Guinée : Au cœur des contradictions d’Alpha Condé

0
1092

Le « Professeur » Alpha Condé a berné tous ceux qui croyaient en lui, faisant croire à chacun la justesse de son combat contre la dictature des présidents Sékou Touré et Lansana Conté, qui l’ont précédé à la tête de la Guinée. Depuis qu’il préside les destinées de ce pays, il se livre à des pratiques autoritaires du pouvoir qu’il a pourtant combattu pendant près d’un demi-siècle.

Il a promis le respect des droits humains et de meilleures conditions de vie aux femmes et à la jeunesse guinéennes. Allez-y donc faire un sondage auprès de ces couches les plus vulnérables de la population. La déception est immense. En vérité, Alpha Condé s’est fait inscrire en lettre d’or sur le registre de ceux qui n’ont que faire des droits de l’homme. Les réactions des forces de l’ordre aux réclamations des droits des personnes est d’une disproportion incroyable, et pire, les auteurs des violences baignent dans une impunité abyssale qui choque la conscience humaine.

Dans une vidéo devenue célèbre sur les réseaux sociaux, on voit le président de la république s’adresser à ses partisans de Kissidougou en ces termes : « Voilà ce que nous allons faire pour ce peuple, pour ces jeunes, pour ces femmes… cinq choses : la première, l’école pour tous, c’est-à-dire que tous les enfants de la Guinée iront à l’école sans que leurs parents payent un centime ; deuxièmement, la santé pour tous, ce qui veut dire que tous les guinéens seront soignés gratuitement ; troisièmement, au bout de trois ans nous n’importerons plus le riz, nous produirons du riz pour nourrir la Guinée et vendre le reste au Sénégal et au Mali ; nous allons faire les chemins de fer et les routes ; ensuite nous allons vous donner l’eau et l’électricité. »

Or, malgré ce discours tenu avec ferveur sous les ovations du public, le taux d’alphabétisation de la Guinée reste encore faible (environ 37% en 2018 selon le Programme des Nations unies pour le développement). Les hôpitaux du pays sont toujours payants, sous équipés et baignent dans une insalubrité criante. La Guinée continue toujours d’importer le riz asiatique, plus 600 mille tonnes par an, avec un prix à la tonne de plus en plus croissant, atteignant 600 dollars US cette année. Sur le plan des infrastructures, aucun projet de chemin fer n’est mis au point et encore moins réalisé depuis les dix dernières années.

Les routes urbaines et régionales sont dans un état de dégradation pitoyable. Selon l’avis de plusieurs usagers, la seule distance Kaloum – Coyah, longue de 45 km, peut prendre jusqu’à une demi-journée pour la parcourir, les embouteillages et le désordre dans la circulation aidant. Quant à l’eau et l’électricité, les guinéens les attendent toujours. Plusieurs quartiers de la capitale manquent d’eau et d’électricité et les villes et villages de l’intérieur sombrent dans la soif et les ténèbres nocturnes.

La détérioration des conditions de vie des femmes et des jeunes est de plus en plus accentuée, laissant ces derniers dans un espoir inabouti. Les jeunes, pour fuir la misère et le désespoir dans leur pays préfèrent disparaitre au fond des océans dans leurs tentatives périlleuses de rallier l’Europe. Tout cela se fait sous les yeux hagards et indifférents d’un président qui leur avait pourtant promis protection et sécurité́. Les femmes quant à elles n’arrivent pas à rompre leurs liens de dépendance et sont sujettes à de multiples violences physiques et psychologiques.

Alpha Condé dit avoir hérité d’une Constitution (celle du 7 mai 2010) élaborée par un groupe d’individus qui ne représentait que ses propres intérêts. Tandis que lui-même a substitué à celle-ci une Constitution faite dans l’ombre par des inconnus, dans l’unique but de s’octroyer un mandat de plus. Comme motifs avancés à cette fin, il invoque : l’achèvement des chantiers entamés, l’arrivée inopportune de l’épidémie d’Ébola et de la pandémie du Coronavirus, les manifestations dans les rues, etc. Autant de motifs qui ressemblent plus à des inepties qu’à des arguments juridiquement fondés.

À son arrivée au pouvoir en 2010, on le croyait capable de satisfaire la forte demande de réconciliation des guinéens et guinéennes entre eux. Au lieu de cela, il s’est employé comme un fossoyeur à creuser pour des raisons propres à lui, les fosses de divisions entre les gens, tout en amplifiant le sentiment de méfiance des ethnies les unes par rapport aux autres.

Il a dit avoir « hérité d’un pays, pas d’un État ». Mais son exercice du pouvoir a consisté à détruire le peu qu’il restait de l’État trouvé sur place. Il s’est systématiquement livré à la politisation sans limite de l’administration publique et de la justice.

Alpha Condé est au fond un politicien de l’école de Machiavel (Le Prince) ou de Sun Tzu (L’art de la guerre). D’une manière toujours subtile, il fait le contraire de ce qu’il dit et dit le contraire de ce qu’il fait. Le principal défi qu’il a manqué de relever est celui de se construire une crédibilité, première qualité recherchée chez un personnage politique digne de nom.

Question : comment faire désormais confiance à cet homme de 82 ans pour réconcilier les guinéens et les guinéennes plus que jamais divisés, quand on sait que cette réconciliation est la première condition de redémarrage du pays ?