Guinée – Culture : Que sont-ils devenus ? Le retour de Almamy Kouyaté, alias ‘’Kolon Sodya’’

0
239

Il s’appelle Almamy Kouyaté et porte communément plusieurs pseudonymes, obtenus en fonction des différents rôles joués dans les pièces de théâtre.

‘’Kolon sodia’’, ‘’N’koro Mamoudou’’ et quoi d’autres, est bien cet homme de théâtre, comédien, metteur en scène, célèbre artiste de la troupe artistique Bènso Sodia.

Haut sur jambes, inspirations comiques désormais collées à la peau de l’être, ‘’Kolon sodia’’ nous a reçus avec courtoisie à son domicile de Lambanyi.

Il nous ouvre son monde pour parler de sa vie, son parcours, ses œuvres, son carnet de santé et de ses perspectives.

Il est né en 1955 à Dyalama Nafadyi (Préfecture de Kouroussa), fils de feu Balaba et de Dyéli Fina Kouyaté. Marié à 2 femmes, il est père de 4 enfants.

Toute une enfance et adolescence passé à Dyalama Nafadyi, Almamy Kouyaté sera très tôt dirigé vers l’école coranique, ce qui l’empêcha de faire la connaissance de Mamadou et Binéta, du maitre d’école, de la craie et du tableau noir.

À ses deux quotidiennes et principales activités : l’école coranique et les travaux champêtres, ‘’Kolon Sodia’’ se découvre et combine l’art. Pour un premier temps, très éloquent, rassembleur et apte dans ce genre de métier, il opte pour le rôle de crieur public, de parolier au sein du village.

Le ‘’bèlè’’ (instrument local à vent en forme de corne) dit-il qui s’apparente au ‘’sangban’’, lui a servi pour réunir tout le village à la place publique lors des cérémonies (baptême, mariage, décès et autres).

Dans de perpétuels éclats de rires à faire tomber, ‘’Kolon sodia’’ poursuit : ‘’ j’ai aimé ce rôle social de contact avec les habitants du village. Je drainais du monde vers la place publique en dansant et en jouant au ‘’bèlè’’.

Plus tard, deux de mes camarades joueurs de tamtam vont me rejoindre, pour constituer un petit groupe musical de chant et de danse. La notoriété grandissante, le groupe livrait enfin de compte des cérémonies de réjouissances dans les villages environnants’’.

De la pratique aux exploits, ‘’N’koro Mamoudou’’ commence à s’éloigner de ses activités de base et du coup, l’inquiétude s’empare et gagne le cœur de sa mère. Une brusque et irrévocable décision est prise par les parents. C’est bien celle de réorienter ‘’N’koro Mamoudou’’ vers l’apprentissage d’un métier et cela à Conakry chez des parents.

Le ton a changé, les rires se sont subitement amoindris chez ‘’N’koro Mamoudou’’, quand cette étape de son voyage Dyalama Nafadyi-Conakry fut abordé. Moins agité, il restitue : ‘’ mon départ du village a été très pénible pour moi, mes parents, et pour tout le village. Ma popularité avait pris une grande dimension tant sur le plan social qu’artistique. Il fallait se plier à cette décision et c’est bien vrai que j’avais commencé à dérouter pour me consacrer seulement aux activités de réjouissances populaires. C’est une autre marquante étape de ma vie’’.

Le destin est inévitable. Sans savoir qu’il venait pour croiser sur son chemin la célébrité et se hisser au sommet, ‘’N’Koro Mamoudou’’ est engagé dès son arrivée dans l’apprentissage de la mécanique pendant 4 ans. Parallèlement, il apprit aussi le métier de chauffeur d’où son talent de comédien a encore favorablement pesé dans la balance.

Il a conduit pendant des années les ‘’Alakabon’’ ou (mille kilos), première dénomination des véhicules privés de transport en commun dans la capitale. Attirés par son génie créateur de comédien animateur, les passagers attendaient son tour d’embarquement pour emprunter les tronçons Madina-Dixinn-Cameroun. C’est toute une histoire agréablement vécue par l’artiste.

Lassé de ce boulot de chauffeur et préoccupé pour la conquête de nouveaux horizons, le comédien en herbe repéré, se retrouve à Fria en quête de boulot.

Guetté à l’avance, de Fria, il sera vite ramené à Conakry par feu Dyibadian Kouroumah, ex-sociétaire des Ballets Dioliba et membre fondateur de la troupe artistique Benso sodia.

Il intègre la troupe Benso Sodia en 1987. Il l’intègre, s’adapte et valorise sa présence dans la troupe, à travers sa passion pour l’art et son talent inné de comédien.

D’une pièce de théâtre à une autre, solomana, sabari, frédi de conquistadore, N’nakany, Bily ni bébé…‘’N’Koro Mamoudou’’ s’impose et joue presque les premiers rôles d’acteur principal, à la satisfaction des téléspectateurs, sur la lucarne joyeuse de la chaine de télévision nationale.

Très actif et prolifique, la troupe Benso Sodia va élargir son champ d’action à l’intérieur du pays et dans la sous-région. Partout, ‘’N’Koro Mamoudou’’ est réclamé et à sa seule apparition, c’est une foule d’admirateurs qui déferle, l’entoure et se procure de la ration d’humour.

Elles étaient nombreuses et captivantes ces troupes de théâtre qui ont retenu le souffle et apporté du bonheur aux mordus du théâtre.

Tant, les remarquables présences des troupes Léouwrou Dièrè, Pèssè et Nil Palawou, Almamy Kouyaté en compagnie de Benso Sodia, s’est frayé le chemin de la consécration et à gagner de la notoriété parmi tant d’autres, dans une saine émulation artistique.

C’est en 2013 qu’il a été rattrapé par la maladie. Et comment ? L’artiste s’explique : ‘’compte tenu de mon état physique dégradant et alarmant, des accusations ont été portées à tort contre les mauvais sorts, la sorcellerie et autres.  Finalement, c’est après plusieurs examens cliniques, que le diabète qui gagnait du terrain fut décelé par le staff de médecins de l’Hôpital Régional de Kankan’’.

Depuis, l’artiste vit et cohabite avec la maladie qui l’a longtemps éloigné des scènes de théâtre, disons du microcosme artistique, sans lequel la vie sur terre n’a aucun sens pour lui.

Il est de retour notre ‘’Kolon sodia’’ à en juger par ses propos : ‘’ Dieu merci, je retrouve peu à peu ma santé. Je suis l’actuel Directeur général de la troupe Bènso Sodia qui est fonctionnelle. J’ai créé parallèlement ma troupe qui porte mon nom ‘’Kolon Sodia’’ et qui est présentement en tournage. Pour un retour, je le confirme et vous donne rendez-vous pour les prochains jours’’.

Un renouveau sur la scène du théâtre guinéen s’annonce. Rassurez-vous que ‘’N’Koro Mamoudou’’ a encore plein dans sa besace.

Lire vidéo: