Gouvernance d’Alpha Condé : en 8 ans de règne, Labé semble être la grande oubliée

décembre 30, 2018 9:32

Il vous souviendra qu’en ce 20 décembre 2018, la 3e République aura huit (8) ans de règne en Guinée. Une gouvernance remplie de haut et de bas comme bien d’autres. Mais, en ces huit longues années, la région administrative de Labé semble être le parent pauvre de la gestion des gouvernements qui se sont succédé aux affaires pendant le règne du Pr Alpha Condé. Pour illustrer cette situation, la rédaction locale de Guinéenews© basée à Labé a voulu glaner les avis des uns et des autres à travers ce reportage exclusif.

D’un milieu à l’autre, les avis divergent sur la question. Mais quasiment, toutes et tous restent unanimes que la région administrative de Labé en général et le chef-lieu en particulier, n’a pas tiré grand profit des huit années de gestion de la Guinée par le professeur Alpha Condé. Pour plus d’un, cela saute aux yeux car une simple tournée dans la cité de Karamoko Alpha prouve que la population est largement en avance par rapport à l’État.

Baldé Ramata, élève en terminale sciences mathématiques, n’a pratiquement connu que la troisième République : « Je suis de cette ville, je suis née ici. J’ai grandi ici. Quand Alpha Condé est venu au pouvoir, je devais avoir 10 ans. C’est vrai qu’à cet âge, on est trop jeune. Mais dans les huit ans là, moi je n’ai pas vu grand-chose dans ma ville parce que vu l’état des routes, le délestage électrique, le manque d’eau courante,  je pense que la ville de Labé a été en quelque sorte stigmatisée. Je ne parle pas dans un domaine politique mais je remarque que par rapport à certaines villes du pays que Labé a été stigmatisée et qu’il n’y a rien de remarquable. »

Plus caustique, Mariama Sadio Diakhaby enfonce le clou : « Ça saute aux yeux que Labé n’a jusque-là rien bénéficié en ces huit ans de règne du professeur Alpha Condé. Par exemple, vous le savez la jeunesse n’a nulle part où se divertir dans cette grande ville qui est un poumon économique de la Guinée. Le stade est complètement délabré et il n’y a, à ce jour, aucune salle de spectacle. La preuve est que présentement, c’est le territoire de l’aéroport qui sert de cadre pour l’organisation de la foire artisanale. »

Diallo Mamadou Saidou lui déplore, le fait qu’une grande ville comme Labé n’ait toujours pas abrité les festivités d’indépendance de notre pays. Ce, malgré ses multiples sollicitations. « Pour ce qui est des réalisations, je dirais que le président n’a pas fait grand-chose à Labé parce que quand nous parlons de réalisations il faut que cela se répercute sur les populations bénéficiaires. C’est juste l’affaire des MUFFA (mutuelle financière des femmes africaines) qu’il a engagée ici et cela aussi coince toujours car ils n’arrivent pas à faire bouger les choses. Donc, pratiquement Labé n’a pas bénéficié de ses mandats. Car, il a parlé de la fête tournante de l’indépendance mais on ne sait pas quand est-ce que Labé abritera cela alors qu’on est à deux ans de la fin de son second mandat », déclare-t-il.

Par contre, Mariam Sall, elle trouve une réalisation qui, selon elle, mérite de se retrouver dans la balance : « N’oublions pas qu’il est au moins en train de construire l’université de Labé qui est un vaste chantier beaucoup avancé à ces jours. C’est vrai qu’il pouvait mieux faire pour une grande ville comme Labé mais ayons le courage de reconnaitre cet acquis. »

Al Habib Bah, le coordinateur du mouvement ‘’osons oser’’ de Labé trouve une légère amélioration par rapport à la desserte en courant électrique.  « Comme vous le constatez, il n’y a aucune infrastructure digne de ce nom construite ici à Labé en ces huit ans de règne. Le seul progrès qu’on peut s’en réjouir, c’est un peu au niveau de l’électricité. Là, au moins, il y a eu un petit progrès. Mais dans les autres domaines ce n’est pas le cas. Labé n’a vraiment pas profité. Il vous souviendra que la dernière promesse c’était sur l’insémination artificielle qui peine toujours à se matérialiser », rappelle-t-il.

Pour sa part, Oumar Sadio Diallo, le vice-président de la société civile préfectorale de Labé, trouve que le bilan négatif des huit ans de gestion du professeur Alpha Condé est national car dit-il les promesses sont plus nombreuses que les réalisations. « Aujourd’hui, ce n’est pas seulement Labé. La Guinée en général pleure la gestion de ce pouvoir en place. Dans toute la Guinée, les promesses qui ont été faites sont plus nombreuses que les réalisations. Je ne pense pas qu’il y ait eu des réalisations à Labé parce qu’il n’a fait que promettre », dénonce-t-il.

« Depuis 2008, il n’y a eu que des annonces dans la région de Labé alors que rien n’a été réalisé. Que ça soit côté infrastructures ou côté investissements, rien n’a été fait. Labé est en manque de route depuis belle lurette car et en saison sèche et en saison pluvieuse, le calvaire est le même. Pour moi il allait soulager cette population », regrette Mamadou Diouldé Dionfo Diallo.

Notons que le chef de l’État est annoncé à Labé le 19 décembre 2018 pour lancer le bitumage de la voirie urbaine d’une longueur de 15 kilomètres. Une action saluée par plusieurs citoyens qui estiment que le professeur Alpha Condé tente de corriger le tir. « Ce projet de bitumage de la voirie urbaine est vraiment salutaire. Je pense que le président a compris que lui et son gouvernement avaient complètement mis à l’écart la capitale du Foutah Djallon. Avec ce geste, il aura au moins une réalisation visible à Labé », affirme Alpha Barry, agent de développement local.

Au regard de toutes ces réactions, l’on peut dire  que l’arrivée du président de la République à Labé est très attendus par les Labékas qui ont très longtemps sollicité le bitumage de leur voirie urbaine.