Fodé Camara « Careca », « soulier d’or », déplore la baisse de niveau du foot guinéen

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Revenu définitivement au bercail en 2015, après de nombreuses années passées à l’étranger, l’ex-international guinéen, soulier d’or, Fodé Camara ‘’Careca’’, à bâtons rompus, s’est prêté aux questions de votre quotidien électronique Guineenews©.

Entre deux échanges téléphoniques, le rendez-vous fut callé. D’une sympathie incomparable face aux nombreux succès récoltés durant sa carrière, c’est dans l’enceinte de l’annexe du tout flamboyant stade annexe feu Général Lansana Conté, que Fodé Camara ‘’Careca’’ s’est prêté à nos questions. Il affirme être insatisfait du niveau actuel du football guinéen qui, dit-il, est en régression. Persuadé que des mesures préventives sont en cours pour relever la barre, néanmoins inquiet, il nous plonge dans sa vie, son parcours et ses perspectives.

Fodé Camara ‘’Careca’’ est né le 9 décembre 1973 à Conakry et plus précisément à Coléah Imprimerie. Fils de feu  El hadj Aly et de feue Hadja M’Mah Camara, il est père de trois enfants (2 garçons et 1 fille). Entouré de ses anciens coéquipiers de clubs et de la sélection nationale, notre interviewer avait l’air bien à l’aise au moment de nous accorder cette interview.

Comment êtes-vous venu au football ?

 « J’ai commencé à jouer très tôt au football, à l’âge de 7 ans. Plus tard, l’envie et la passion m’ont poussé et je me suis retrouvé dans l’équipe minime de feu Naby Yansané, connu sous le sobriquet de ‘’Diass’’ (Paix à son âme). Plusieurs ex-internationaux guinéens de renom sont passés par cette sommaire école d’antan. J’ai eu l’opportunité d’avoir un peu plu tard comme entraineur, le seul ballon d’or guinéen, Chérif Souleymane, et un autre brillant entraineur allemand du nom de Fig. Qu’ils en soient remerciés de leur vivant ou à titre posthume ».

Fodé Camara a appartenu durant sa carrière à un seul club guinéen qu’est le Horoya Athlétic Club, dont il dirige depuis 4 ans et demi les destinées, en qualité de 1er entraineur dans la catégorie junior.

Comment aviez-vous été recruté au sein du Horoya AC ?

« J’ai été recruté au sein du Horoya Athlétique Club (HAC) en 1988 à partir de mon école Gbessia centre 1. J’ai joué mon premier match au stade du 28 septembre contre le légendaire Hafia football Club en 1989. C’était au compte de la compétition dénommée à l’époque la ‘’Coupe du centenaire’’. Une coupe que nous avions remportée et je jouais au poste de milieu de terrain. D’autres consécrations s’en suivront, notamment deux fois le titre de champion de Guinée et de champion en coupe nationale ».

Fodé Camara ‘’Careca’’ s’est encordé durant toute sa carrière dans le pays au club du Horoya AC. Un an et demi, cet ailier droit a fait la fierté du club en compagnie de cet autre international guinéen, Souleymane Oularé.

Sociétaire du Syli national, ‘’Careca’’ a fait ses preuves dans cette sélection nationale et a fait vibrer les cœurs de nombreux supporters.

Relatez-nous votre arrivée au sein du Syli et Comment tout cela s’est-il passé.

« J’ai été recruté au sein du Syli national par Draganne qui est yougoslave de nationalité. Mon insertion ou si vous voulez mon acceptation ne fut pas facile. J’étais très petit et j’avais 16 ans à l’époque. Plusieurs autorités du football d’alors et du staff technique n’étaient pas favorables pour ma sélection en sénior. Sauf que l’entraineur avait confiance en moi et m’a même titularisé et fait jouer au poste d’ailier droit ».

Que retenez-vous de vos plus beaux et mauvais souvenirs dans votre carrière de footballeur ?

« Si je me rappelle bien, mon premier but en sélection contre le Nigéria en 1989 reste gravé. Inattendue fut cette démarcation vers l’aile droite par un coup d’œil rapide vers le goal adverse et d’un tir puissant, j’ai vu le ballon logé au fond des filets. J’ai longtemps visionné ce match et j’avoue que le but avait même échappé aux cadreurs du jour de la RTG. Mon plus mauvais souvenir est la défaite du Syli contre le Burkina Faso lors de la CAN 1998 au Burkina, sur le score d’un but à zéro (1-0). Le Syli fut éliminé du coup après un parcours de combattant. C’était une équipe très engagée et qui a mouillé le maillot pour le pays. La récompense ne fut pas au bout des efforts. C’est un regret pour moi ».

Pour sa carrière internationale, Fodé ‘’Careca’’ Camara s’en souvient et nous dévoile son itinéraire dans la poursuite de sa carrière en dehors du pays.

« Tout a démarré en 1989, lors de la coupe du monde cadet en Ecosse. Des agents recruteurs ont eu le regard fixé vers mes prouesses. J’ai été meilleur buteur du tournoi et ‘’Soulier d’or’’ en présence des célèbres footballeurs portugais tels Figo, Ruy Costa et autres. Nous avions obtenu un match nul d’ailleurs d’un but partout (1-1) contre le Portugal et ce but fut marqué par moi. En résumé après un stage de formation à Nancy Lorraine obtenu par l’appui de l’ex vice-président du HAC, feu Michel Baroso, j’ai en premier lieu signé en ligue 2 en Belgique dans le club de ‘’Sint Niklaass’’ pour une durée de 4ans. Pour un autre contrat de 2 ans dans la ligue 1 belge, j’ai retrouvé mon compatriote Souleymane Oularé dans le club ‘’Julte waregem’’. Successivement, j’ai continué à signer en ligue 1 dans les clubs ‘’Kv Courtrai‘’ pour 2 ans et ‘’Sv Harelebe’’ pour 3 ans. Après la Belgique, je suis venu en Chine où j’ai évolué dans le championnat en première division dans les clubs de ‘’Yunnan hongta’’ et ‘’Chendu FC’’. A rappeler que pendant trois années passées en Chine et où partout j’ai joué dans ma carrière internationale, j’ai toujours figuré sur la liste des trois meilleurs buteurs des différents championnats concernés. »

A l’accoutumée, plusieurs internationaux de par le monde, couronnent leurs carrières par une fin de rideau appelée jubilé.

Quand aviez-vous arrêté le football ?

« C’est en 2012, que j’ai arrêté le football en Thaïlande en division 3 pour causes de blessures après 2 ans de contrat. Mais avant, j’avais aussi évolué en Indonésie dans le club’’ Pkt bontang ‘’ en première division pendant cinq saisons.  Mon séjour dans ce pays fut extraordinaire puisque, j’ai pu relever le club ‘’ Nantaburi FC’’ de la dix-neuvième à la troisième place de sa catégorie et je fus meilleur buteur du tournoi. Pour le jubilé, c’est en préparation et cela va venir ».

Doté d’une licence C dit-il de la CAF et d’une autre obtenue en Indonésie en qualité d’entraineur de football, Fodé Camara se sent aujourd’hui très à l’aise dans ses nouvelles fonctions et ce, grâce à l’actuel président de la Fédération Guinéenne de football dont il loue la magnanimité

Un parcours truffé de triomphe. Qu’est-ce que le football vous a-t-il apporté ?

« Je puis dire que le football, c’est ma vie. Il m’a apporté pleines de choses. Tranquillement, j’ai pu fonder un foyer et bâtir à différents endroits des abris ».

Interrogés pour parler du footballeur, quelques coéquipiers de Fodé ‘’Careca’’, le dépeint succinctement.

Kolon Barry, ex sociétaire du Horoya et du Syli national décrit le footballeur en ces termes « C’est un modèle pour la génération actuelle. Courtois et d’un social déterminant, il a aimé le football qu’il continue de pratiquer en léguant ses connaissances aux plus jeunes. C’est un footballeur moralement très équilibré et qui a de l’avenir dans cette nouvelle reconversion d’entraineur ».

Cet autre géant du football guinéen, Souleymane Oularé, ami d’enfance, ex-coéquipier au sein du Horoya AC et du Julte Waregem de la Belgique, actuel chef de département du football des jeunes à la Direction Technique Nationale, va droit au but « C’est un ami d’enfance que j’ai côtoyé en famille et sur de nombreuses pelouses du pays et d’ailleurs. C’est un très bon joueur aux fantastiques dribles et un redoutable chasseur de buts. Notre complicité sur le terrain était inouïe. Il connaissait quand et comment servir ma tête pour d’imparables buts. C’est un autre monument du football guinéen de son temps ».

Très motivé dans sa fonction d’entraineur de football, Fodé Camara ‘’ Careca’’ reste cependant droit dans ses bottes et confirme la baisse de niveau du football guinéen, comparativement aux exploits réalisés dans le temps passé.

« Quand je vois actuellement le football guinéen qui traine, cela me fait énormément mal au cœur. Le niveau du football guinéen a baissé. Pour relancer ce défi, il faut nécessairement confier ce secteur aux plus compétents pour sa gestion. Il ne sert à rien de placer à la tête des personnes qui n’ont jamais joué au football, ce qui dit que les compétences ne sont pas mises totalement en exergue. Ces derniers temps, il faut reconnaitre qu’on parvient petit à petit à injecter les ex-internationaux dans le circuit et c’est une bonne initiative pour appuyer et pouvoir relever le niveau du football guinéen.

J’ai été vraiment mal à l’aise lors de la dernière CAN, vu les piètres prestations du Syli national. Certes nous demandons à être profondément impliqués dans la gestion du football. A cet effet, il faudrait que nos amis anciens internationaux, comprennent aussi la nécessité qui réside dans la formation ou le renforcement des capacités en matière d’entraineur ou de gestionnaire, pour pouvoir mieux diriger le football.

Il faut forcément aller à la conquête du savoir pour obtenir des licences agrées afin de hisser haut le football guinéen. Quand je me rappelle, que notre sélection nationale était la bête noire de toutes ces autres sélections nationales qui nous emmerdent présentement, cela doit attirer l’attention. Cherchons donc où le mal réside et essayons d’apporter les corrections nécessaires car la Guinée est une grande nation de football qui regorge d’énormes talents. »

Il est certain qu’il plane ces derniers temps un épais brouillard sur le football guinéen, bien que par endroit, des résultats sont palpables.

Pour revenir et atteindre la crête du football africain tant souhaité, des efforts et engagements doivent sous tendre les actions à poser. La balle est dans tous les camps.