Fanta Kébé, major de sa promotion à l’Université Julius Nyerere de Kankan: « Le handicap n’est pas une fatalité »

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Les étudiants de la 10ème promotion du système LMD de l’université Julius Nyerere de Kankan ont reçu leurs diplômes de fin de premier cycle universitaire. Au niveau de la  faculté  des sciences  économiques, de gestion et finance, cette année la première lauréate, se déplace avec des béquilles.

Son nom c’est Fanta Kébé, une fille âgée de 26 ans. Elle souffre d’un handicap moteur. Comment avec ses béquilles est-elle  parvenue à se hisser au premier rang de toute sa promotion ? C’est ce que  notre correspondant local a essayé de comprendre, à travers cet entretien qu’elle a bien voulu nous accorder. Lisez.

Guineenews: Bonjour  Mademoiselle Fanta Kébé, Quel effet ça vous fait d’être major de votre promotion avec un diplômé en  sciences économiques et finance en poche?

Fanta Kébé : Rire… au fait c’est tout simplement une grande émotion pour moi. Je suis contente, ravie d’être couronnée par l’obtention de ce diplôme. C’est une opportunité pour moi de remercier tous ceux qui m’ont soutenue, tous ceux qui m’ont encouragée, tout au long de mon cursus universitaire, qui n’a pas du tout été facile, et d’être aussi reconnaissante envers les parents qui ont pensé à me scolariser. C’est l’occasion pour moi aussi d’avoir une pensée pour mes encadreurs.

Guineenews: Comme vous le disiez, le cursus universitaire n’a pas été facile, au-delà que direz-vous de l’ensemble de votre parcours académique?

Fanta Kébé: J’ai débuté mes études, notamment le primaire à Macenta. J’étais avec mon beau père, l’épouse de mon homonyme. A l’époque je n’étais pas comme ça (Handicapé motrice). C’est lui qui m’a scolarisé. En ce moment je marchais très bien. C’est progressivement que j’ai commencé à ressentir des douleurs. C’est arrivé au CM2 que j’ai commencé à ressentir très fortement la douleur. C’est dans ces conditions que je suis allée à l’examen du CEP. J’ai été classée première quand même à l’issue de la proclamation des résultats. Entre-temps, mon parrain a été muté à Kissidougougou. C’est là-bas que j’ai fait le collège à Ernesto Che Guevara. J’ai échoué au brevet de premier cycle une fois. On m’a inscrite dans une école privée. Là-bas, ma maladie s’aggravait. Mais avec tout ça, les parents s’occupaient de moi. On a visité beaucoup d’hôpitaux. J’ai pu enchaîner Brevet et Bac dans cet établissement privé. Ainsi j’ai été orientée ici à Kankan pour les études universitaires. J’ai été confrontée à des difficultés. D’abord la pauvreté de mes parents ne me permettait pas d’avoir un engin de déplacement. Je me déplaçais le plus souvent en taxi et j’arrivais très souvent en retard en cours. Malgré tout je me suis déterminée sur ma lancée, pour sortir major de ma promotion.

Guineenews: Pour réussir ce que vous venez de réaliser, il faut forcément avoir une  recette. Quelle est la vôtre?

Fanta Kébé: C’est grâce à Dieu et le courage que j’ai pu arriver là où je suis. J’aurai bien pu tout abandonner. Tout plaquer et miser sur la charité comme bon nombre de mes semblables. Je me suis adonnée à mes études pour pouvoir un jour réaliser mes rêves. Parce que mes parents n’ont rien, ils sont pauvres. Et moi je veux relever le défi.

Guineenews: Et justement à quoi rêvez- vous exactement ?

Fanta Kébé: Mon rêve c’est de devenir autonome. Je ne veux plus dépendre de personne. Je veux pouvoir m’occuper amplement de moi-même. Aujourd’hui en tant que diplômée en économie, je prie toute personne de bonne volonté de m’aider à décrocher un bon emploi. Et à mes semblables handicapés j’aimerais leur dire de prendre les études au sérieux. Personne ne souhaite être victime d’handicap certes, mais ce n’est pas une fatalité. Alors je les exhorte à prendre du courage.

Guineenews: Merci beaucoup d’avoir répondu à nos questions, Mlle Kébé rappelons que vous êtes la lauréate de la faculté des sciences économiques, gestion et finance au compte de la 10ème promotion sortante de  l’université Julius Nyerere de Kankan.