Fête de l’indépendance à Kindia : de l’incertitude au report… l’attente a été longue (Reportage)

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Prévisible depuis des mois, le report de la célébration tournante de la fête de l’indépendance à Kindia est désormais acté. La faute surtout au retard dans la réalisation des infrastructures. Reportage !

Vendredi 13 septembre, dans le couloir qui sépare les deux bâtiments de la mairie de Kindia, des cadres murmurent contre le maire Mamadouba Bangoura. Celui-ci vient de lancer dans une radio privée de la place que la fête à Kindia est reportée à 2020. « Même si c’est le cas, ce n’est pas à lui de le dire. C’est le Président qui devait le dire », lance l’un des deux cadres dans leur conversation engagés autour de deux plats de fonio qu’ils prenaient comme petit-déjeuner.

 « Ah, moi j’ai été surpris de l’entendre parler ainsi. Certainement qu’il a des informations », lui réplique l’autre. « Le président de la République est même au Zimbabwe pour les obsèques de Robert Mugabe (Ndlr : les obsèques étaient plutôt organisées le 14 juillet et le Président Alpha Condé n’y était pas). Il a quitté les États-Unis pour le Zimbabwe », renchérit le premier.

Vers midi, soit près de trois heures après la conversation de ses collaborateurs, le maire Mamadouba Bangoura arrive. Quand on se présente à lui, sa première réponse sera : « eh ! Vous les journalistes, vous êtes vraiment embêtants ». Il se dirige d’abord vers le chantier d’à côté, financé par l’ANAFIC, salue les ouvriers et donne des consignes par rapport au travail. Il ne nous recevra dans son bureau qu’après cette visite du chantier.

Comment Kindia prépare la fête de l’indépendance ? 

« Je n’ai pas l’espoir que la fête puisse avoir lieu cette année. Nous sommes le 13 du mois de septembre, et il n’y a aucun signe d’activités. De bouche à oreille, j’entends que les festivités seront reportées à 2020 », a répondu le maire à notre première question.

Une communication hésitante, cafouilleuse des autorités locales

En tout cas, comparé à ses précédentes déclarations à la radio, le maire est prudent. L’autorité municipale maintient quand même l’évidence en disant que « beaucoup d’infrastructures manquent ».

Dans la ville, les infrastructures dans le cadre de la fête tournante de l’indépendance, se résument à cinq chantiers. Il s’agit de la gendarmerie départementale, de la gendarmerie régionale, de la sûreté, du commissariat et celle de la résidence du commandant de la gendarmerie. Autorités et observateurs sont unanimes que seul le bâtiment de la gendarmerie départementale peut être inauguré le 02 octobre 1958.

Projets additionnels

Si les infrastructures ne sont pas prêtes, c’est parce que les fonds ont été décaissés tardivement, selon un cadre de la direction préfectorale de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Construction. Difficile d’en savoir plus. Puisque aucun membre du comité d’organisation ne veut parler à l’absence du président – le directeur préfectoral de l’Urbanisme de Kindia, Kalil Touré – absent au pays pour raison de santé. On a plutôt préféré nous envoyer vers la Sonapi (Société nationale d’aménagement et de promotion immobilière). On sait quand même qu’en mars dernier, Kalil Touré confiait à l’Agence Guinéenne de Presse que la fête tournante qui est censée permettre à la commune urbaine de Kindia de bénéficier de 43 bâtiments, 20 kilomètres de route pavée, 30 kilomètres de route bitumée. Mais, six mois après cette annonce, le moins qu’on puisse dire c’est que la majorité de ces infrastructures est inexistante.

« Je ne sais pas si vous êtes informés, mais il paraît que la fête est reportée pour l’année prochaine », nous a répliqué N’fa Moussa Soumah, représentant de la Sonapi à Kindia, alors qu’il répondait à une de nos questions sur les chantiers des infrastructures. Dans la suite de notre entretien téléphonique, Soumah dira, cette fois avec assurance, que « la fête a été reportée à la demande des natifs de Kindia, qui se sont réunis pour demander au Premier ministre de leur accorder beaucoup plus de projets comme à Kankan et à N’Zérékoré ».

Soumah indique qu’il y a eu des projets additionnels. Pour l’instant, a-t-il lui-même indiqué, le représentant de la Sonapi gère neuf projets de construction d’infrastructures. Parmi ceux-ci, la gendarmerie régionale, la gendarmerie préfectorale, la sûreté, le commissariat, la résidence du commandant de la gendarmerie régionale, la résidence du commandant de la gendarmerie préfectorale.

Avis divergents au sein des populations sur l’état d’évolution des chantiers

Pour sa part, le chef de cabinet du gouvernorat de Kindia Mamadou Ditinn Diallo se méfie de confirmer ou infirmer le report de la fête. « Nous sommes au début des activités. Nous ne sommes qu’à un premier jet en ce qui concerne la construction des infrastructures des services de sécurité… », précise-t-il.

Pour plusieurs Kindiakas interrogés par Guinéenews, le report des festivités était bien prévisible. Au quartier Kénéndé,  Yamoussa Sylla rappelle que l’organisation de la fête à Kindia avait été annoncée par le Président Alpha Condé en janvier 2018, à Kankan. Mais, poursuit-il, le président n’a lancé les travaux des infrastructures qu’au mois de mai 2019. « Pourquoi attendre tout ce moment si on veut vraiment faire quelque chose de sérieux », s’interroge-t-il.  Comme Sylla, Fana Bangoura estime que le gouvernement n’était vraiment pas prêt pour la fête à Kindia en 2019.

« Regarder les constructions dans les autres régions, tout est en béton. A Kindia, on construit avec des briques en terre cuite. Pour moi, cela montre que Kindia est un peu défavorisé par rapport aux autres régions », estime pour sa part Morlaye Camara.

D’autres citoyens de la ville croient quand même qu’il était mieux de reporter les festivités pour mieux doter la région administrative de Kindia de plusieurs infrastructures. « Nous ne devons pas seulement voir l’aspect festif. Vu que les besoins de la Guinée ne se résument pas à Kindia seul, il faut se donner le temps qu’il faut pour doter les préfectures de Kindia d’infrastructures », analyse Mohamed Lamine Kéita.

Pour ou contre, le gouvernement a décidé. La fête aura lieu en 2020. C’est le ministre de l’administration du territoire et de la Décentralisation, général Bouréma Condé qui l’a annoncé lundi à la télévision nationale.