Guinée : De l’internet militant aux manifestations de rues, le FNDC houspille le pouvoir (opinion)

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Depuis le 14 octobre, le Front National pour la Défense de la Constitution du 7 Mai 2010, proteste contre le pouvoir dans sa volonté de proposer une nouvelle constitution à la Guinée. Associant plusieurs répertoires d’actions – les manifestations de rues, mot d’ordre de grèves syndicales, le tractage ou l’internet militant -, de toutes ces actions protestataires, l’engagement de la diaspora via Facebook ou quand elle se mobilise devant l’ambassade de Guinée à Paris ou à Washington, pèse énormément dans le dispositif et par conséquent participe efficacement du conditionnement de l’opinion. Loin d’être une spécificité à l’action encours, parce qu’ayant été mobilisée par exemple contre les militaires en 2009, de plus en plus, les Guinéens de l’étranger jouent un rôle très militant dans le débat politique. Ils ne sont aucunement en reste. Ils agissent et se constituent un champ politique à part entière. Parlant de la protestation par les réseaux sociaux, aussi utilisés par les tenants de la nouvelle constitution, la toile comme partout ailleurs, s’impose comme le véritable outil communicationnel  – pas de censure, on y va selon son propre cadrage informationnel. Cependant, elle n’est pas non plus exempte de trouble informationnelle à coups de fausses images dont l’objectif est tantôt la production de l’émoi tantôt la construction de l’euphémisme.

Les médias, le rempart aux fake news et au trouble informationnel

Exit l’instantanéité par la quelle les journalistes souhaitent rendre compte de l’état de la manifestation et des discourspolitiques en lien avec celle-ci, approche s’apparentant à « la dictature du moment », doivent tout aussi user du fact checking pour identifier les fausses nouvelles et autres images prises ailleurs et attribuées à la crise guinéenne. C’est aussi de la responsabilité des journalistes de rendre fidèlement compte de ce qui se passe. Le travail de terrain des médias étantdifficile en temps de crise, il revient donc principalement aux dépositaires temporaires du pouvoir de protéger les journalistes, mais aussi aux manifestants d’éviter de s’en prendre aux journalistes qui rendent compte de l’actualité sur le terrain.

C’est tout comme le débat relatif au choix éditorial des presses. Que dire du positionnement des différents médias notamment privés dans la crise qui depuis l’entame de cette année a pris de l’ampleur ? Quid de l’observation d’un statut militant et celui d’impartial ? En analysant les contenus diffusés dans l’espace public, on remarque que les journalistes sont passés de simples metteurs en scène des avis contradictoires des acteurs politiques, à la mise à contribution d’intellectuels sur les questions de droit constitutionnel àfinalement d’acteurs dans leur majorité militant pour la défense de la constitution. La tendance est de plus en plus forte parmi ceux qui rejettent toute idée de perpétuation d’Alpha Condé au pouvoir. Cette attitude des hommes de médias se dégage surtout dans les émissions talk show entre journalistes. Même s’ils continuent tout de même à traiter quelques fois des avis des tenants de la nouvelle constitution. Plus généralement, cette posture est traditionnellement observée par les médias privés qui se veulent différents de la ligne éditoriale des médias publics, ils se perçoivent surtout comme des porte-étendards des oppositions parce que censurées dans les médias publics. Cela fut l’engagement de la presse écrite dans les années sous Lansana Conté. Même si l’espace médiatique a entre temps changé depuis 2006 en faveur de la libéralisation des ondes et la profusion des médias électroniques, elle reste surdéterminée par la pression des internautes qui sen prennent à tort ou à raison aux médias qui ne militeraient pas pour la défense de la constitution. Nous avons vu comment « les Grandes Gueules » de la Radio Espace a fait la risée de la toile, soupçonnée d’avoir boudé la manifestation du lundi.   Cette vision du rôle des médias reste cependant discutable aussi bien dans le contexte guinéen que dans d’autres. En ce sens que les médias peuvent parfois faire le choix de privilégier une actualité sans pour autant être dans la discréditation d’une action quand  bien même de premier ordre, d’autant plus qu’ils décident de la hiérarchisation qu’ils font des nouvelles.

La stratégie de l’enlisement et de l’usure du temps trèsproblématiques 

Le président de la République au soir de la journée du lundi, a invité les acteurs réunis au sein du FNDC au dialogue. Proposition aussitôt écartée par celui-ci. Pour donner de l‘allure à cet appel du pied, il appartient au gouvernement de donner des gages comme libérer systématiquement tous les leaders arrêtés et faire la lumière sur les tueries afin de réactiver le cadre de dialogue et de concertation. Il ne faut pas du tout faire dans la stratégie de l’enlisement. Non seulement, il est de la responsabilité politique et sociale du gouvernement d’assurer la pérennité  de l’Etat ; mais il est aussi de son ressort d’apporter des réponses politiques à la crise qui sévit. Toutes les fois que les revendications si foncièrement politiques qu’elles soient, rejoignent la sphère sociale de quelque manière que soit, deviennent antinomiques à la mesure du dialogue.  

Par ailleurs, les Guinéens vivant du jour au jour, il serait plus stratégique pour le Front National de la Défense de la Constitution, de plutôt procéder à des manifestations discontinues comme par exemple choisir un jour de manifestation dans la semaine. Cette tactique permet de ne pas arriver à saturation quand on sait que les mouvements de protestation comme les manifestations de rues succombent bien souvent à l’usure du temps. Il faut tout aussi se désolidariser des saccageurs qui s’en prennent gratuitement aux biens et aux personnes. Ceci assurerait le caractère pacifique de l’action et éviterait de l’entacher.

Kabinet Fofana