« Foot for Change veut combiner excellence scolaire et sportive pour les filles », dixit Binta Diallo de la Fondation SMB-Winning

juin 20, 2019 1:15

Assistante exécutive au sein du département Affaires Publiques du Consortium SMB-Winning, Binta Diallo est une militante du droit des femmes engagée dans de nombreux projets, dont « Foot for Change » de la Fondation SMB-Winning dont elle est la marraine.

Elle revient pour nous sur ces premiers mois de « Foot for Change », les objectifs et les prochains défis.

Il y a quelques mois, vous avez participé à la création de Foot for Change : quel est l’objectif de ce projet ?

Au sein de la Fondation SMB-Winning, nous nous sommes attachés depuis le début à accompagner le développement culturel et social de la Guinée. En créant le projet « Foot for Change », nous avons voulu combiner avec Frédéric Bouzigues, secrétaire-général de la Fondation, plusieurs principes qui nous tenaient à cœur : la promotion du sport, la réussite scolaire et l’égalité femme-homme.

Encadré par les associations African Initiatives for Women (AIW) et Foot Elite, l’objectif de « Foot for Change » est d’offrir à de jeunes guinéennes passionnées de sport et aspirant à réussir leurs parcours scolaires une double formation de qualité, facilitant ainsi leur future insertion socio-professionnelle. La première promotion de « Foot for Change » est composée de 50 jeunes filles sélectionnées en fonction de leur mérite et de leur motivation pour intégrer un programme sportif et scolaire ambitieux et exigeant. Ces jeunes filles ont entre 13 et 23 ans, résidant majoritairement dans la commune de Matam.

Le football féminin est d’actualité avec la coupe du monde ! Sentez-vous un changement des mentalités à ce sujet en Guinée et de manière générale en Afrique ?

Lors de la cérémonie de lancement de « Foot for Change » en janvier dernier, le représentant de la grande mosquée de Fayçal nous a fait l’honneur de sa présence, où il a remis symboliquement deux ballons de football aux jeunes capitaine et vice-capitaine pour les féliciter pour leur implication. Il était important pour nous d’avoir un responsable religieux pour montrer qu’il n’y a aucune incompatibilité entre l’Islam et le sport féminin,  contrairement à ce qu’on pourrait imaginer.

Pour le moment, je constate que le projet a suscité de l’enthousiasme autour de nous ! Maintenant, j’espère que cela va entrainer d’autres projets similaires pour toucher un maximum de filles en Guinée, et pousser les fédérations sportives à s’engager plus fortement dans le sport féminin, mais aussi que l’État va investir dans les infrastructures pour permettre au plus grand nombre de faire du sport.

Sur l’ensemble du continent africain, les traditions et les remarques machistes pèsent encore beaucoup sur le développement du football féminin. Néanmoins, le succès de la coupe du monde féminine, notamment en termes d’audience et d’intérêts, témoigne d’un changement de regard. Trois équipes africaines y participent (Nigeria, Cameroun et Afrique du Sud) : à nous d’en profiter pour faire rayonner le football féminin africain à cette occasion !

Concernant l’émancipation des filles, en quoi consiste exactement le travail de Foot for Change ?

Tout d’abord, la pratique du sport pour une jeune fille est déjà une forme d’émancipation comme nous le disions précédemment.

Ensuite, nous leur permettons de se consacrer sereinement à leur scolarité. Nous payons les frais de scolarité de nos jeunes filles, et l’association Africa Initiative for Women (AIW) – notre partenaire dans ce projet avec Foot Elite – organise des cours complémentaires d’alphabétisation, d’anglais et d’informatique pour qu’elles soient les meilleures à l’école.

En parallèle, AIW organise des séances de sensibilisation sur différentes thématiques essentielles pour ces jeunes filles dans leur développement personnel : les IST et le sida, la santé sexuelle et reproductive, les mariages précoces et forcés, les droits matrimoniaux… Ces séances sont importantes car nous abordons tous ces sujets – souvent tabous – avec pédagogie auprès de jeunes filles qui ont toujours des questions à poser alors qu’elles sont à un moment important de leur vie.

Vous avez récemment monté un partenariat avec des jeunes sportives de Bobigny : comment cela se passe-t-il ?

Suite à mes échanges avec M. Romain Morineau, professeur d’EPS et responsable de la section sportive du collège République de Bobigny, nous nous sommes rendu compte que nous partagions beaucoup de points communs, dont une conviction forte : le sport est un outil d’éducation et un vecteur d’émancipation pour les jeunes filles partout dans le monde.

La section sportive scolaire du collège République accueille 36 footballeuses de la 6ème (7ème Année) à la 3ème (10ème Année) avec pour objectif de favoriser leur réussite scolaire et leur épanouissement, par la pratique du football. C’est pourquoi nous avons décidé de mettre en place un échange épistolaire entre nos jeunes filles. Bien que vivant dans des pays très différents, elles partagent les mêmes préjugés sur le sport féminin et ont sensiblement le même âge pour certaines. Cela leur permet de développer leurs compétences rédactionnelles à travers un moyen motivant, celui de découvrir un autre pays et une nouvelle personne.

Quelles sont les prochaines étapes pour « Foot for Change » ?

Vu que nous sommes en pleine Coupe du Monde Féminine de Football, nous allons organiser le 30 juin prochain, un grand entrainement ouvert à un public exclusivement féminin. Cela permettra à ces femmes de vivre une séance de sport intensive aux côtés de nos joueuses, afin qu’elles puissent mesurer par elles-mêmes, l’effort que cela nécessite de devenir footballeuse professionnelle !

J’invite donc toutes les femmes intéressées à me contacter par email, à l’adresse suivante : bintadiallo@winningafrica.net.