Falsification de la Constitution : un casus belli pour le Barreau de Guinée

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Le Barreau  de  Guinée refuse d’être la dupe d’une entourloupe politique, que le pouvoir semble vouloir faire avaler aux Guinéens. Cette institution se démarque ainsi par sa pugnacité dans la défense de la démocratie, dans un pays où les contrepouvoirs sont quasiment amorphes.

C’est la déclaration lapidaire du ministre de la Justice et garde des sceaux, Mamadou Lamine Fofana selon laquelle, ‘’c’est la Constitution publiée dans le Journal officiel de la République, qui est d’application’’, qui a hérissé le poil du Barreau, qui exige ‘’le retrait immédiat’’ du document, sans aucune forme de procès.

La « falsification » de la Constitution éventée et dénoncée par le Barreau guinéen risque de faire naître un casus belli entre l’ordre des avocats et le gouvernement, par le biais du ministère de la Justice.

En effet, le Barreau ne voudrait pas passer cette entourloupe par pertes et profits, comme le recommande le garde des sceaux.

Pour ces hommes de droit, l’acte est assez grave pour être traité comme un fait anodin. Et pour tout l’or du monde, ces robes noires, ne voudraient  jeter aux orties la morale, pour se mettre en cheville avec l’exécutif dans cette manœuvre.

Leur communiqué fait donc foi de ce refus de laisser passer cette « falsification » d’une Constitution née au forceps.

Dans ce communiqué dont nous détenons copie, le Barreau revient sur la genèse de la tenue du Référendum qui a accouché de cette Constitution. Une démarche qui a laissé trop de sang sur nos murs. C’est encore le lieu de le rappeler à l’attention de l’opinion.

« Le Conseil de l’Ordre des Avocats de Guinée rappelle que malgré la multiplication des manifestations de rues réprimées dans le sang, le gouvernement a maintenu sa ferme volonté de doter le pays d’une nouvelle Constitution.

Dans la foulée, des acteurs politiques et de la société civile opposés à l’idée de l’adoption d’une nouvelle Constitution ont été violentés, arrêtés, emprisonnés, et au pire des cas, tués à l’occasion des manifestations. »

Après tous les avatars qui ont entouré ce scrutin, la CENI a jugé bon de proclamer le « Oui » par un score à la soviétique.

C’est donc contre toute attente, le 14 Avril 2020, date de sa publication au Journal officiel de la République, que le Barreau de Guinée a été surpris de constater la publication d’une « constitution » différente du projet soumis à la consultation populaire du 22 Mars 2020», peut-on lire dans ce communiqué au vitriol.

Les Avocats arrivent à la conclusion que « de toute évidence, le texte soumis au référendum a été frauduleusement altéré et vidé de sa substance. Des individus, sans qualité, ni droit, se sont donnés le plaisir et le luxe de travestir la volonté du peuple qui s’est exprimé dans les urnes le 22 Mars 2020.

Ce comportement inédit est constitutif de l’infraction de faux en écriture publique, prévue et punie aux articles 585 et suivants du Code pénal, et porte gravement atteinte aux principes essentiels de la démocratie, à l’Etat de Droit et à l’Ordre constitutionnel.’’

Tout en déplorant ce qu’il qualifie  de « délinquance juridique qui s’est traduite par la mutilation du projet issu de ce référendum, le Barreau exige le retrait immédiat et sans délais des exemplaires vendus ou non du document faux qu’on appelle à tort « nouvelle constitution ».

Pour finir, L’Ordre des avocats renvoie  par la même occasion « la Cour Constitutionnelle, gardienne de la Constitution, à prendre ses responsabilités pour le rétablissement de l’Ordre constitutionnel, le respect de l’Etat de Droit et l’observation des principes essentiels de la démocratie. »

Voilà qui sonne comme un avertissement à ce pouvoir qui ne résonne qu’en termes de rapport de force. Car le Barreau est loin d’un cénacle de plaisantins.