Football guinéen en deuil : le gardien de but Morlaye Camara s’en est allé

août 14, 2018 11:27
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Enfin, ‘’Fory Morlaye’’ est sorti des oubliettes, en s’en allant définitivement, finalement. Désolé de le dire ainsi. Un dicton allemand est éloquent de dire « ce que je ne sais pas ne me fait pas chaud ». Un dicton soussou dit « la pitié n’est que dans la connaissance». Ces deux adages se complètent et renforcent. La preuve, les journalistes sportifs guinéens de la deuxième génération, il n’en reste que Gaoussou Diaby et Cheick Fantamady Condé, mais l’avaient-ils vu à l’œuvre, puisque le dernier match de Morlaye dans les buts guinéens, au Stade du 28 Septembre, a eu lieu dans la deuxième moitié de l’année 1969, contre le Maroc, en éliminatoire comptant pour la coupe du monde de Mexico.

Le Syli National s’était incliné de justesse 0-1 ; Edenté avait manqué le pénalty qui eût prolongé le suspense. C’était la seule fois que les Guinéens furent tout près d’une qualification pour un Mondial.

A cette époque, les ténors du football africain étaient l’Egypte, le Ghana, le Zaïre, tous éliminés en cours de route, il ne restait que la Guinée et le Maroc. On ne se rappelle plus les équipes que la Guinée a eu à rencontrer sur sa route, mais on peut dire que le Togo avait fait les frais à Conakry, ce Togo prendra sa revanche en 1971 pour écarter la Guinée sur le chemin des JO de Munich.

Dans toutes les rencontres qui opposaient la Guinée à ses adversaires, quels qu’ils fussent, Morlaye Camara  nous a démontré qu’il est un gardien digne d’inspiration, faisant des arrêts déterminants, des balles qu’on croyait dans les filets, on les voyait dans les mains de Morlaye, bloquant des pénaltys pour permettre au Syli d’aller plus loin dans les compétitions africaines. On apprenait, avec Abdoulaye Kéita-Bans, à faire des plongeons comme Morlaye sur le gazon fraichement planté de la pelouse du 28 Septembre, entre 1962-63. Plus tard, Bans aura le mérite d’être dans les buts du Syli National et du Hafia, en 1974.

Les souvenirs juvéniles sont vivaces, surtout si on a eu le temps de les graver sur un disque dur, et le nôtre est dur, à ce qu’il parait, et à notre propre étonnement. En pensant à tout cela, tous les souvenirs de cette époque nous affluent avec joie et tristesse…

Un jour, en compagnie de Pathé Diallo, j’ai eu à rappeler à l’entraineur Pierre Bangoura une scène de bagarre entre lui et ‘’ForyMorlaye’’. Avec éclat, il a dit sans ardeur qu’il n’y a pas quelqu’un avec qui ‘’Fory Morlaye’’ n’a pas eu maille à partir…

Si longtemps perdu des radars et malade, complètement oublié du monde, on l’avait cru mort. C’est dernièrement qu’on a appris qu’il était alité et il ne s’est pas relevé de la maladie. C’est avec émotion qu’on se rappelle de l’homme pour parler de lui comme d’une ancienne gloire, et ce n’est pas pour le surfaire. D’ailleurs, c’est la seule chose qu’on ne sait pas faire. Surfaire, c’est s’abaisser bas pour le faire.

 Les jeunes footballeurs, qui ne le connaissent pas ne peuvent l’évaluer à sa juste valeur. Mais comme Diallo Ibrahima Kandia, qui n’a pas eu son véritable remplaçant même Alioune Kéita NJoLea n’a été que son ‘’succédané’’, mais les Mauritaniens savent ce dont était capable ce ‘’succédané’’. Quant à comparer NJoLea à un autre attaquant guinéen, on n’en n’a pas encore vu comme on n’a pas vu des pareils à Papa Camara, à Maxime, à Chérif et à Petit Sory. Quant à Morlaye Camara, absolument, la Guinée n’a pas encore reproduit un gardien de but de sa trempe, de sa classe. Il a été et est incontestablement une gloire inégalée du football guinéen, et cela mérite d’être rappelé. Quand on a vu et suivi cette génération de footballeurs, qui mouillaient véritablement le maillot pour l’honneur et voir ce que les générations actuelles se quereller rien que pour le brassard et exiger de l’argent à leur pays pour venir en sélection, l’envie d’aller les voir jouer comme les inter-comités d’avant s’enfuit.

 Enfin, il semble qu’il n’est bon de vieillir longtemps, ou d’avoir trop longtemps vécu, surtout quand il n’y a plus personne pour parler de vous… Mais ‘’ForyMorlaye’’ reste toujours dans les souvenirs de ceux qui l’ont vu dans les buts ! Que la terre lui soit légère.