parce qu’à part Donka, il y aussi le centre de Nongo, celui du camp Alpha Yaya, entre autres ?

Dr Billy Sivahera Muyisa : non ! Le partenariat qu’on a signé avec le ministère de la Santé, c’est pour la prise en charge des malades au niveau de Donka. L’objectif pour nous, c’est de pouvoir prendre en charge les patients sévères et graves pour les services appropriés. Nous avons notamment le service de réanimation et d’autres spécialistes en cardiologie, en diabétologie et en maladie infectieuses et aussi des urgentistes. Notre objectif, c’est de faire en sorte que le centre puisse prendre en charge les cas compliqués. Parce qu’on sait que 20% des malades nécessitent une prise en charge médicale sérieuse. Donc, selon la politique du ministère de la Santé et de l’ANSS, les autres structures vont s’occuper des cas simples et à un référencement des cas graves vers le site de Donka.

Guinéenews© : qui parle de prise en charge, parle aussi de recrutement du personnel, est-ce que c’est vous qui recrutez aussi le personnel soignant à Donka ?

Dr Billy Sivahera Muyisa : nous sommes en partenariat avec le ministère de la Santé. Nous avons donc mis à disposition une partie du personnel, le ministère de la Santé aussi affecte du personnel au niveau du site. En terme plus clair, il s’agit d’un partenariat où il y a une partie du personnel qui vient d’ALIMA et l’autre partie, du ministère de la Santé. Il y en a qui sont venus du service des maladies infectieuses, de l’ANSS et du centre de Nongo. Il y a un mixage aujourd’hui et on ne dira plus qu’il y a un personnel de tel ou tel entité ou structure. Il s’agit du personnel médical tout court.

Guinéenews© : certains estiment que le nombre de médecins est insuffisant par rapport au nombre de malades, qu’en dites-vous ?

Dr Billy Sivahera Muyisa : le processus de recrutement du personnel n’est pas le même que le processus d’admission des patients. Au début, il y avait 3 malades puis une dizaine et aujourd’hui on se retrouve à un millier. C’est une maladie nouvelle, il faut avoir la ressource mais aussi la former. C’est une difficulté qu’on a rencontrée les jours précédents. Parce qu’à Donka, la capacité est au tour de 450 lits actuellement et il y avait un gap de ressources humaines mais avec les ressources supplémentaires que nous avons reçues du ministère de la Santé, l’équipe a été renforcée. On espère aussi que d’ici la semaine prochaine, on aura tout le staff qu’il nous faut pour pouvoir assurer la prise en charge des malades en raison d’un médecin pour 10 patients, deux infirmiers pour 10 patients, deux hygiénistes pour 10 patients. Nous avons des réanimateurs qui sont en quantité conséquente, il y a aussi des cardiologues et un médecin ORL. Bref à ce jour, nous avons plus de 80 médecins et une centaine d’infirmiers. Evidemment, on va compléter pour permettre un roulement cohérent tout en respectant la législation du travail en termes de nombre d’heures du personnel. Donc c’était une difficulté, on la reconnaît mais, le problème est en train d’être résolu.

Mais ce qu’il ne faut pas oublier, le nombre de malades a augmenté très vite par rapport au processus de recrutement. Mais n’empêche, chaque patient a pu être suivi et bénéficié de son traitement et on le voit en termes de résultat. Malheureusement, on ne fait pas trop allusion à cela. Jusqu’à présent la Guinée n’a connu que 7 décès même s’il y a un nombre important de cas. C’est un indicateur qui montre quand même la fonctionnalité de la prise en charge et un suivi correct des patients. Il y a des pays qui ont moins de 500 cas mais qui ont enregistré 20 ou trente décès. Donc, cela mérité d’être souligné.

Guinéenews© : nous constatons qu’il y a une explosion du nombre de cas testés positifs au Covid-19. Nous sommes aujourd’hui à près de 1500. A votre avis, qu’est ce qui explique cette rapide propagation du Coronavirus en Guinée ?

Dr Billy Sivahera Muyisa : la propagation du COVID-19 peut s’expliquer, entre autres, par le fait que la maladie soit très contagieuse. Et le facteur multiplicateur est très important, ce n’est pas qu’en Guinée seulement. Vous pouvez voir les données épidémiologiques des autres pays notamment en occident et d’autres pays en Afrique, le nombre de cas ne fait qu’augmenter. Parce qu’on sait que derrière un cas confirmé, il y a une moyenne de 3 à 5 cas voire 8 personnes dans certains pays qui peuvent être contaminés. Donc, si les mesures de prévention proposées par l’Etat ne sont pas appliquées, on aura un nombre important de cas. La maladie a commencé par une certaine élite en Guinée et il y a eu une certaine ignorance ou banalisation par les populations, vu que les gens n’ont pas enregistré au début de cas parmi la communauté. Peut-être, ce sont ces éléments qui justifieraient cette propagation. Donc il doit y avoir une prise de conscience à tous les niveaux pour que la prévention soit assurée. Ensuite, il faut une détection massive des patients. Et pour faire une détection, il faut l’accès au prélèvement et au test, à l’annonce des résultats et ensuite à l’isolement des personnes et une prise en charge de ces cas. Donc, c’est un dispositif intégré composé de la prévention, de la détection des cas et de la prise en charge des malades pour briser la chaîne de contamination. Si cette chaine ne fonctionne pas, on se retrouverait avec beaucoup plus de cas dans les semaines à venir.

Guinéenews© : parlant des tests justement, pourquoi la moyenne des tests est faible en Guinée alors qu’il y a certains pays qui font plus de 500 tests par jour ?

Dr Billy Sivahera Muyisa : aujourd’hui, les capacités ont doublé. Il y a quelques jours la moyenne des tests réalisés par jour tournait autour de 200 à 250 cas. On m’a confié du côté de l’INSP que dans les jours à venir, ils seront en mesure de réaliser autour de 400 voire 500 tests par jour, tous les laboratoires confondus. C’est vrai qu’il faut augmenter les plateaux techniques si on veut avoir des dépistages massifs. Mais, le nombre autour de 400 et 500 tests, c’est quand même assez conséquent, si on compare à certains pays de la sous-région qui font 80 tests par jour. Il ne faut pas oublier que ce sont plusieurs pays qui font des commandes en même temps et ce sont tous les pays qui ont besoin des automates, du matériel de protection. Il y a donc une vraie tension autour des approvisionnements. En Guinée, on a pu se contenter d’abord de ce qui existait déjà, ce qui est une chance parce que plusieurs pays étaient en incapacité de pouvoir réaliser ces tests quand la maladie a commencé.

Guinéenews© : vous avez certainement vu autant que nous des images des personnes testées positives et qui n’ont pas eu de la place à Donka, défilées sur les réseaux. Est-ce que dans votre plan, vous envisagez de désengorger Donka ?

Dr Billy Sivahera Muyisa : nous nous travaillons dans la commission prise en charge et Donka est réservé uniquement pour les cas graves comme les patients souffrant de diabétique, d’hypertension ou d’autres maladies chroniques. Au niveau de la commission composée de ALIMA, du ministère de la Santé et de l’ANSS, il est quand même envisagé de trouver d’autres sites. Il y a MSF qui a commencé il y a deux jours au niveau du centre de Nongo et qui aura une capacité de 100 lits, actuellement beaucoup de malades qui arrivent sont orientés vers ces structures. Il y a aussi un autre site qui a été identifié du côté de Matam par l’ANSS et qui aura une capacité de 300 patients, un autre site sera aménagé du côté de Gbessia avec une capacité de 150 lits. Donc, tout ceci va permettre de désengorger un peu Donka. En ce moment, tous les cas qui sont simples et qui n’ont pas de complications peuvent être pris en charge dans ces structures et à Donka, on va se concentrer sur les malades graves.

Par contre, je pense qu’il faut plus de sites que ceux qui sont annoncés pour pouvoir accueillir autour de 1000 patients en tenant compte des cas attendus et des projections épidémiologiques qui sont annoncées pour la Guinée.

Probablement, il faut mobiliser d’autres sites pour essentiellement isoler les cas positifs. Parce que le problème qu’il y a ici, c’est que la plupart des patients qu’on reçoit et qu’on isole dans le contexte des pays du nord comme en Europe, ce sont des malades qui ne sont pas admis en milieu hospitalier. Ce sont des patients qui sont soignés en ambulatoire. Là-bas, le contexte culturel fait que les gens vivent de façon individualiste. Donc, c’est possible de rester isolé dans son appartement pendant deux semaines. En Afrique, par contre, les gens vivent en communauté, difficile dans ce cas de pouvoir vivre de façon isolée. On sait aussi que plus de la moitié de la population vit sous le seuil de la pauvreté. Il y a des quartiers où on rencontre une forte concentration, où plusieurs personnes vivent dans la même pièce. Il sera difficile de pouvoir demander à ces personnes d’être soignées en ambulatoire parce qu’il y a un risque de contamination ou de transmission de la maladie à d’autres personnes. C’est pourquoi la priorité serait d’avoir beaucoup de lits. En tout cas, la capacité d’isoler tous les cas positifs, de les traiter et c’est ce qui pourrait à mon avis casser la chaîne de contamination.

Guinéenews© : à vous écouter, on déduit tout de suite que le confinement de Conakry n’est pas envisageable en raison sans doute de cette extrême pauvreté comme vous l’aviez mentionné ci-haut ?

Dr Billy Sivahera Muyisa : la décision de confinement n’est pas que médicale. Il faut prendre en compte les dispositions que proposent les autorités officielles du pays, le ministère de la Santé et le Conseil scientifique. Je précise juste que pour certaines catégories de personnes, ça peut être compliqué de mettre en place une mesure de confinement stricte. Vu que dès le départ, ils vivent dans une promiscuité dans certains quartiers et aussi vu le contexte socio-économique où certains sont amenés à sortir tous les jours pour pouvoir avoir de quoi manger. Donc la question est complexe et elle n’est pas que médicale et moi j’aborde sur un angle purement médical.

Guinéenews© : à votre avis, qu’est-ce qu’il faut donc pour briser cette chaîne de propagation en Guinée ? 

Dr Billy Sivahera Muyisa : il faut dépister massivement les gens, il faut les isoler au regard du contexte et des doutes qu’on peut avoir et les traiter. Ensuite, ceux qui sont à risque, les référer à Donka vu qu’il y a un minimum de ressources pour assurer la prise en charge des patients.

Guinéenews : est-ce que vous confirmez qu’il y aurait une centaine de cas confirmés qui se sont volatilisés dans la nature ?

Dr Billy Sivahera Muyisa : je ne peux pas confirmer cela. Nous, nous travaillons sur la prise en charge. Nous n’assurons pas la surveillance des cas. Nous nous occupons de la prise en charge des cas et particulièrement des cas compliqués au niveau de Donka. C’est mieux que vous vous orientiez vers la surveillance pour avoir une réponse à votre question. Par ailleurs, ce sont des choses qui arrivent, et je vais profiter de l’opportunité que vous m’offrez pour lancer un appel à la population et à toutes ces personnes qui sont dépistées d’aller se soigner dans les centres appropriés. Parce que c’est un acte non citoyen et un manque d’amour de son prochain de rester dans sa famille quand on sait qu’on est testé positif de Covid-19. C’est comme si on décide délibérément de contaminer d’autres personnes. On en appelle aussi à la responsabilité de l’autorité de l’Etat. On a vu dans plusieurs pays, les autorités ont utilisé des moyens assez forts pour contraindre les personnes à respecter les mesures de lutte contre Covid-19. Peut-être c’est une question à pouvoir mettre sur la table parce qu’on se pose des questions pourquoi il y a toujours cette augmentation de nombre de cas.

Guinéenews© : il y a eu récemment une brouille entre votre ONG ALIMA et Mme. Yansané Fatou Baldé de la société civile qui distribuait de la nourriture aux malades du Covid-19 à Donka, qu’est ce qui s’est réellement passé ?

Dr Billy Sivahera Muyisa : je pense qu’il y a eu une incompréhension. En fait nous, nous aidons l’Etat à soigner les malades du Covid-19. Nous avons été présents dans cette structure aux premières heures sur fonds propres. Il y avait plusieurs personnes au début qui apportaient de la nourriture aux malades parce que les choses n’étaient pas encore assez clarifiés et à partir du moment où l’Etat nous a confiés la prise en charge des malades au niveau du site de Donka, il fallait renforcer les qualités, le personnel et l’organisation mais aussi l’alimentation des patients parce que cela fait partie de la prise en charge. Les malades hospitalisés ne doivent pas manger comme s’ils sont dans un restaurant où il faut goutter à tout ce qui arrive. Donc, on a essayé de mettre de l’ordre dans ce volet-là. On a échangé avec les dames qui amenaient de la nourriture pour leur faire comprendre qu’il y a un diagnostic nutritionnel qui doit être fait à l’avance pour les patients et cela est une activité médicale. Il y a des personnes qui sont diabétiques, des patients qui sont hypertendus et il y a également parmi ces patients de Covid-19 qui souffrent énormément et qui ne sont pas à mesure de manger tout ce qu’on envoie. Certains peuvent développer de la diarrhée, des symptômes gastro entérites et si la nourriture vient de partout, comment on va savoir si le patient fait de l’intoxication alimentaire ou si ce sont des symptômes liés au Covid-19 d’autant plus que c’est une maladie nouvelle.

Donc, on leur a expliqué que nous ne sommes pas contre toutes ces bonnes volontés qui viennent en aide aux malades mais, qu’on souhaiterait recevoir des vivres secs ou des vivres emballés ou soit de l’eau, du jus, etc. En ce moment, tout va se passer par cette unité de cuisine qui a été mise en place et qui est composée de chefs cuisiniers professionnels et de nutritionnistes. Malheureusement, cela n’a pas été compris de l’autre côté et vous avez remarqué tout ce tollé provoqué sur la toile. Et comme on n’est pas là pour répondre au coup pour coup, on a dénoncé officiellement auprès du ministre de la Santé et de l’OMS qui ont tranché sur la question.

Guinéenews© : certains patients se sont plaints de la qualité et du retard dans la distribution de la nourriture, est ce que la situation s’est améliorée ?

Dr Billy Sivahera Muyisa : vous êtes journalistes et vous êtes à Conakry, vous pouvez aller pour voir objectivement par vous-même ce qui se passe avec l’alimentation des patients. Certes au début, on a rencontré des difficultés dans plusieurs domaines mais les gens ignorent d’où l’on vient parce que le bâtiment de Donka ce n’était pas destiné au départ à un centre de traitement d’épidémies. C’est un bâtiment qui était en fin de réhabilitation et il n’y avait même pas d’eau dedans. On a essayé d’abord d’apporter de l’eau dans un bâtiment de R+3 (…) bref c’est normal qu’il y ait des plaintes au début avec le nombre de cas qui augmente tous les jours. Donc vu le nombre de patients qui arrivaient, il fallait renforcer les ressources humaines, recruter des aides-soignants qui assurent la distribution de la nourriture. Et donc avant qu’on ait de la maîtrise à ce niveau-là, il y a eu du retard et je pense qu’il y a eu beaucoup d’amélioration pour ne pas dire que c’est parfait.  Et je vous informe que depuis 48 h (mardi 28 avril NDLR) nous ne sommes plus en charge de cette activité. De commun accord, l’ANSS a repris l’alimentation des malades.

Guinéenews© : on aborde un autre sujet, il y a eu des dons de la part de différentes entreprises évoluant en Guinée, est-ce à ce jour il y a eu une quelconque assistance financière de la part du ministère de la Santé ou de l’ANSS à votre niveau ?

Dr Billy Sivahera Muyisa : non nous n’avons pas eu de contribution financière. ALIMA n’a pas reçu de fonds ni du ministère de la Santé ni de l’ANSS ni de qui que ce soit à ce jour. Par ailleurs, le ministère de la Santé a mis à disposition le bâtiment, ils ont équipé avec des lits et il y a eu des dotations de médicaments et d’autres matériels qu’ils apportent sur le site mais, financièrement nous n’avons pas reçu de dons.

Guinéenews© : et quelles sont vos prévisions en termes du nombre de contaminations au Covid-19, pour les prochaines semaines ou mois ?

Dr Billy Sivahera Muyisa :  il ne s’agit pas de nos prévisions en tant que ALIMA. C’est l’OMS ou les épidémiologiques qui peuvent se prononcer sur cette question. Moi, je ne suis pas la personne appropriée pour pouvoir le faire. Mais ce qu’il faut savoir au tour d’un cas positif, c’est qu’il y a au moins 3 personnes contaminées et derrière, si les choses ne sont pas prises en compte à temps, elles aussi vont contaminer peut-être trois d’autres personnes voire plus. Donc il ne faut pas être surpris, si à l’allure où vont les choses, qu’on se retrouve à 5 000 cas ou plus d’ici la fin du mois de mai.

Guinéenews© : pour terminer avez-vous un appel particulier à lancer ?

Dr Billy Sivahera Muyisa : l’appel que j’ai à lancer, c’est par rapport à l’accès à l’oxygène. Vous savez 20% des malades de Covid-19 peuvent développer de formes graves. Aujourd’hui, si on est à 1000 cas, il faut considérer qu’on a autour de 200 personnes qui ont développé des formes graves. En moyenne, dans le service de réanimation, on a entre 10 à 15 malades par jour et aujourd’hui, on a autour de 16 respirateurs, on ne peut pas soigner plus que ce nombre. Si on a 30 malades qui nécessitent d’être mis sous oxygène, on ne pourra pas faire face. Donc c’est un appel qu’on lance à toutes les personnes de bonne foi, les entreprises minières et autres, afin qu’ils mettent à disposition de l’hôpital des respirateurs. En tout cas, ce sera un grand atout pour tout le monde. Parce ce que c’est là que tout se joue dans la prise en charge des malades en réanimation.

Entretien réalisé par Nassiou Sow pour Guinéenews©