Guinée – Alpha Condé : un espoir perdu ?

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Le professeur Alpha Condé a pris acte de sa désignation comme candidat par la convention du RPG Arc-en-ciel pour le compte de l’élection présidentielle prévue en octobre prochain. Cette désignation est la suite logique d’une démarche engagée de longue date par le président de la république pour briguer un troisième mandat. Désormais, la nouvelle Constitution guinéenne qu’il a fait adopter par un référendum des plus contestés que jamais, et qui sera ensuite falsifiée, puis promulguée en avril dernier, lui permet de venir à bout de ce rêve parce qu’elle remet le compteur à zéro. Et s’il est réélu, il pourrait maintenant gouverner pendant six ans au lieu de cinq avant une autre élection présidentielle.

Tout comme il avait procédé lors des préliminaires pour le référendum du 22 mars, Alpha Condé compte encore berner les guinéens dans le suspense jusqu’à la dernière minute pour enfin répondre favorablement à cette sollicitation de sa candidature par son parti. Et dans cette détermination, l’ancien opposant octogénaire devenu potentat est prêt à user de tous les moyens financiers et militaires à sa disposition pour écraser quiconque s’opposerait à lui ou tenterait de lui barrer le chemin. Ainsi, l’homme qui rêvait de devenir pour la Guinée ce qu’a été Nelson Mandela pour l’Afrique du Sud s’est vu rattrapé par ses propres paroles. Il n’a pas tenu ses engagements vis-à-vis des Guinéens. Ce qui amène plusieurs observateurs à estimer qu’il « ne sera jamais le Mandela qu’il rêvait d’être et n’est rien d’autre qu’un espoir raté, une pure affabulation pour la démocratie guinéenne ». Amnesty International estime à son tour qu’en l’absence de chiffres officiels, après dix ans d’exercice du pouvoir par Alpha Condé, près de 200 personnes ont été tuées dans des manifestations de l’opposition. En plus de cela, constate Amnesty, l’impunité est totale et la crainte de représailles ou l’absence totale de confiance en la justice freinent les familles dans leur quête de justice.

Par ailleurs, cette opposition derrière laquelle se trouve encore des millions d’autres Guinéens, à part quelques gesticulations dans les médias, manifeste aujourd’hui des signes de lassitude et de maltraitance d’un pouvoir qui s’abat violement sur ses partisans et qui ne lui donne quasiment pas la moindre occasion d’exercer ses libertés les plus fondamentales. Selon Amnesty, au moins onze manifestations du FNDC (Front national de défense de la constitution) ont été interdites entre octobre 2019 et février 2020, pour des motifs vagues ou dépourvus d’arguments juridiques valables. À l’allure où vont les choses, tout semble joué d’avance par le pouvoir et par ses propres metteurs en scène qui n’ont rien à envier à James Cameron, le célèbre réalisateur du Titanic.

À moins que le destin ne fasse jouer un mauvais tour aux calculs politiciens du président de la république, tout est organisé pour qu’il remporte sans enjeux la prochaine élection présidentielle. D’autant que le décret que tout le monde attendait a été signé mardi dernier, fixant la date du 18 octobre prochain comme le jour du premier tour des élections. À partir de l’instant où ce décret est maintenant signé, Alpha Condé se donnera tous les moyens pour gagner, y compris par la fraude. Aussi bien à l’interne – par l’intimidation des opposants et le bourrage de crâne des populations, qu’à l’externe – par la mobilisation du syndicat des chefs d’État africains dont font partie le président ivoirien Alassane Ouattara qui vient lui-même de revenir sur son engagement solennel de passer la main à une nouvelle génération, et son homologue malien, Ibrahim Boubacar Kéita (IBK), aux prises avec une sérieuse contestation sociale. Sans compter l’exploitation en sa faveur des rivalités entre le camp occidental et la Russie, la Chine et la Turquie.

Concernant la Côte d’Ivoire, Jeune Afrique rapportait ce mercredi 13 août, l’usage excessif de la force par le gouvernement de Ouattara contre plusieurs manifestants à Abidjan et dans ses environs qui protestaient contre la candidature du président à un troisième mandat qu’ils estiment être anticonstitutionnel. On parle déjà d’au moins cinq personnes tuées et de plusieurs blessées. Voyant cela, il est encore à craindre que des pratiques similaires de répression policière absurde et de massacres des populations exerçant pourtant leur droit de manifester, ne se reproduisent également en Guinée en cette période préélectorale, aggravant ainsi le risque de déchirement du tissu social déjà très fragilisé par l’instrumentalisation ethnique et partisane. Bref, Alpha Condé fera feu de tout bois pour que son projet marche. Dans cette lancée, la cohésion nationale et la consolidation de notre jeune démocratie seront malheureusement les cadets de ses soucis. Enfin, son arrivée à la magistrature suprême en Guinée n’aura été qu’une escalade de désespoirs et de trahisons pour la république.