Face à une infraction des plus difficiles à circonscrire : les anciens ont toujours eu les recettes qu’il faut

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Nous tirons ce titre d’un vécu passé auprès de la gendarmerie routière dans les années 1990. A l’époque, les multiples restructurations intervenues pour développer et moderniser le service, n’étaient pas encore initiées. L’équivalent du commandement de la gendarmerie routière actuelle, s’appelait compagnie sécurité routière et n’avait pas de structures représentatives à l’intérieur du pays, comme c’est le cas aujourd’hui avec les huit compagnies sécurité routière basées dans les sept régions administratives et à Guéckédou. Il faut dire qu’à peu de choses près, les prérogatives et les missions dévolues sont restées les mêmes : la lutte contre les infractions au code de la route et toutes les formes d’insécurité en rase campagne. Le commandement de cette unité était assuré par le colonel Moussa Yaradouno, aujourd’hui disparu. L’adjoint était le colonel Kuisssé Lamah, ancien motard à la Présidence, également décédé. Quant au colonel Yéro Oury Diallo Bolingo, il occupe le poste d’officier central des constats.

C’est lui qui allait être, successivement, suite à la réforme des forces de défense et de sécurité en 2011, le premier directeur national de la gendarmerie routière puis, commandant du commandement de la même unité, devenue aujourd’hui une institution solide sous l’autorité du lieutenant-colonel Michel Koly Sovogui, qui couvre tout le territoire et fonctionne à la satisfaction de tous.

A noter que ces officiers supérieurs cités ci-avant, ont tous gravi les échelons à leur poste à la sécurité routière. Ils y sont arrivés avec des grades divers allant, de sous-lieutenant pour les uns, à lieutenant et capitaine pour d’autres. Ce qu’il nous plaît de souligner ici, c’est leur capacité à faire face à toute situation d’infraction ou tout évènement qui impactait la circulation en rase campagne. Tout en restant très disciplinés et scrupuleux à respecter les ordres de la hiérarchie, ils savaient s’adapter au terrain et aux circonstances et prendre des initiatives pour gérer efficacement tout problème survenant dans leur zone de contrôle. Il y avait ce pragmatisme et cette capacité à anticiper. Ils se faisaient obéir et parvenaient à trouver solution aux problèmes majeurs qui survenaient de temps à autre. Le tout, sans excès, sans violence ou tracasserie. Et tous ces résultats incluent continûment le maître-mot qu’ils avaient à cœur de faire triompher en toute circonstance : la prévention.

Nous ressassons ces souvenirs d’une certaine époque, non pas pour encenser, ennuyer ou lasser, mais pour susciter d’éventuelles vocations chez les jeunes ou améliorer des comportements au sein de la nouvelle génération d’agents en activité.

A noter que tous ces résultats positifs accumulés pendant cette période, l’ont été sans grands moyens. Malgré qu’on estime n’en avoir jamais eu assez pour s’en satisfaire.

A comparer les deux époques, on peut dire que dans les années 1990, la mobilité et la communication étaient encore balbutiantes. Malgré tout, ces agents ont parfaitement géré les quelques problèmes majeurs qui ont marqué la circulation.

A titre d’illustration, nous ferons cas d’un problème qui a défrayé la chronique un certain temps et multiplié les accidents nocturnes. Il portait sur des dispositifs d’éclairage jugés excessifs. Il ne s’agissait pas à l’époque d’intensité hors-normes de luminosité comme c’est le cas avec les fameux ‘’phares chinois’’ dont nous avons parlé la semaine dernière. Plutôt, il était question d’excès d’éclairage ou d’abus de feux lumineux installés sur véhicule. L’on pouvait voir jusqu’à six feux et plus montés, surtout sur les camions. On installe même des projecteurs, comme pour aller à la chasse.

C’était à faire perdre son latin au constructeur du véhicule qui devait s’estimer mal inspiré de n’avoir prévu que deux seuls phares par véhicule. Et là où tout s’est corsé, s’ajoutant au risque principal d’éblouissement, c’est le fait que cette panoplie de feux ajoutés n’était pas bien fixée. Les pare-chocs et ailes des véhicules n’étant pas configurés à l’usine pour recevoir tout ce complément inadapté. Donc certains de ces feux tremblaient, oscillaient et se remuaient pendant le roulage. Ce qui fait qu’ils éblouissent et perturbent fortement les usagers venant en sens inverse. Lesquels étaient aussitôt troublés et perdaient le contrôle de leur direction.

Cette situation gravissime a suscité un tollé général. Des réunions ont été tenues, des séances de sensibilisation ont été organisées, des courriers ont été échangés, des menaces ont été brandies. Rien de tout cela n’a suffi. Jusqu’au jour où la gendarmerie s’est investie dans la recherche de solution à cet urgent et épineux problème.

Il a été ordonné à tous les postes de contrôle, d’immobiliser chaque véhicule et de procéder à un constat visuel. En cas de surplus de feu, les desserrer tous et les saisir. Le cas échéant, pour ceux qui sont soudés, si le propriétaire ne peut pas ou ne veut pas le faire lui-même, les arracher carrément de leur support, et les déposer au poste. Toute restitution de ce trop-plein d’éclairage ne se fait qu’après paiement d’une amende au trésor.

Cela a suffi à calmer le jeu et l’infraction a définitivement cessé, du moins pour un temps. La preuve était donnée, s’il en était besoin, que l’on peut lutter efficacement contre les infractions.

Pourvu qu’on le veuille, à l’image de nos valeureux prédécesseurs dont nous saluons la mémoire, pour ceux d’entre eux qui nous ont quittés et les loyaux services rendus à la nation. Prions pour que leur exemple survive.

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