Guinée : 2019, l’annus horribilis pour Alpha Condé

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L’année 2019 ne fut pas de tout repos pour le président Alpha Condé. C’est le moins qu’on puisse dire, avec la naissance du Front national pour la défense de la constitution (FNDC), un mouvement hétéroclite, composé d’opposants et d’activistes de la société civile. Devenus de véritables empêcheurs de tourner en rond, pour un président en quête de graal.

Le coordonnateur du Front national pour la défense de la constitution (FNDC) Abdourahamane Sanoh, a l’air d’une fine lame. Pour avoir fait preuve de sagacité par la création de cette plateforme, au moment où le projet de nouvelle constitution était encore dans les nimbes.

L’opinion se perdait alors en conjectures sur les intentions du président. Les détracteurs du FNDC avaient vite fait d’accuser le mouvement d’intenter un procès en sorcellerie au chef de l’État.

Mais la sortie du président dans la presse sénégalaise à la mi-avril, avait mis la puce à l’oreille de nombreux guinéens. Du moins ceux qui n’avaient pas les yeux en face des trous.

Puisque dans cet entretien à bâtons rompus accordé à RFM et à Dakaractu, Alpha Condé avait affirmé de but en blanc je cite: « S’il y a modification de la Constitution, il y a troisième mandat, s’il n’y a pas de modification de la Constitution, il y a mandat ou pas… Moi, pour le moment, je pense que le débat est ouvert et il doit être libre. Chacun est libre de défendre sa position, mais il appartient au peuple de trancher », a-t-il estimé.

A partir de là, le FNDC s’est mis à affiner sa stratégie pour freiner les velléités du chef de l’exécutif. Mais dans le camp de la majorité présidentielle, on percevait tout ça comme une simple comédie. Et  Aboudourahamane Sanoh était considéré comme un matamore voire un général sans troupes.

D’ailleurs que pouvaient faire les gens du FNDC, dans un contexte où des Postes armés (PA) étaient installés dans les fiefs de l’opposition.

Mais la déclaration du Front datée du 05 septembre a prouvé la détermination de ses membres d’être prêts à en découdre.  C’était une sorte de réponse du berger à la bergère, en réplique au discours du président, dans lequel celui-ci annonçait l’ouverture des consultations sous l’égide de son Premier ministre autour du projet de nouvelle constitution. Discours qu’il prononça avant de s’envoler pour un long périple au pays de l’Oncle Sam.

Une tournée qui fit finalement l’effet d’une douche froide pour Alpha Condé. Face à la réaction du Département d’état américain, qui n’avait pas caché son hostilité à toute idée de changement constitutionnel, pour maintenir un homme au pouvoir au-delà de son mandat.

Le FNDC avait dans sa déclaration, dressé un réquisitoire sévère de la gouvernance actuelle, et déploré que le président ne se rende pas compte de l’état de déliquescence de son pays.

Cette épreuve de force entre le pouvoir et le FNDC annonçait les couleurs d’une nouvelle grisaille politique.

C’est ainsi que l’on a assisté à l’interpellation des leaders du mouvement, à la veille de la manifestation du 14 octobre.

Une manière sans doute de tuer dans l’œuf ces velléités de contestation du FNDC, qui s’érigeait en porte-étendard du combat contre le troisième mandat.

Le coordonnateur, Abdourahamane Sanoh fut enlevé à sa résidence en compagnie de certains de ses collègues, alors qu’ils étaient en train de préparer une sortie devant les médias. En vue de battre le rappel des troupes.

Mais leur détention ne fera que galvaniser les militants acquis à leur cause. Puisque de grandioses manifestations seront organisées dans la capitale et en provinces, pendant que les leaders du front étaient en détention.

Des manifestations qui vont malheureusement se solder par une vingtaine de morts, dans les rangs des opposants.

Avec le phénomène FNDC, le pouvoir venait de tomber sur un os. Il s’en est tiré les braies pas nettes, malgré la libération de Sanoh et cie.