Guinée, Côte d’Ivoire : entre décadence démocratique partagée et progrès économiques inégalitaires

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Alpha Condé, président guinéen dit qu’il est le conseiller politique d’Alhassane Ouattara, son homologue ivoirien. Et ce dernier dit qu’il est le conseiller économique du premier. En rompant solennellement sa promesse de passer la main à une nouvelle génération dans le cadre de la présidentielle d’octobre prochain après la disparition de son dauphin, le premier ministre Amadou Gon Koulibaly, le président ivoirien montre qu’il ne voit dans son camp aucun autre ivoirien capable et digne de le succéder, mais aussi, il réaffirme son droit absolu de propriété sur son pays, qui est pourtant le bien commun de tous les ivoiriens.

Il a donc suivi ou du moins, il s’est inspiré d’Alpha Condé qui comme lui, a décidé de briguer un troisième mandat en totale contradiction avec l’image de démocrate qu’il a associé à son combat politique de plus 40 ans dans son pays, à travers l’adoption par un référendum fort contesté par l’opposition, d’une nouvelle Constitution taillée sur mesure.

Ces deux présidents influents donnent ainsi le mauvais exemple à leurs homologues de la sous-région ouest-africaine et de l’ensemble du continent. Les deux participent au processus de décadence démocratique sur le continent à travers l’ensauvagement des institutions d’arbitrage démocratique et de régulation de la vie politique. Ils utilisent les forces de sécurité comme une sorte de milice privée chargée de protéger leurs pouvoirs et leur main mise sur leurs pays respectifs qu’ils confondent à des biens privés.

Au crépuscule de leurs vies respectives, ils réduisent à néant l’espoir des jeunes générations de voir leurs pays dirigés autrement en fonction de nouvelles et profondes aspirations démocratiques. Bref, ils se comportent en colons noirs, encore pires que les colons blancs d’avant les années 60.

Si Ouattara a été mal inspiré politiquement par Condé, ce dernier ne fut pas du tout inspiré par le premier sur le chemin du redressement économique de son pays. Selon le journal français les Échos « Après avoir atteint des sommets en 2012 (10,7 %) et en 2015 (9,2 %), la Côte d’Ivoire a maintenu un taux de croissance de 7,6 % en 2017, soit le deuxième plus rapide en Afrique subsaharienne et le quatrième au niveau mondial. Selon le rapport dévoilé début février par la Banque mondiale et intitulé « Aux portes du paradis », ce pays d’Afrique de l’Ouest n’est devancé que par l’Éthiopie (8,5 %), dont les progrès s’expliquent par son faible niveau de développement (710 dollars de PIB par habitant, contre 1530 dollars pour la Côte d’Ivoire). »

De plus, sous Ouattara, le pays a réalisé et engagé de gros chantiers structurants poursuit le journal : « livraison du pont Henri Konan Bédié en 2015 ; prolongement en cours de l’autoroute du Nord, elle-même construite en 2013 ; travaux d’aménagement de la baie de Cocody ; ou encore construction d’un métro qui devrait voir le jour en 2022…». Autant de projets qui justifient les conclusions optimistes du rapport de la Banque mondiale et placent la Côte d’Ivoire « aux portes du paradis ».

En Guinée, au-delà des théories économiques avancées par ci et par là, et autres déclarations officielles, les réformes économiques engagées pendant 10 ans par le président Condé n’ont pas fondamentalement changé le quotidien du guinéen. Celui-ci est de plus en plus pauvre, les jeunes fuient le pays prenant des risques incalculables, souvent mortels, en franchissant les mers et les déserts pour rallier un Occident saturé, lui même secoué par une crise économique, sociale, identitaire et maintenant sanitaire dans un contexte de mondialisation ravageuse et sans pitié.

Selon le Trésor français, même si le pays possède de nombreux atouts, « son économie demeure relativement peu diversifiée et structurellement vulnérable aux chocs exogènes, notamment sur les matières premières. (…) Avec une population de 12,4 millions d’habitants et un PIB de 13,4 Mds USD, la Guinée demeure au bas du classement IDH, occupant le 175ème rang sur 189 pays en 2018. Plus de la moitié des Guinéens (53%) vivraient en dessous du seuil national de pauvreté qui est de 8 815 GNF/personne/jour (0,9 EUR). Par ailleurs, l’économie reste encore largement informelle avec une part estimée à plus de la moitié du PIB. L’emploi informel occuperait près de 70% de la force de travail du pays. L’espérance de vie à la naissance dépasse à peine 60 ans. »

Si ces deux pays présentent, sur le plan politique, quelques similitudes qui les placent en situation de risques sécuritaires dûs à leur stratégie d’exercice du pouvoir politique et d’exclusion des adversaires, sur le plan économique en revanche, Ouattara, mille fois plus que Condé, peut se prévaloir de certains résultats économiques encourageants, mettant son pays sur le chemin de l’émergence. Même si, il faut aussi le signaler, il eût fallu à la Côte d’Ivoire une guerre meurtrière dans laquelle avaient péri plus de 3000 ivoiriens pour porter Ouattara au pouvoir.