Guinée/Justice: les avocats en ont marre du retard des juges

juillet 11, 2019 4:39

En Guinée, les avocats ne veulent plus tolérer le retard des juges pour la tenue des audiences. Lundi 08 juillet, après avoir attendu jusqu’à 11 heures sans voir aucun juge derrière son banc, les avocats ont boudé l’audience du tribunal de première instance de Mafanco en guise de protestation. « On doit montrer à l’égard des avocats tout le respect qu’il faut Il y a des anciens bâtonniers et des doyens qui sont là parmi nous depuis 08 heures »,  justifiait Me Facinet Soumah, avocat et membre du Conseil de l’ordre.

Pendant que des avocats boudaient l’audience à Mafanco, d’autres attendaient le démarrage de l’audience au tribunal de première instance de Dixinn. Ici, l’audience ne démarrera qu’à 12 heures. « Lundi, c’était le tour de Mafanco. La prochaine fois qu’une autre juridiction se comportera ainsi, nous demanderons aux avocats de boycotter l’audience », a averti Me Faya Gabriel Kamano, chargé à l’information du barreau de Guinée.

Selon plusieurs avocats interrogés par Guineenews, le retard dans la tenue des audiences empêche aux avocats de défendre plusieurs citoyens en un jour. « Un avocat peut avoir un minimum de deux dossiers à défendre par jour. Si les magistrats ne commencent pas tôt les audiences, ça joue sur nos programmes Pour un seul dossier, tu peux passer toute une journée à un tribunal… On ne peut pas quand même continuer à les attendre alors que nous avons beaucoup d’audience par jour », a expliqué Me Kamano.

Déjà, au début de l’année, les avocats avaient fait le tour des juridictions de la capitale pour appeler les magistrats à la ponctualité.

Pour le juge Ibrahima Sory Tounkara, président du tribunal correctionnel de Dubréka et président de la section correctionnelle du tribunal de première instance de Kaloum entre 2016 et 2018, le retard dans le démarrage des audiences est souvent dû aux difficultés dans le transport des prévenus. « Par exemple, quand j’étais à Kaloum, il n’y avait qu’un seul véhicule pour déplacer les prévenus de la Maison centrale vers les trois tribunaux. Si le même véhicule doit aller à Kaloum, Mafanco et Dixinn, il va sans dire que cela entraine du retard », a-t-il indiqué. Et d’ajouter : « il y a d’autres raisons que seuls les parquets peuvent expliquer.»

Il faut signaler qu’il n’y a pas de palais de justice en Guinée. Les trois tribunaux de première instance sont situés à Mafanco, Dixinn et Kaloum ; la cour d’appel se trouve à Kaloum et la cour suprême à la Camayenne. Ce qui nécessite un déplacement des avocats qui peuvent avoir en un seul jour des dossiers à défendre dans chacune de ses juridictions.