Guinée – Duel Alpha vs Dalein : les défis d’une élection à grand enjeu national…

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Dans la campagne électorale au compte de la présidentielle du 18 octobre, le ton est monté d’un cran entre les camps des deux principaux challengers, à savoir Alpha Condé, le président sortant, candidat à sa propre succession pour un troisième mandat et Cellou Dalein Diallo, qui tente sa chance après deux précédents échecs sur la dernière marche du palais. Dans cette mêlée électorale, les passions se déchaînent sur fond de violences physiques et verbales. Là où la raison devrait prévaloir à travers des débats d’idées. Programme contre programme. En attendant le verdict des urnes, quels sont les défis immédiats qui attendent les principaux candidats ?

Votre quotidien électronique Guinéenews©, fidèle à sa vocation d’informer et d’anticiper sur d’éventuelles dérives anti-démocratiques se propose ici de passer brièvement en revue quelques-uns de ces défis dans une atmosphère où les projets de société sont quasiment délaissés au profit d’invectives.

Alpha Condé et la promesse d’une gouvernance inclusive pour les six prochaines années

Une chose courante dans la politique guinéenne, c’est que peu de leaders ont des convictions immuables. La capacité pour les hauts cadres de l’administration et des personnages politiques de ramer d’un bord à un autre comme dans un concours de natation est d’une facilité déroutante et déferlante. Ainsi, ceux qui s’activent pour la réélection du candidat du Rpg-arc-en-ciel espèrent naturellement occuper des positions politiques, administratives et économiques plus confortables en cas de victoire d’Alpha Condé.

Cette attente est déjà connue. Mais voilà, Alpha Condé semble prendre de plus en plus conscience de ce qu’on lui reproche dans sa gouvernance jugée de « calamiteuse » par les observateurs, durant les 10 ans passés à la tête de l’Etat, à savoir le rapprochement de ses seuls partisans inconditionnels même incompétents dans les services hautement techniques de l’Etat et la fermeture des portes et fenêtres aux autres Guinéens, compétents, la voie de l’ascension professionnelle.

Dans son allocution du 10 octobre à la nation, il a déclaré que s’il est élu, qu’il gouvernera désormais avec tous et pour tous. Ce qui suppose qu’il reconnaît implicitement que sa gouvernance n’était pas inclusive les 10 dernières années. Repenti tardif pour un homme qui jure pourtant de n’avoir jamais préféré au cours de son très long combat politique, une catégorie de Guinéens par rapport à une autre.

Toutefois, les propos tenus par le candidat du Rpg-arc-en-ciel en disent long sur sa crainte de perdre les « électeurs arbitres » qui ne sont pas de ses fiefs traditionnels, à cause de la fermeture de sa gouvernance aux autres. Le sentiment pour ces électeurs arbitres de la Basse Guinée et de la Guinée Forestière d’avoir été utilisés par Alpha Condé est de plus en plus visible.

Dans sa volonté de tirer un trait sur ce passé, d’aucuns se demandent comment il pourra rassurer cette catégorie d’électeurs, la seule qui est capable de faire basculer les voix dans un camp ou l’autre, dans le cadre d’un scrutin qui s’annonce serré.

Mais aussi, il faut s’interroger si les ténors du camp présidentiel ne verraient pas dans cette déclaration d’Alpha Condé, le signe avant coureur de leur prochaine mise à l’écart par un président qui souhaite donner désormais de lui, l’image d’un rassembleur à l’heure où commence à sonner la fin naturelle de sa longue carrière politique.

Même si rien ne laisse présager un tel scénario. Alpha Condé qui n’a pu rectifier le tir, durant ces dix ans de règne, entachés par l’impunité et le favoritisme, va-t-il enfin changer ? Rien n’est moins sûr.

Chances et nouveaux défis de Cellou Dalein Diallo

Il est en ces dix dernières années le seul opposant constant à Alpha Condé, capable de drainer derrière lui une foule compacte acquise entièrement à sa cause. En cela, l’ancien premier ministre représente le poids lourd de l’opposition, Sidya Touré et Lansana Kouyaté ayant accepté un moment de flirter avec Alpha Condé, le premier après la réélection de Condé en 2015 et le second au cours de sa première élection en 2010. Avec le retrait de ces deux personnalités de la course présidentielle, il est fort possible que même sans consignes de vote de leur part, que leurs partisans par souci d’infliger une sanction au président Condé, votent massivement en faveur de Dalein. Ce qui n’est pas sans rappeler le vote des socialistes pour Jacques Chirac en 2002 au deuxième tour, après l’élimination de Lionel Jospin, candidat socialiste au premier tour, dans le seul but de barrer le chemin à Jean Marie Le Pen du Front national, qui venait de déclasser le parti socialiste dès le premier tour par un score historique. Avec la chute inattendue de Lionel Jospin. Ce dernier ne s’est jamais remis d’ailleurs de cet échec. Ayant raccroché les crampons, pour laisser la place à la jeune garde du parti.

Dalein peut-il bénéficier d’un effet similaire contre Condé ?

La question reste posée. Une chose cependant est sûre, si Cellou passe président, de nombreux défis l’attendent et il doit faire dissiper sur son compte dans le cadre d’une présidence responsable, au-dessus de la mêlée, toute idée de revanche tant présentée par ses adversaires comme un de ses points faibles.

Un de ses défis immédiats sera de recoudre le tissu social par une gouvernance inclusive et de mettre le pays au travail. Produit de l’école guinéenne et de son administration, la valorisation de ses expériences devrait lui permettre de relever ce défi.

Un autre défi prioritaire sera de réconcilier les Guinéens entre eux à travers une justice équitable et non préférentielle. C’est un pari que le président a raté dans ses deux derniers mandats malgré les pertinentes recommandations de la commission provisoire de réflexion sur la réconciliation nationale qu’il avait mise en place, et qui était composée des religieux !

De part et d’autre, les candidats ne vont pas à l’élection les mains vides et chacun compte sur ses chances. Mais seule la tenue d’une élection exemplaire par sa transparence reste attendue pour savoir qui sera le prochain président de la Guinée.