Guinée : Dix zones d’ombre sur le retard à l’allumage du nouveau gouvernement Alpha III

mars 26, 2018 3:29
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Selon des rumeurs persistantes, le premier ministre aurait déposé sa lettre de démission, ce week-end, mais vérification faite à un niveau élevé, il n’en serait rien, du moins jusqu’à ce jour. Au contraire, Mamadi Youla trône toujours à la primature. Même si certaines indiscrétions du Palais font état probable remaniement.

Pourquoi un remaniement ?

Un remaniement pour quatre raisons. La première, aujourd’hui, tout le monde est unanime que l’actuel gouvernement a montré ses limites. D’où la nécessité de changer d’attelage. En le faisant, le président de la république impulserait un nouveau souffle à l’action du futur gouvernement mais redonnerait espoir aux populations.

La deuxième, la dernière crise syndicale dans le secteur de l’éducation a donné de la sueur froide au gouvernement. Conséquence immédiate, l’État a puisé plus que prévu dans les caisses pour faire face aux réclamations salariales des enseignants. Cela signifie qu’il devrait s’attendre à des grognes sociales jusqu’en 2020.

La troisième, le pays est face à une nouvelle donne politique au lendemain des élections locales du dimanche 4 février 2018. Le parti présidentiel, n’ayant pas obtenu la majorité des sièges comme lors des législatives de 2013, a besoin des alliés. Cette recomposition du paysage politique commande une redistribution des cartes.

La dernière, à deux ans de la fin de son dernier quinquennat, le président Condé a besoin d’une équipe dynamique capable de l’aider à terminer ses chantiers pour rentrer dans l’histoire. Mais cela passe par la victoire aux élections législatives de 2018.

Qu’attend-il pour former son gouvernement ?

Le président Condé ne semble pas pressé. Certainement, il a son agenda à lui. S’il n’a pas réaménagé son gouvernement jusque-là, c’est en raison de quatre contraintes.

La première, le pays était face à une crise syndicale, qui a sérieusement fragilisé son gouvernement. Après d’intenses négociations, il a signé un accord, le couteau à la gorge. La bonne nouvelle, c’est que la grève est suspendue et les cours ont repris.

La deuxième, après la trêve sur le front social, il reste le front politique. Malheureusement, depuis un mois, l’opposition multiplie les manifestations de rue pour réclamer la publication des « vrais résultats » sortis des urnes. Et le pays est bloqué.

La troisième, dans ses précédentes sorties médiatiques, le président Alpha Condé a promis de former un nouveau gouvernement, quand il finira de consulter ce qu’il a appelé la « majorité silencieuse » pour que celle-ci lui dise ses attentes et ses critères.

« Je vais donc consacrer ces jours à écouter la majorité silencieuse, je vais rencontrer les magistrats, les médecins, les transporteurs, les femmes et les jeunes. Après cela, je prendrai mes responsabilités. Ça veut dire que quand j’aurai fini de rencontrer la majorité silencieuse, je vais faire un grand remaniement et mettre des ministres qui sont à l’écoute des populations », a expliqué le président Condé.

La quatrième, Alpha Condé n’aurait pas un premier ministre sous la main, dit-on. Depuis des semaines, la presse dresse le portrait-robot du nouveau premier ministre. Plusieurs noms sont cités mais c’est mal connaître le signataire des décrets. Par le passé, celui-ci a souvent nommé des cadres dont on attendait le moins.

Zones d’ombre sur le remaniement

Premier inconnu, c’est le degré du remaniement. Est-ce un remaniement en profondeur comme le président Alpha Condé l’a insinué au Palais du Peuple lors de la fête de 8 mars ou, au contraire, procédera-t-il à un léger réajustement de son équipe en gardant les bons, tout en remplaçant les moins bons par des nouvelles têtes ?

Deuxième inconnu, va-t-il changer de premier ministre ou va-t-il garder le titulaire actuel ? S’il décide de changer de chef de gouvernement, va-t-il piocher dans Forécariah comme les deux prédécesseurs ou va-t-il respecter sa promesse de réserver la primature à ses « oncles soussous » ? Ou va-t-il donner la primature à son parti d’origine ou va-t-il miser sur un ressortissant de la région de son principal opposant ?

Troisième contrainte, après le gouvernement de récompense, celui de mission, comment s’appellera le nouveau gouvernement ? Quelle sera sa taille ? Sera-t-il restreint avec plus de missions ou sera-t-il bateau comme ce fut les précédentes équipes ? Est-ce une équipe axée sur le mérite ou va-t-il expérimenter un gouvernement d’union nationale ? Va-t-il faire une ouverture à l’opposition ou non ?

Des indices sur le nouveau gouvernement

En marge de la fête de la femme, le président Alpha Condé a annoncé les grandes couleurs et des indices. « Je vais faire un grand remaniement ministériel du gouvernement. Je vais nommer des ministres responsables qui seront à l’écoute du peuple et qui oseront me dire la vérité… Nous allons faire un gouvernement de ministres responsables qui sont à l’écoute du peuple, qui serons auprès du peuple, selon ce que le peuple pense et qui pourront informer correctement le président », dit-il.