Gendarmerie routière : rééquiper le secteur pour booster l’efficacité du contrôle routier  

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On a tantôt évoqué l’accroissement des accidents en rase campagne au cours de l’année 2019. Ce qui sous-entend implicitement une multiplication des infractions au code de la route. Mais, toute analyse faite, il y a d’autres facteurs à prendre en compte dont la parfaite appréciation et la gestion adéquate et urgente pourrait interagir dans l’amélioration de la sécurité routière. C’est entre autres, le rééquipement de la gendarmerie routière.

A donner l’impression que tout est beau et bien dans la circulation, on reste sans rien faire et sans rien comprendre. Et c’est une erreur. Tout ne sera jamais entièrement parfait dans une entreprise. C’est le pourquoi de la hausse des accidents et de toutes les autres formes d’insécurité routière. Et c’est aussi la raison toute indiquée pour affermir le contrôle routier en rase campagne.

« Il n’y aura aucune sécurité sans contrôle » est une citation que nous tirons d’un des nombreux messages du Général de Corps d’Armée Ibrahima Baldé, Haut Commandant de la Gendarmerie Nationale, Directeur de la Justice Militaire, à l’adresse de la gendarmerie routière.

Pour garantir une sécurité aussi parfaite que possible dans cette immense zone de rase campagne qui lui est dévolue, il faut avant tout assurer la mobilité des unités de contrôle routier. C’est une condition essentielle, au regard de l’étendue du réseau routier à couvrir, de son accessibilité en certaines périodes de l’année et des résultats attendus dans le renforcement de la prévention sous toutes ses formes. Il faut que les agents bougent pour être efficaces. Les postes fixes ou les barrages identifiés à l’avance par les usagers sont loin d’être efficaces pour la sécurité. Ils ont le temps de prendre toutes les précautions imaginables pour les passer sans encombre, en maquillant leurs manquements aux règles.

Pourtant aujourd’hui, c’est à cette réalité que la gendarmerie routière se trouve confrontée. Tous les moyens mis à sa disposition par les autorités à sa création, en 2012, sont amortis. Malgré tout, la structure fonctionne. Les agents du commandement et des compagnies de sécurité routière sont sur le terrain 24h/24, avec évidemment quelques handicaps.

Par exemple, à l’intérieur du pays, si un accident se produit à une centaine de kilomètres de la base de la compagnie sécurité routière de la région, ou que des coupeurs de route attaquent des usagers, ladite compagnie est tenue d’intervenir.  Parfois, c’est un gros camion qui tombe en panne ou se renverse des suites d’accident au beau milieu de la chaussée, sans aucune possibilité de le dégager ou de créer une déviation. Un embouteillage se forme alors et bloque la route des heures et même parfois des jours durant. Autant de problèmes qui surviennent chaque jour, sans répit pour les gendarmes.

En toutes ces circonstances, ils se mobilisent toujours et interviennent avec engagement et professionnalisme. Bien entendu, avec des moyens de bord, très limités, pour ne pas dire dérisoires. Ce qui impacte négativement les timings et la célérité attendus en ces moments d’urgence.

En général, à l’intérieur du pays, quand il y a un accident de la circulation ou un quelconque événement nécessitant l’intervention de la gendarmerie routière, l’appui du syndicat des chauffeurs ou de toute autre autorité locale est nécessaire pour joindre les lieux.  Ces intervenants bénévoles fournissent les moyens de locomotion pour le transport sur le site.

Si cette forme d’appui est à saluer, il n’est pas sûr qu’elle soit toujours bénéfique pour la gendarmerie routière. Elle qui a besoin de s’autonomiser pour rester absolument ‘’indépendante’’, à l’abri de toute forme de pression et/ou de ‘’chantage’’. Dans le court ou moyen termes, il y a fort à parier qu’on entende un jour ce type de langage : « monsieur l’agent, je sollicite votre aide dans ce dossier ; libérez tel et tel, à cause de nos relations ; vous m’avez oublié ? C’est moi qui vous ai toujours transporté sur les lieux de l’accident ou de braquage ; ah, tu as vu ? On m’avait pourtant prévenu ; c’est une perte de temps que d’entretenir des relations avec ces gens-là. Ils sont ingrats. Tu as vu, ils m’ont oublié. Je leur explique mon problème et c’est comme s’ils ne m’ont jamais vu ou connu. Ah, si seulement je savais. »

Tout ce qui vient d’être évoqué ici, montre clairement la nécessité qu’il y a de doter ce corps de sécurité en moyens lui permettant de mieux marquer sa présence en rase campagne.

Le lieutenant-colonel Michel Koly Sovogui, Commandant  de la Gendarmerie Routière motive bien cette requête, en partant d’un rappel très évocateur du bilan élogieux accompli par son commandement, depuis sa création:

« En 2012, la gendarmerie routière fut dotée d’une centaine de motos de diverses cylindrées. Cette heureuse initiative qui s’inscrivait dans la mise en œuvre de la réforme des forces de défense et de sécurité a été, vite, porteuse de résultats bénéfiques pour la prévention routière. Ces moyens roulants ont été bien accueillis par les récipiendaires. Lesquels ont réussi à en faire des outils efficaces de lutte contre l’insécurité routière sous toutes ses formes. En peu de temps, la rase campagne s’est apaisée. Les accidents de la circulation ont fortement baissé. De même, la nocivité des coupeurs de route a été refrénée. Ces acquis n’ont pas tardé à être salués par les populations qui se sentaient protégées à la vue des gendarmes qui sillonnaient en permanence toutes les artères du réseau inter urbain.

Aujourd’hui, huit ans après, toutes ces motos fournies au départ sont totalement amorties par l’utilisation intensive qui en a été faite sur des routes à accès souvent très difficile.

En dehors des activités quotidiennes de prévention, ce sont les mêmes engins qui assuraient toutes les servitudes : escorte des hautes personnalités (nationales et étrangères), parades, patrouilles, activités de formation des motocyclistes.

Ce qui est à souligner, c’est que ces motos sont venues sorties d’usine, sans pièces de rechange. Elles sont spécialement conçues pour les services de sécurité et leurs pièces de rechange ne sont pas disponibles, tant chez les concessionnaires que sur le marché local.

Voici en quelque sorte, malgré les efforts entrepris pour leur maintenance, les raisons qui expliquent leur amortissement plus ou moins rapide. J’insiste pour rappeler que, tant au niveau de la brigade mobile nationale basée au siège du commandement de la gendarmerie routière qu’à celui des pelotons mobiles motorisés des huit compagnies sécurité routière à l’intérieur du pays, des agents motocyclistes formés à la maintenance et réparation de nos engins ont veillé avec constance et rigueur à leur bon entretien et à leur exploitation correcte sur le terrain.

Et c’est maintenant, pendant que nous n’avons plus ces moyens, que nous constatons malheureusement une nette hausse des accidents de la circulation en 2019. Ce qui s’explique par l’accroissement des infractions au code de la route et la réduction de notre mobilité. Parallèlement, nous observons, de  longues interruptions de  la circulation pour cause d’accident ou de panne de gros camions qui se produisent ici et là sur le réseau routier de rase campagne, de même que de nombreuses attaques de coupeurs de route.

Même nous les agents, nous ne sommes pas à l’abri de ces attaques. Pour vous citer un cas précis : le mercredi 16 octobre 2019, un adjudant de mon service, parti pour secourir des usagers attaqués par les coupeurs de route dans la zone de Débélé, entre Kindia et Coyah a été lui-même victime. Lors de cette intervention, les bandits ont tiré sur lui. Il a fallu les efforts louables du Haut Commandant de la Gendarmerie Nationale pour qu’il soit sauvé en Tunisie.

Nos autorités nous ont instruit de  ne ménager aucun effort pour traquer et mettre hors d’état de nuire tous les délinquants routiers, principalement les coupeurs de route,  d’aller à leurs trousses pour que tous les usagers se sentent à l’aise en rase campagne. Mais, cette action, combinée à celle traditionnelle de prévention et de sécurité routières, nécessite des moyens. C’est un préalable pour nous permettre de mener à bien toutes les missions qui nous ont confiées.

Aussi dirons-nous humblement, que  nous avons notamment besoin, pour renforcer nos capacités opérationnelles, de véhicules de commandement, pour nous permettre de contrôler à tout moment nos personnels dans leurs positions respectives, des véhicules d’opérations pour traquer les délinquants de la route surtout les coupeurs de route, des véhicules de surveillance, des véhicules de dépannage pour l’entretien  de nos engins, des grues poids lourd et poids léger pour dégager la chaussée en cas d’obstruction, des motos de diverses cylindrées, des moyens de communication de moyenne et longue portées, des équipements spécifiques: herse, cinémomètre, alcootest, imperméables, panneaux de pré signalisation de postes de contrôle mobile, des tenues adaptées à la sécurité routière.

Au-delà de cet aspect, nos besoins s’étendent à d’autres volets. C’est par exemple, la construction des locaux du Commandement de la Gendarmerie Routière, sis à  Cochery et ceux devant abriter les huit compagnies de la sécurité routière basées à l’intérieur du pays, qui sont jusque-là dans des maisons en location.

Ainsi qu’on le voit, les besoins sont énormes, mais ils sont à la dimension de nos ambitions et des objectifs qui nous sont fixés. Leur obtention qualifierait considérablement nos activités sur le terrain.

Par ailleurs, sur un tout autre plan, complémentaire à celui que nous évoquons ici, nous encourageons et appuyons toute activité contribuant à sensibiliser les populations  riveraines sur les axes routiers inter urbains pour qu’elles libèrent  les emprises de la route en rase campagne qui sont des endroits potentiellement dangereux où des accidents graves peuvent se produire à tout moment.

Nous sommes ouverts à ce type de synergie d’actions et de franche collaboration avec toutes les parties prenantes qui s’investissent sur le réseau routier placé sous notre contrôle.

Je souhaite ardemment que mes services puissent toujours bénéficier du soutien effectif et constant de la population, sans laquelle notre existence sur la route n’a pas de sens.

Le Haut Commandant de la Gendarmerie Nationale-Directeur de la Justice Militaire nous le rappelle souvent par cette phrase que je cite : « la collaboration active de la population nous est indispensable pour l’accomplissement correct de notre mission de protection des usagers en rase campagne. ». Fin de citation.