Gouvernance – Quatrième république : Un nouveau départ pour Alpha « 3 » ?

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Alpha Condé surprendra ou ne surprendra pas. Les avis sont partagés sur ce que sera le nouveau leadership du président guinéen, élu consécutivement pour la troisième fois à la tête de son pays, l’un des plus riches d’Afrique. Après de multiples forcings, il a réussi malgré les monstrueuses manifestations de rue des partis de l’opposition à faire passer chacun de ses objectifs politiques : une nouvelle Constitution taillée sur mesure et une nouvelle Assemblée nationale monocolore. Avec son nouveau mandat, on peut considérer qu’il a les pleins pouvoirs pour conduire le pays dans la direction qu’il veut, d’autant plus que toutes les institutions républicaines que sont, la justice, l’armée, pour ne citer que celles-là, lui sont inféodées. Sans compter l’anéantissement de tous les contre-pouvoirs ou plutôt de ce qui en reste. Alpha Condé avouait lui-même, il y a un moment, méconnaître les cadres guinéens, parce que devenu président après une très longue absence du pays. La non familiarité avec l’administration locale était un de ses points faibles en 2010, lorsqu’il s’installait à Sékhoutouréya. Mais après dix périlleuses années, passées au pouvoir, cet argument peut-il être avancé de nouveau pour justifier les ratés dans le choix des hommes et femmes devant l’accompagner dans sa gouvernance ? En toute logique non, à moins qu’on ne veuille justifier l’injustifiable.

Alpha « 3 » est donc attendu cette fois-ci sur deux principaux fronts : Le premier est socio-politique. Les populations sortent plus que jamais divisées de l’élection présidentielle passée. La couleur actuelle de l’administration publique et la violence post-électorale qui a fait des morts et des blessés en disent long sur le climat politique nauséabond en Guinée. Un pays qui a du mal à changer sa culture politique construite dans l’instrumentation ethnique, la violence et la diabolisation de l’adversité politique. Alpha Condé, l’opposant historique devenu président peut-il lui-même être l’acteur du changement pour une culture politique inclusive, apaisée, civilisée et constructive au cours de ce mandat qui commence ? La question reste posée et seul l’avenir le dira tant l’homme à habitué ses concitoyens à des aller-retours. Ce qui reste sûr par ailleurs, c’est qu’au sommet de sa carrière politique qui tend naturellement vers sa fin, Alpha Condé se doit de penser à la place qu’il occupera dans l’histoire de son pays. Il en sera le seul artisan, et le temps qui lui reste pour parachever son œuvre est indéniablement limité.

Le second front est évidemment économique. La prospérité du pays, si elle existe, ne profite aujourd’hui qu’à une infime minorité, la majorité végétant dans une pauvreté abjecte. Le président Alpha semble lui-même en être convaincu car le slogan de sa campagne dernière « Pour une prospérité partagée » ne disait pas le contraire. Outre l’inclusion de tous dans le partage des fruits de la prospérité nationale, le président de la République doit appuyer fort sur l’accélérateur de la lutte contre la corruption, péché capital encore impuni de bien des cadres de l’administration guinéenne. Sans une lutte efficace contre la corruption à travers les gestes visibles et compréhensibles par tous, c’est tout son discours, plus exactement sa promesse pour une autre façon de gouverner qui risque de perdre tout son sens, et d’apparaître ridicule aux yeux de plus d’un.

Il va falloir que le président tourne les yeux vers d’autres guinéens compétents, capables et déterminés de servir loyalement leur pays. Un changement d’hommes s’impose dans ce pays, car les populations semblent de plus en plus agacées de ces « mêmes » qui se succèdent d’un régime à un autre, sans jamais se lasser. S’il doit y avoir un nouveau départ pour l’homme « fort » du pays, il passera inéluctablement par l’entrée en scène d’une Guinée plurielle, plus portée sur l’avenir que sur le maintien d’un statu quo rétrograde et obsolète qui n’a jamais permis à ce pays de prendre la place qui lui revient dans la sous-région et dans le continent. Le président doit pouvoir composer avec des cadres ambitieux, déterminés à faire de la Guinée non pas la risée du monde mais l’exemple à suivre par les autres. Le pays dispose de toutes les potentialités à cet effet. Il suffit juste d’ouvrir la porte aux bonnes personnes.