Guinée : la contestation des résultats de la présidentielle et la théorie des trois vérités

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La Guinée s’est honorée d’avoir eu d’éminents enseignants dans tous les cycles de son système éducatif. Leur liste, depuis notre indépendance en 1958, est bien fournie. Parmi la pléiade de maîtres et professeurs qui nous ont moulé pour faire de nous ce que nous sommes aujourd’hui, chacun de nous garde en mémoire le souvenir affectif, respectueux et reconnaissant d’au moins un d’entre eux, si ce n’est plus. Vouloir les citer tous, serait laborieux et nous en oublierons même quelques-uns, qui pourraient être aussi bons, sinon plus que ceux que nous aurons nommés.

Dans ce lot de brillants formateurs qui ont façonné les générations de cadres de l’après-indépendance, c’est le souvenir du prof de philosophie Camara Sékou dit ‘’Sékou philo’’ qui nous remonte à l’esprit. Nous avons encore en mémoire un exposé brillant qu’il nous a dispensé dans les années 1970, au temps de la révolution, sur un sujet que nous trouvons très adapté au contexte politique actuel de notre pays. Il avait été sollicité pour rétablir un équilibre presque rompu, entre deux entités confrontées à un problème sociétal aigu qui les assaillaient et dont ils faisaient une lecture antagonique. C’est la riche moisson d’idées qu’il en avait tiré qu’il avait bien voulu nous faire partager. Il avait titré l’exposé : les trois vérités. Un théorème qu’il a largement développé et dont nous gardons encore en mémoire la quintessence des argumentaires. Ce fut un de ces exposés magistraux, rondement menés, avec les mots qu’il fallait, qui nous a fortement impressionnés. Et notre prof de nous dire, avec toute la modestie et l’humilité qui le caractérisaient, que le même thème développé peu avant, sur la requête des autorités, avait permis, à la fois, de recoller les morceaux d’un tissu relationnel et social déstructuré dans une des fédérations d’alors et rétablir la cohésion entre des parties en contradiction. Là où les chocs étaient prévisibles voire attendus et inévitables, l’harmonie et la cohésion avaient repris le dessus. Par la force des arguments ! Souligna-t-il, avec une joie communicative.

Pour monsieur Sékou philo, dans les relations entre individus ou associations, il faut toujours envisager la survenue probable d’une contradiction ou d’une crise qui crée une situation évolutive à gérer sans attendre. C’est une loi de la nature. La vie est faite de contradictions. L’harmonie parfaite et pérenne reste un vœu pieux. Les facteurs conflictuels dans toute vie commune, surtout à l’échelle d’un pays, sont trop nombreux. Et quand des intérêts d’un certain niveau sont en jeu, les hommes sont en général, peu enclins à entendre raison ou à se faire des cadeaux. C’est à ce moment que le danger guette la communauté et que les tensions s’exacerbent. Notre prof d’indiquer alors qu’il faut activer sans attendre, la théorie des trois vérités pour ramener la cohésion compromise ou perdue. Il disait avec force conviction que ces trois vérités sont : La Vérité (la vraie, l’unique), Ma vérité et Sa vérité (celle de chacun des deux protagonistes).

Pour notre prof, dans n’importe quelle situation antinomique voire conflictuelle, ce mécanisme de recherche de la vérité entre en jeu. Il faut le mettre en marche pour trouver une solution. Mais, précisera-t-il, il faut dissocier les trois axes en considérant la vérité (celle vraie et unique) comme le référentiel inaltérable, indélébile, intemporel, parce que, reposant sur les règles et lois établies.

Si, au même moment, chacune des parties s’évertue à ne voir que sa vérité et que la contradiction surfe sur cette dynamique antagonique, alors la donne est faussée et le conflit ira croissant, chacun se cramponnant à sa vérité, au détriment de la vraie vérité qui n’est pas loin, mais qu’on ignore royalement.