Guinée : endiguer la crise politique…

0
701

Auteur : Youssouf Sylla, analyse-juriste à, Conakry

Les craintes d’une réelle confrontation se précisent de jour en jour du fait de la volonté des uns et des autres d’en découdre. La peur et la psychose se sont répandues dans la cité et personne n’arrive encore à mettre fin à la prolifération des actes de violence. 

Raison, les acteurs de la crise sont plus dans une posture de radicalisation que d’apaisement, tant les points de discorde sont nombreux, serieux et persistants.

Un habitué de la gestion des crises humanitaires et fin connaisseur du contexte africain, de passage en Guinée, met en garde contre la répétition des actes de violence localisés. Il peut arriver, dit-il qu’un évenement, même isolé, mais intervenu dans un contexte de surchaffe politique ou ethnique des esprits, déclenche subitement des actes généralisés et non maîtrisables de violence dans tout un pays. 

Il cite le cas de la Centre Afrique où la banalisation de la mort des adversaires politiques et le contrôle des differentes portions du territoire par les factions politiques et ethniques ont fait voler en éclat l’unité du pays.

Il mentionne aussi la situation en cours au Cameroun, où la présence même des humanitaires francophones « noirs » dans les régions anglophones, constituent pour ces derniers un important risque. vital. Ces francophones étant assimilés aux Camerounais non anglophones, donc aux ennemis.

A son avis, on est encore en Guinée à un point où le retour à la normale est possible si les principaux acteurs de la crise reviennent à la raison et s’investissent à temps dans la construction d’une paix durable.

Ainsi, les colombes de la mouvance présidentielle et de l’opposition sans oublier toutes les personnes de bonne volonté doivent tout mettre en oeuvre pour neutraliser les faucons des deux camps en vue d’empêcher l’atteinte du point de non retour dans cette crise. Ceci  permet d’éviter le déferlement d’organisations humanitaires en Guinée, venues panser les plaies d’un conflit.

Le résultat du déploiement de cette diplomatie préventive devrait conduire le président de la République, garant de l’unité nationale, et son premier ministre, en charge du dialogue politique, à se montrer en première ligne, par la prise d’initiatives audacieuses en faveur de la paix et de la sécurité des personnes et de leurs biens.

Une rencontre au sommet entre le président de la République et le vhef de file de l’opposition est plus qu’urgente dans ce sens. Elle devrait avoir pour but de faire baisser la tension et de dénouer la présente crise qui compte parmi les plus sévères connues ces dernières années en Guinée. 

Ces deux personnalités devraient procéder à l’évaluation conjointe de la situation politico sécuritaire et adopter chacun de son côté,  des mesures fortes et symboliques pour le retour à la normale. 

Parmi ces mesures, on peut notamment citer la sensibilisation des partisans, la poursuite devant les cours et tribunaux des auteurs des crimes, et l’invitation des partis politiques à se mettre autour d’une table pour trouver des solutions à leurs differends.

La reussite d’une telle démarche exige enfin une forte dose de patriotisme, mais aussi, chose fondamentale, que les problèmes soient abordés et traités, non pas en termes de prochaines complications, mais en termes de solutions compatibles avec l’Etat de droit et les interêts des générations futures.