Guinée – Assemblée Nationale: les « grands » absents et « grands » entrants

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Après avoir résisté aux vagues du FNDC (Front national pour la défense de la Constitution), le pouvoir a pu organiser les élections législatives contestées du 22 mars. Permettant du coup au parti au pouvoir, le RPG-Arc-en-ciel, ses alliés et l’opposition (non radicale) de faire partie de la prochaine législature qui ne saurait tarder à être mise en place. A l’Assemblée, les Guinéens devront donc s’habituer à de nouvelles figures. Et d’autres vont certainement leur manquer. Parmi ces derniers, voici le best of de Guinéenews.

A-Grands absents :

Cellou Dalein Diallo, président de l’UFDG : il n’était pas le plus assidu des députés à l’Assemblée. Ce qui n’a pas empêché le très populaire président de l’UFDG de devenir le chef de file de l’Opposition. Normal. Au vu du nombre de députés qu’avait son parti à l’Assemblée et de son poids politique. Parfois, sa simple présence dans l’Hémicycle constituait en soit un évènement.

Nantou Chérif Konaté :  la Coordinatrice nationale du RPG-Arc-en-ciel sera parmi les grands absents du côté du parti au pouvoir. Avec un état de santé plus ou moins valétudinaire durant l’année 2019, Hadja Nantou aurait été expressément écartée de la liste du parti avant de trouver un point de chute à la Présidence de la République comme ministre Conseillère.

Dr. Saloum Cissé :  pas étonnant qu’il ne fasse pas partie de cette future législature. Se référant à la loi, l’ancien vice-président de l’Assemblée a été l’un des rares apparatchiks sinon le tout premier du RPG à prendre ouvertement position et manière très tranchée sur le très controversé débat lié au troisième mandat en Guinée.  Des caciques du pouvoir ne lui ont jamais pardonné ses propos. Il sera comme un pestiféré mis en minorité. Il se murera par la suite dans un long et assourdissant silence avant de commencer à prendre part aux Assemblées générales hebdomadaires du parti. Sans surprise donc, il sera écarté de la liste du parti pour les dernières législatives. Comme Hadja Nantou, il se consolera pour le moment d’un strapontin de poste de ministre Conseiller à la Présidence.

Dr Fodé Oussou, l’un des Vice-présidents de l’UFDG : le bouillant pharmacien, en tant que président du groupe parlementaire des libéraux-démocrates, lui- aussi, comme son patron, fera partie du gotha de personnalités dont la voix ne résonnera pas durant les cinq prochaines années dans les sessions de l’Assemblée Nationale. Vu que son parti, l’UFDG avec d’autres formations politiques comme l’UFR, le PADES ou le BL, ont boycotté les dernières législatives.

Ousmane Gaoual Diallo, le directeur par intérim de la communication de l’UFDG : le tonitruant, le trublion député uninominal de la circonscription de Gaoual ne sera plus là pour contredire presque systématiquement et crânement les députés du parti au pouvoir. S’il était encore vivant, c’est feu Jean-Marie Doré qui se serait surtout réjouit de de son absence à l’Hémicycle. On se souvient encore des échanges très tendus qu’ils ont eus au début de la législature 2013-2018.

Ibrahima Kalil Konaté alias ‘’K²’’ : après sa bourde devant l’Assemblée sortante en 2017, l’ancien ministre de l’Education nationale avait l’occasion de devenir lui-même député cette année. C’est raté ! Même avec la victoire écrasante du RPG, il ne sera pas député. Car, sur la liste nationale du RPG, il occupe la 49ème place alors que le parti malgré son raz-de-marée n’a pu faire mieux que 42 députés. C’est également le même sort qui est arrivé à Patrice Camara qui vient à la 52ème place sur la liste au scrutin proportionnel du RPG.

Mais aussi il faut noter dans ce registre des abonnés absents, l’ancien député de Siguiri, Sékou Savané du RPG ; Dr Ousmane Kaba du PADES, Saikou Yaya Barry, Aïssata Daffé, Ibrahima Bangoura, tous de l’UFR de Sidya Touré, Cellou Baldé, Mariama Tata, Dr Fodé Marega tous de l’UFDG, Patrice Camara du parti l’UNR…

B- Les « grands entrants » :

Me Togba Zogbélémou : l’ancien ministre de la Justice vient à l’Assemblée après avoir essuyé maintes critiques pour son interprétation de la loi en faveur d’un changement de Constitution.  Une déception pour l’Opposition, il reste la plus grande trouvaille du parti au pouvoir, le RPG lors du mercato politique guinéen de l’année dernière.

Tibou Kamara : soupçonné de jouer le double jeu, le ministre de l’Industrie Tibou Kamara a fini par démentir ceux qui doutaient de son implication sincère pour la cause du RPG-Arc-en-ciel et de son président. Il est le député uninominal élu de Dinguiraye, la cité sainte de Elhadj Omar Tall.

Diakaria Koulibaly : actuel ministre des Hydrocarbures, Diakaria, ‘’Diak’’ pour les intimes, est le candidat uninominal élu du RPG Arc-en-ciel à Mandiana. Il a réalisé une véritable raz-de-marée à Mandiana lors des législatives du 22 mars. Un résultat qui confirme Mandiana comme un bastion historique du RPG. Le très discret ministre a su ainsi conquérir et fédérer l’électorat des deux contrées que compose Mandiana (Wassolon et la partie maninka, ndlr) par son humilité, ses nombreux gestes socioéconomiques en faveur de la base du RPG dans cette circonscription. Il sera sans doute l’une des nouvelles figures qui saura apporter sa touche au nouveau contingent de députés que le parti au pouvoir va envoyer à l’Hémicycle.

Siaka Barry du MPDG :  en attendant la présidentielle pour laquelle il a déjà annoncé sa candidature, l’ancien ministre d’Alpha Condé a passé haut la main le test des législatives pour sa première participation à un scrutin national. Même si ce « non-aligné » a profité de l’absence des grands partis politiques de l’opposition à ces élections. Certains le préféreraient chef de file de l’Opposition à la place de Mamadou Sylla. Evidemment en raison de son niveau académique. Sauf que c’est Mamadou Sylla qui a le plus grand nombre de députés à part le RPG Arc-en-ciel.

Que Mamadou Sylla (président de l’UDG) soit à l’Assemblée, c’est du déjà-vu. Qu’il soit le probable futur (en attendant la confirmation de la Cour Constitutionnelle) chef de file de l’opposition, ce serait la grande nouveauté.

Dr Fodé Mohamed Soumah (GECI) : il le voulait et il le tient. Enfin, il va devoir porter la très courtisée cocarde. Pour y arriver, il avait claqué la porte du FNDC, l’accusant du deux poids deux mesures. Il avait notamment demandé aux députés membres du FNDC de ne pas siéger à l’Assemblée parce que, disait-il, « périmée ». N’ayant pas été écouté, il finira par choisir sa propre voie. Il évolua en solo pour devenir enfin député.

Mohamed Lamine Kaba (Fidel) : militant du RPG originel, Mohamed Lamine Kaba est ensuite devenu un opposant farouche au régime d’Alpha Condé allant jusqu’à s’associer à Cellou Dalein et à Sydia Touré. Il a finalement mis de l’eau dans son vin pour devenir conseiller à la mairie de Faranah et voilà maintenant devenu député, l’enfant de Sangardo.

Mamadou Bah Baadiko (UFD) : lui aussi n’était pas favorable au boycott des élections législatives estimant qu’il ne ferait que renforcer davantage la position du pouvoir… On le connait pertinent dans ses analyses. Pourra-t-il quelque chose face à la « meute » de députés du RPG Arc-en-ciel ?

Domani Doré : comme Mohamed Dorval Doumbouya, ancien ministre du Commerce, l’ingénieur télécoms, Dr Fodé Soumah ou Makanéra Kaké, l’ancienne ministre en charge des Sports fait partie des nouveaux députés du RPG.

Dr Sékou Koureïssy Condé: ancien ministre de la sécurité, ancien secrétaire général du CNT, ancien Médiateur de la République et ancien activiste de la société civile, ce tribun a pu décrocher une place au parlement en exhumant son vieux parti politique ARENA, longtemps rangé dans un tiroir.

Bouna Kéita du RGP :  on connaît l’homme d’affaires pour sa façon décousue de parler son patois de français. Elhadj Bouna Kéita à l’Assemblée, cela va forcément faire du spectacle en perspective.