Forum économique guinéo-turc : les investisseurs turcs invités à s’intéresser aux logements sociaux

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Le forum économique guinéo-turc s’est tenu ce 18 août 2020 de façon virtuelle. Ce qui est une première. Covid-19 oblige. Ce forum, qui a réuni en visioconférence plus de 100 participants dont une quarantaine d’hommes d’affaires turcs, était axé sur les infrastructures et les investissements, notamment sur les perspectives actuelles des relations économiques entre la Guinée et la Turquie, et des zones de coopérations post-Covid-19.

D’entrée de jeu, le ministre des Investissements et des partenariats public-privé, Gabriel Curtis, a rappelé le fruit de la coopération guinéo-turque depuis l’arrivée du président Alpha Condé à la tête de la Guinée. Il s’agit notamment de l’augmentation du volume d’échanges (200 millions de dollars), la signature de plus de 9 accords de coopération, l’ouverture d’une ligne aérienne Conakry-Istanbul par Turkish Airlines.

Le ministre Curtis a réitéré l’engagement du gouvernement guinéen à œuvrer pour la consolidation de cette coopération dans l’intérêt économique des deux pays. « En ce sens, nos secteurs privés doivent jouer un rôle de catalyseur. Ils peuvent, et nous les y encourageons fortement, construire des liens et développer des partenariats gagnant-gagnant dans les différents secteurs d’activités porteurs de croissance », a-t-il ajouté.

Plus loin, Gabriel Curtis soutient que  « l’ambition du Gouvernement est d’une part de créer les conditions nécessaires pour renforcer la résilience du secteur privé en cette période de crise sanitaire, et d’autre part de favoriser l’implantation d’un écosystème favorable à la transformation structurelle de notre économie et du rôle du secteur privé dans un environnement post-COVID. »

C’est dans cette perspective que, selon lui,  le gouvernement va poursuivre les réformes susceptibles de rendre le climat des affaires encore plus attrayant ; mener des projets structurants et catalyseurs de croissance ; améliorer progressivement notre arsenal juridique pour offrir de nouveaux outils aux acteurs économiques, etc.

La vice-ministre du Commerce de la Turquie, Mme Gonca Yilmaz Batur, a tout d’abord indiqué que la Turquie considère la Guinée comme un pays frère et ami, avant de parler d’un certain nombre de produits que son pourrait exporter vers la Guinée : « Nous travaillons sur la liste de produits potentiels [à exporter vers la Guinée]. Nous avons le secteur pharmaceutique, des véhicules à motoriser, les produits manufacturés comme le ciment, les produits agroalimentaires comme le concentré de tomate, le sucre. Ce sont autant de produits que nous pouvons exporter vers la Guinée. »

Le président du groupe DEIK, Nail Olpak parle d’économie d’échelle souvent évoquée entre hommes d’affaires : « On a vu que pendant cette pandémie de Covid-19, on  va parler beaucoup plus de localisation que de globalisation. Et il y a une autre notion. Entre nous hommes d’affaires, on parle d’économie d’échelle,  c’est-à-dire que plus vous offrez des services de prestation, plus vous pouvez devenir concurrentiel. Mais le Covid-19 nous a montré autre chose. Rester à une source limitée peut engendrer des risques humains presqu’inévitable. Il y a certaines terminologies qui doivent réévaluées dans nos pays. »

Volkan  Kazova, le président du Conseil des Affaires Turquie-Guinée  (DEIK), indique que son pays n’est pas intéressé uniquement aux ressources naturelles de la Guinée : « Nous, on ne s’intéresse pas uniquement aux ressources naturelles, mais pour nous, les relations amicales sont essentielles. »

Il estime qu’il serait intéressent que la Guinée, qui dispose d’un commerce extérieur très important avec la Chine notamment, diversifie son marché : « Je pense que c’est très important de diversifier les marchés. Je pense qu’on peut prendre plus de parts sur ce marché, que ce soit sur le textile, la santé, l’alimentation. La construction aussi est très importante comme c’est le cas dans le monde entier. »

Mme Dabo Salimatou Barry, cheffe du département Promotion des investissements privés à l’APIP, a présenté les opportunités qu’ont les hommes d’affaires turcs à investir en Guinée.  C’est le cas notamment de la possibilité de créer des unités de transformation, la construction d’infrastructures pour faciliter l’acheminement des produits, création d’unités de production d’intrants pour divers emballages.

Des opportunités se retrouvent également dans les domaines de transports, des travaux publics, de l’agriculture. « La Guinée a seulement 30% de réseau routier bitumé aujourd’hui. Donc le reste des 70% attendent des investisseurs. En termes de réseau aérien, vous avez des opportunités à développer les aéroports à l’interne tout comme des aéroports régionaux pour permettre la connexion et l’acheminement des produits », a-t-elle cité entre autres opportunités.

A la fin de cette visioconférence, le Directeur général de l’Agence de promotion des investissements privés (APIP), Namory Camara, a rappelé que sa mission c’est l’attraction des investisseurs. D’où la tenue de forum économique : « Nous nous sommes dit qu’il faut organiser un tel événement virtuel pour attirer les investisseurs en Guinée. Le monde a changé, mais il y a des opportunités qui se créent par endroits. Nous attendons que les investisseurs  turcs sachent que malgré la crise [sanitaire] qui nous frappe, le gouvernement continue encore à travailler d’arrache-pied pour attirer les investisseurs dans notre pays. »

Suite à la pandémie de coronavirus, l’économie mondiale a été bouleversée, mais le DG de l’APIP pense que la Guinée ne s’enfonce pas : « […] Et lorsque vous prenez les données macros, il  y a une contraction de l’économie dans le monde. La Guinée a aussi connu quelques contractions. Mais si vous prenez les données macro, les projections de notre pays ne sont pas aussi mauvaises que ça. Le taux de croissance va tourner autour de 5 et 6% alors que dans d’autres pays ce taux de croissance est complètement contrasté. »

Depuis 2017, ce sont 57 entreprises qui ont été créées en Guinée. Namory Camara souhaite que les investisseurs se lancent dans le domaine des logements sociaux en Guinée : « Il y a 57 entreprises turques qui existent en Guinée, qui ont été créées de 2017 à nos jours. Nous souhaitons que les investisseurs turcs embrassent d’autres types d’investissements majeurs tels que les logements sociaux. Il y a un déficit énorme dans ce domaine. Ils ont une expertise en termes de construction et ils viennent de résorber ce déficit qui est autour de 500 mille logements aujourd’hui. On a chaque année besoin de 40 mille [logements sociaux] pour amoindrir le déficit. »

Il faut noter que lors de ce forum, il y a des échanges directs entre hommes d’affaires guinéens et turcs.