Guinée : la désinformation politique en question ! Une tribune de Mohamed Salifou Kéïta

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Les exemples de désinformation et de manipulation politique sont nombreux. L’Histoire n’en manque pas et certains procédés peu avouables prennent d’ailleurs le qualificatif ‘’machiavéliques’’. Cela ne surprend personne, tout le monde comprend  le sens du mot, héritage de l’homme de confiance des Borgia de la grande époque, alors que les chemins détournés n’avaient pas de limites.

Désormais le recours au poison est devenu plus rare, quoique récemment en Ukraine on en vit l’expression diabolique lors d’une campagne présidentielle, mais plus généralement les coups bas sont feutrés. On attaque à fleuret moucheté dirait un épéiste, mais on attaque et  à vrai dire les répits sont rares.

Le cas le plus célèbre est sans nul doute celui de Karl Rove, qui par deux fois, conduisit Georges BUSH à la victoire en n’hésitant jamais à utiliser des arguments qu’il savait mensongers. Chacun a bien compris que lorsque l’on médit, on finit par convaincre certains hommes de bonne foi. Les hommes qui ne mentent pas ont du mal à comprendre, à imaginer qu’il soit possible que d’autres le fassent, c’est ainsi que  Colin Powell reconnut, toute honte bue, qu’il avait à l’ONU devant le monde entier fabriqué des histoires, sans le savoir. Il était manipulé. Il était sincère et beaucoup le croyaient.

Ce qui est ahurissant, c’est qu’aujourd’hui encore, après que la manipulation ait été mise à jour près d’un tiers des américains refusent ce mensonge. L’effet est à long terme sur les gens de bonne foi.

L’affirmation péremptoire relayée par une campagne médiatique est une arme efficace. Gagner une cause en trompant sciemment, est un calcul politique qui paye. En variant le mensonge, on multiplie les angles d’attaque et l’adversaire est pris dans les rets d’un filet invisible, d’autant plus redoutable.

C’est une arme subtile rarement utilisée  en Afrique à ce niveau dans le combat politique.

Les problèmes du Continent sont d’une telle nature qu’il suffit, si l’on veut recourir à cette arme, d’évoquer des massacres cachés, des répressions sanglantes, des assassinats politiques, des crimes qui sont d’ailleurs dénoncés par des organisations humanitaires, Human Rigths Watch et Amnesty International.

Or l’Afrique a connu de telles atrocités, les guerres civiles de la Sierra Leone et du Libéria en sont des exemples douloureux près de nous, que l’on est toujours en éveil, la crainte de voir renaitre le spectre  d’une bête immonde conduirait-elle  aussi à l’amalgame hâtif?

La Guinée par le passé a connu le pire. Les tortures perpétrées au Camp Boiro avec ses « 30 000 » morts. A ce niveau, on ne sait plus très bien le sens des chiffres. Plus près de nous encore les massacres du 28 septembre ont d’autant plus choqué que les images ont fait le tour du monde entier. Le décor est  planté.

En Afrique, depuis des décennies, à intervalle régulier, on entend sur les ondes, on lit sur internet des messages qui font frémir, avec un tel passé encore en filigrane. On craint  toujours le pire et les nouvelles se propagent, faisant état de morts, de violences, d’exactions commises au détriment des peuples, oui !!! des  majorités silencieuses.

Et comme ce qui compte c’est la démocratie, on en parle beaucoup, on relaie des infos. Avec l’internet, quelques secondes suffisent pour que le monde entier s’indigne, s’angoisse, condamne.

On constate par la suite des démentis, on comprend alors la démarche, mais le but est atteint car, le mal est fait.

L’opposition en Afrique ne joue pas la même partition que la majorité présidentielle. D’un côté, le verbe permet tout et de l’autre on est désarmé car, il est en fait quasiment impossible de répondre de façon rationnelle à l’irrationnel.

Ceci s’explique très bien. Sur le continent, les politiques sont des routiers professionnels qui savent le sens des mots et la force du verbe. Ils n’hésitent pas à les utiliser, il ne s’agit pas moins que de leur survie.

Il est à souhaiter que pour le cas typique de notre pays, la Guinée,  que le dialogue politique s’installe  sur des bases saines. C’est à la fois nécessaire pour la démocratie et pour la crédibilité d’acteurs qui oublient que l’Histoire juge toujours les mensonges, car ils n’ont qu’un temps.

La Guinée exige aujourd’hui qu’on ne s’épuise pas en de vaines querelles et que le temps présent soit définitivement celui de l’action et du progrès.

Mohamed Salifou Kéita, Journaliste et Ecrivain – Critique littéraire