Gouvernance : ce qu’il faut retenir des 100 jours de Kassory à la Primature

septembre 7, 2018 1:43
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C’était un Premier ministre relaxe qui est apparu dans la soirée du jeudi 6 septembre face aux quatre journalistes qui avaient la lourde charge de piocher dans ce parcours afin de permettre au peuple de cerner ce qui est déjà accompli et ce qui ne l’est conformément à sa politique générale qu’il a déclinée devant les élus du peuple.

Savait-il qu’il ne serait pas aussi coincé face aux questions, car n’étant qu’à 100 jours de services?  Mais beaucoup de choses se passent aussi en 100 jours pour un poste nominatif par décret présidentiel. Nous avons alors assisté à une sorte de série de promesses dont des lignes ont déjà été tracées et verront le jour bientôt, dira t-il.

« En Guinée la criminalité a baissé de 25 à 30% sur le trimestre. C’est une réalité. » C’est ce que dira le PM en substance sur la question de l’insécurité. Faudrait-il aller auprès du ministre de la Sécurité  pour avoir d’amples détails?

Effondrement en cascade des ponts, le PM accuse la vétustés des infrastructures

Dans le volet infrastructures routières, Kassory souligne qu’en Guinée que tous les ponts datent de la période coloniale. Ce n’est pas une surprise et leur chute ne doit surprendre personne car, n’ayant jamais été entretenus.

« Le PIB guinéen est mal évalué. Car, il est basé sur le système de comptabilité de 1968. De nos jours, on intègre certains éléments comme les taxes, ce qui n’était pas pris en compte avant. » Ceci est un passage important qui pousse à se poser certaines questions sur le devenir de la Guinée. Le rôle d’un gouvernement est de construire une économie qui fonctionne pour tout le monde pour qu’à travers le pays les gens puissent avoir du travail, faire des business, investir, innover et grandir.

Alors si les calculs économiques se basent sur les périodes d’il y’a plus d’un demi siècle, des ponts du temps colonial censés pourtant être des éléments  devant contribuer à l’épanouissement l’économie et qui chutent, l’un après l’autre, ne sommes-nous pas amenés à dire que tout a été faussé d’année en année depuis l’indépendance du pays ? Le tableau dans tous les cas est affiché devant tout le monde.

Problématique de la gestion des ordures, ce que le gouvernement compte faire dans les prochains mois

La ville de Conakry est l’une des villes les plus sales au monde, dans la circulation, les ordures jonchent les voies de circulation et qui empoisonnent l’air aux usagers. Le gouvernement Kassory, il y’a quelques mois, a lancé une campagne d’assainissement  qui a lieu tous les derniers samedi de chaque mois.

Le Premier ministre dira que pour arriver à cerner le problème, un nouvel opérateur devra être recruté en début de l’année prochaine pour créer un circuit de l’assainissement. « 40.000 tonnes d’ordures ont été sorties de Conakry depuis le début du programme de nettoyage », a déclaré le PM.

« Le tronçon Hamdallaye-Dixinn aura aussi ses bus dans une dizaine de jours », a-t-il annoncé. Cela s’inscrit, dira-t-il, parmi les mesures d’accompagnement envisagées par le gouvernement pour atténuer les impacts de la hausse du prix des produits pétroliers de 8.000 à 10.000gnf. Une mesure, faut-il le rappeler, a suscité une levée de bouclier au sein du mouvement social dont l’inter centrale syndicale USTG-CNTG et les forces sociales étaient les fers de lance.

Kassory répond à la polémique sur l’omission de la culture dans le discours-programme

S’agissant de la culture qui n’avait pas été omise dans son discours-programme  il y’a un peu plus de trois mois, Kassory fofana insistera rappelle que la culture avait bel et bien été mentionnée et qu’elle s’inscrit effectivement dans la vision PNDES. C’est la nécessité de prendre, dit-il, des initiatives pour l’employabilité des jeunes et des femmes. La culture pour Kassory, c’est la jeunesse.

Le Premier ministre dira qu’un projet de formation de 45.000 jeunes va démarrer dans les prochaines semaines. Aussi que des centres de réadaptation pour les diplômés seront créés dans les prochains mois afin de répondre aux besoins des différents marchés.

« J’ai du respect pour les partenaires politiques, mais dans le respect de la loi. Si la stabilité sociale est menacée et si la sécurité n’est pas assurée, le gouvernement prendra ses dispositions pour éviter des situations regrettables », a-t-il fait remarquer. C’est dans ce cadre qu’il dira que la Guinée est l’un des pays de la sous-région le plus financé par les bailleurs de fonds mais qu’à cause de l’instabilité, personne ne vient. « Il faut la clarification au niveau des institutions nationales pour le dialogue social », a-t-il souligné.

Dialogue social

La page des négociations entre le gouvernement et le syndicat des enseignants s’inscrira dans cet entretien et avec un air de soulagement, le PM dira ceci : « Je suis heureux d’avoir lu dans un journal que l’un des syndicats des enseignants dit qu’il n’exige pas le salaire de 8millions fgn par mois. Ce n’est d’ailleurs pas crédible, ce n’est pas négociable sans être arrogant’’.

Lutte contre la corruption

Selon Kassory Fofana, depuis son installation, il n’y a que des rumeurs qui circulent. « Je ne gère pas les rumeurs et pour le cas de la Sogeac, je n’ai jamais été officiellement saisi par un cas de corruption », a-t-il affirmé. Avant de demander à ce qu’on lui donne des preuves de cas de corruptions au-delà des deux qui sont déjà devant les tribunaux et qu’il a d’ailleurs trouvé sur sa table, laissés par son prédécesseur.

« Les portes de la Primature sont ouvertes pour présenter les cas de corruptions prouvées », a indiqué Kassory Fofana.

En ce qui concerne l’affaire des 21 millions usd, présumés détournés à la Banque centrale, il l’a balayée du revers de la main en disant que c’est ‘’archi faux’’ !

« Sans risque de me tromper, il n’y a pas de scandale à la Banque centrale. Les banques suisses ne sont plus en relation avec la Guinée et donc il fallait trouver de nouveaux partenaires pour garder notre argent. La BCRG a fait les choses dans les règles de l’art. Ses comptes sont certifiés par KPMG France », a-t-il rappelé

Cette sortie de Kassory face à la presse sur ses 100 jours, prendra fin sur la question de liée à la Communication. Le Premier ministre se dit subjugué lorsqu’il écoute parfois les radios de la place. Il dit que certains journalistes ne sont pas formés et ceux qui le sont, ne sont pas informés non plus.

Pour le PM, on ne peut pas éradiquer la désinformation, il s’agit de la limiter, dit-il.  Donc, il veut collaborer avec la presse dans ce sens en étroite collaboration avec son ministre en charge de la Communication à qui il tresser des couronnes comme étant celui qui saura relever le défi dans ce secteur.

La très controversée concession du port autonome de Conakry à la société turque Albayrak, n’a pas été abordée par le PM.

Les documents annoncent la croissance à deux chiffres, mais le PM, lui-même devant les jeunes à Kankan il y a deux semaines, révélait que cela ne se sent ni dans le panier de la ménagère, ni dans l’employabilité de la jeunesse. Comment alors Kassory Fofana et son gouvernement concilieront offres et demandes sur ces calculs économiques datant d’un demi siècle qui doit se miroiter sur la vie des populations guinéennes en ce 2018, la veille de fin du mandat du président Alpha Condé ?

Dans quelques jours la Guinée aura 60ans, redéfinir ces calculs économiques pour une vision réalisable et donc tangible, serait pour le pays plus qu’un besoin.

Alhoussein Fadiga