Guinée : Comprendre le comportement de nos dirigeants à l’aune de la psychologie

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Déception. C’est le mot qui revient incessamment sur les lèvres de la plupart de ceux qui se rendent compte, avec le temps, que les leaders en qui ils ont longtemps placé leur confiance sont loin d’être différents de leurs prédécesseurs. Dans certains cas, ils sont même bien pires.

En effet, plus on se croit proche de la fin du calvaire, des violences froides, des injustices avérées, de la mauvaise administration paralysante et des pannes démocratiques récurrentes, plus on se rend compte qu’on s’est trompé sur toute la ligne avec le nouveau venu. Ainsi, on s’aperçoit que les maux qu’on croyait être déjà révolus ont un extraordinaire pouvoir de régénérescence. Ils reviennent avec une force inouïe.

Depuis plus de six décennies, des milliers de guinéens ont payé de leurs vies en raison du simple fait qu’à un moment donné de l’histoire de leur pays, ils se sont levés pour protester contre l’injustice de leurs dirigeants, la gabegie financière, la corruption des institutions ou le tripatouillage de la constitution de leur patrie.

Les récents événements du 12 mai dernier à Coyah,Dubréka et Kamsar sont une des fâcheuses illustrations d’un autre carnage à la guinéenne. Dans ce cas d’espèce, si l’on doit reconnaitre aux autorités guinéennes la légitimité de prendre des mesures exigeantes pour empêcher la propagation du Covid-19 à travers le pays, il n’en demeure pas moins que ces mesures ne doivent toutefois pas conduire jusqu’à causer des morts par balles parmi leurs contrevenants.

En avril dernier, mise au courant du recours excessif à la force militaire et policière contre les contrevenants des mesures de confinement instaurées dans plusieurs pays africains, la Haut-Commissaire des Nations unies au droit de l’homme, Michelle Bachelet, s’est indignée et a déclaré : « Il est évidemment inacceptable et illégal de tirer sur une personne ayant enfreint un couvre-feu en quête désespérée de nourriture, de la placer en détention ou de lui faire subir des violences ».

Par quoi s’explique donc cette similitude comportementale, ce destin commun que les dirigeants guinéens partagent si parfaitement entre eux ? Une des clefs pour expliquer ce fait, répétitifdans le temps, est offerte par la psychologie, cette science humaine qui étudie le comportement de l’homme.

La psychologie l’explique d’abord par le syndrome de Stockholm. La science médicale définit ce syndrome comme « un phénomène psychologique étrange qui peut se produire entre une victime et son bourreau. Autrement dit, certains otages peuvent finir par développer pendant leur captivité une certaine empathie, voire sympathie à l’égard de leurs geôliers ».

Ramené dans le contexte politique de la Guinée, ce syndrome favorise le mimétisme comportemental chez les dirigeants. Les opposants malmenés, emprisonnés, réduits au silence et brimés par le pouvoir en place, finissent par adopter eux-mêmes, une fois au pouvoir, le même comportement envers les futurs opposants à leur politique, fascinés qu’ils sont par ce qu’ils ont subi. Un étrange mécanisme de transformation de la victime en bourreau se produit alors inconsciemment.

C’est ainsi que l’on finit par s’expliquer rationnellement pourquoi les présidents qui se sont succédés à la tête de notre pays ont rapidement glissé dans la démesure, voire dans la brutalité à l’égard de toute personne se montrant critique vis-à-vis de leurs régimes.

La seconde clef pour expliquer le comportement de nos dirigeants par la psychologie réside dans le syndrome d’hubris. Il s’agit d’une maladie du pouvoir qui se caractérise par « une perte du sens des réalités, l’intolérance à la contradiction, des actions à l’emporte-pièce, l’obsession de sa propre image et l’abus de pouvoir ».

C’est à cause de ce syndrome que nos dirigeants sont incapables pendant qu’ils sont vivants, de mettre en place des institutions qui assurent la transmission pacifique du pouvoir une fois qu’ils ne seront plus là. Il explique également leur refus d’imaginer leurs propres fins et la perte de tous les honneurs que confère le pouvoir.

En définitive, tant que ces maladies du pouvoir affectent nos dirigeants et se transmettent des uns aux autres, le mot déception sera toujours au rendez vous, au grand dam des populations.