Guinée : Alpha Condé et Cellou Dalein, les otages de la politique guinéenne

avril 2, 2018 3:30
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La politique est une affaire d’hommes mais parfois, la persévérance a ses limites, quand les engagements sont interminables et lourds de conséquences. Nos deux héros sont à bout de souffle sans jamais oser montrer un quelconque signe de faiblesse aux yeux de leurs partisans frimeurs, qui, tout en soufflant le chaud, sont bien conscients en eux-mêmes qu’ils s’entraînent et s’invitent dans une impasse à issue improbable, où il n’y a pas de logique, où les calculs mathématiques sont le plus souvent erronés, où les plus forts ont le plus souvent perdu. Où est l’empire d’Alexandre le Grand ? Où est l’empire Romain ? Pourquoi la civilisation des Pharaons s’est éteinte, et celle des Perses ? Parce que toutes ces civilisations avaient défié ce qui leur apparaissait comme illogique et absurde ?

Pourtant, ils étaient les plus forts, à un moment donné de l’histoire, ils étaient inexpugnables et inextinguibles, mais ils ont été foudroyés comme Sodome et Gomorrhe par extase des péchés et d’excès de confiance en eux-mêmes. C’est comme cela que le petit David a triomphé du grand Goliath.

Le vrai bonheur de la Guinée était de voir ses différentes populations pugnaces et belliqueuses au même degré unir leurs forces pour la défense de la nation ; son malheur est de voir ses fils se retourner les uns contre les autres, et ce malheur survient au moment on ne peut plus inopportun. En effet, le prochain fléau étant le changement climatique et la raréfaction des pluies à certains endroits du globe, l’assèchement des cours d’eau (comme le lac Tchad) provoquera un déplacement massif des populations. Ces migrants climatiques se sont déjà signalés en Afrique centrale avec leurs troupeaux de zébus.

En Guinée, dans la zone de Beyla, on dit que la même situation est déjà persistante, les services spéciaux contre le grand banditisme et le crime organisé sont passés faire une razzia sans venir à bout de l’envahissement. Il serait extrêmement dommage que des vagues d’arrivées indésirables semblables trouvent que les vendeurs de taro ne le vendent plus aux vendeurs d’igname et vice versa mais aux nouveaux arrivants parce qu’ils sont fatigués de vivre ensemble…

Les caciques des deux camps, s’ils veulent en découdre verbalement, ils se redoutent dans le fond réciproquement, mais pour la frime et pour l’esbroufe, les rhétoriques de guerre bien enflammées à qui mieux mieux ne manquent pas devant les militants pour un faire valoir politique et pour faire inutilement la tension lors des assemblées générales hebdomadaires des partis.

Cellou Dalein Diallo est dans un dilemme noir et opaque, il sait que reculer d’un iota est une faiblesse. Pour éviter cela, il faut tenir bon et aller au charbon contre son gré, il a l’engagement de ses militants qui se livrent a des actes de vandalisme en lançant des pierres contre les forces de l’ordre, pour peu qu’ils soient contrariés, ce qui est mal vu par la communauté internationale, qui voit en cela une sorte d’intifada djihadiste. Mais cette communauté internationale ferme volontiers les yeux sur ses multiples revendications. Pour ne pas casser l’allant et la mobilisation de ses militants, il laisse faire même dans les dérives ethnocentristes dans certaines zones de Conakry, on parle de la Cimenterie, en haute banlieue de Conakry.

Le peu ou le manque de condamnation de la communauté internationale semble donner un blanc-seing au massacre de ses militants, 94 morts. Sous Lansana Conté, des militants de l’opposition du Fouta s’étaient armés d’armes blanches, de lance-pierre à billes et de fusils de chasse, mais le cas de Boubacar Grenade, le nom d’un militant de l’UFDG épinglé avec des armes de guerre et qui est accusé de tirer sur ses militants pour faire porter le chapeau au pouvoir est un cas qui exaspère Cellou Dalein Diallo jusqu’à bondir de complotite.

Alpha Condé, lui, est conscient que dans cette impasse politique, le nombre de morts sera inépuisable ; les « inconditionnel » de l’UGDG, ceux qui comme en France disent : « même pas peur » ne finiront pas et ne se décourageront pas. Déjà, il est mis à  compteur 94 morts, il faut craindre qu’à ce rythme, le chiffre n’aille au-delà de 200, pour dépasser le nombre de victimes du Camp Boiro. La « matière d’œuvre » ne manque pas, c’est le fonds qui manque le moins, les « Caos » à casser sont inépuisables. Mais après, ce sera quel bilan pour quel éloge ? Ce n’est pas pour cet objectif que le président de la FEANF est revenu en Guinée. Est-ce cela son leitmotiv d’opposant historique ?

Les voies et moyens pour un rapprochement, comme la dernière fois, quand les deux ont monté une combine à la noix, qui leur revient comme boomerang, existent. Cellou a dit en substance au médiateur de la république que rien n’est insurmontable, si les torts causés étaient réparés et si l’Etat de droit était rétabli et respecté. Ça veut dire que l’espoir d’une sortie de l’impasse est à portée de main. Ce qui signifie que l’affaire Boubacar Grenade tombe dans les méandres qui l’ont fomenté pour élargir le fossé. Pour se réconcilier, il faudrait aplanir toutes les divergences et non en augmenter et s’invectiver chaque semaine.

A ce qui nous semble évident, c’est que si Alpha n’entend pas Bantama invectiver Cellou chaque semaine, et si Cellou n’entend pas Ousmane Gaoual faire de même envers Alpha, aucun ne se sent fan sa tasse de thé. Aucun engagement politique n’est trop lourd si le RPG et l’UFDG en font moins que jusqu’à maintenant.

Et si le mode de gouvernance en Guinée devait être un quatuorvirat pour préserver la Guinée contre d’éventuelles adversités extérieures ? L’unité nationale est la chose la plus urgente. Ce qui se passe au Mali, au Burkina n’est pas inévitable ici, à condition de savoir prendre les précautions avant que ça n’arrive…