Guinée : la jeunesse, force vive à promouvoir ou faire-valoir à exploiter ?

0
362

Il  y a tout lieu de s’interroger aujourd’hui sur l’avenir réel que l’on veut réserver à la jeunesse de notre pays. Ce questionnement est d’autant nécessaire que l’on voit les jeunes se ‘’mobiliser’’ toujours en grand nombre (invités ou pas, nous ne saurions l’affirmer) dans tous les remous à caractère politique qui agitent la cité, notamment ceux qui dégénèrent et se déportent dans les rues. On sait que parmi les composantes de la nation, la jeunesse reste la plus nombreuse et la plus forte et vigoureuse. Ces deux facteurs à eux seuls, (nombre et force physique), quand ils sont combinés à quelque germe de violence que ce soit, ont un effet dévastateur sur le terrain. Les politiciens et les services de maintien de l’ordre le savent mieux que quiconque.

Toutes les sciences de l’éducation sont unanimes à reconnaître que l’enfant ou le jeune est toujours la copie conforme de la société dans laquelle il vit. Un slogan en vogue pendant le premier régime disait que « la jeunesse a raison, elle a toujours raison.» Nous devons nous poser un certain nombre de questions. Avons-nous mis nos enfants à l’école ? Suivons-nous leur progression scolaire ? Savons-nous qui ils fréquentent ? Quels sont leurs distractions et jeux favoris ? Savons-nous quels films ils regardent ? A quelle heure ils sortent, entrent ou se couchent ? Que nenni !

Les parents qui assument aujourd’hui pleinement cette responsabilité se comptent sur le bout des doigts. Eh, oui, aussi étonnant que cela puisse paraître, il en est ainsi! Et pourtant, quand on met un enfant au monde, on est responsable de son devenir, devant la société. La responsabilité de bien l’éduquer et l’encadrer incombe à ses géniteurs. Pour qu’il devienne un futur bon cadre et bon  citoyen, ils doivent veiller à ce qu’il reçoive une formation de qualité, lui permettant de s’affranchir des nombreux comportements déviants qui jonchent son chemin. A ce niveau, bien entendu, le rôle de l’Etat est à notifier en tant que puissance publique chargée d’assurer la scolarisation de ces milliers de jeunes que compte le pays et qu’il faut former à tous les cursus, jusqu’à l’université, pour le plus grand nombre. L’objectif étant de créer un monde meilleur par la qualification de l’homme, ce qui garantit au pays, un avenir radieux.

Aujourd’hui, la réalité est toute autre. Tout ou presque a changé. Notre société est agressée de tous côtés par de nouvelles réalités qui bousculent nos us et coutumes, nos valeurs cardinales qui ont toujours sous-tendu notre vivre ensemble dans la paix et la quiétude. Au plan culturel, nous sommes envahis, pour ne pas dire colonisés. Par le cinéma, les NTIC, les réseaux sociaux et autres canaux que l’ouverture du pays sur le monde extérieur a permis, nous sommes aujourd’hui totalement aliénés, au plan culturel, ou presque. Et devant le manque de contrepoids ou de garde-fous, que l’Etat seul est capable d’apporter amplement et rapidement, nous sommes en phase de perdre nos repères. Osons dire les choses, ce temps que certains qualifient de moderne ou siècle de la vitesse, est entrain de nous éteindre, au sens propre du terme.

Comment qualifie-t-on quelqu’un qui n’est plus lui-même, qui singe les autres (les blancs) sur tous les plans, de l’habillement à la démarche, de la nourriture à l’accent, en passant par les vices et autres comportements choquants. Quelqu’un qui donne à croire qu’il a honte de ce qu’il est, qui s’évertue à s’attribuer un surnom en lieu et place de son nom de baptême africain, qui remet en question ses coutumes et traditions qu’il considère dorénavant comme rétrogrades, non civilisées. Quelqu’un qui considère que tous ceux qui ne sont pas capables d’adhérer à son travestisme d’aliéné culturel sont des attardés, ou des dépassés !

C’est l’une des alertes les plus importantes à lancer aujourd’hui, car, ce soi-disant modernisme s’en prend à ce que nous avons de plus cher à défendre: notre identité. Et là, il y a l’Etat à  interpeller en tant que puissance publique avec ses moyens et sa politique, mais il y a aussi nous, les parents de ces jeunes, avec nos comportements et nos choix, (engagement ou démission) face au phénomène qui évolue.

En attendant, le mal est fait. Et ne l’oublions pas, l’enfant est un parfait imitateur. En manque de repères, il est vite influençable. L’aliénation culturelle subie, sans limite ni contrôle, ajoutée à la fréquentation effrénée de la rue le façonnent rapidement. Ces deux ingrédients le rangent facilement dans ce qu’on nous a enseigné en fin des années 1960 en économie politique: le lumpenprolétariat. Dans la sociologie marxiste enseignée à l’époque, le lumpenprolétariat, autrement dit sous-prolétariat se définissait comme étant « un ensemble de personnes sans emploi fixe, sans appartenance à un groupe social constitué et dénuées de conscience politique.» Il nous était précisé que ce groupe social hors série est engendré par le chômage.

Si le temps et le contexte sociopolitique ont bien changé depuis, nous ne pouvons en dire autant du lumpenprolétariat.  Ce phénomène social lui, n’a pas disparu. Il existe bien chez nous, du moins quand on s’en tient à sa définition donnée plus haut. Jusqu’ici, (qu’est-ce qui le justifierait d’ailleurs) aucune étude n’a été menée dans le souci de l’identifier, d’en mesurer l’ampleur et tenter de la contenir par des approches idoines, autres que la répression. Ce lumpenprolétariat est pourtant, à bien des égards, assez important pour qu’on le banalise, d’un revers de main. Il peut servir de vivier pour tous ceux qui, dans le feu de l’action, entreprennent de mobiliser et mettre en mouvement des  jeunes désœuvrés et manipulables. Pour quelque cause que ce soit (bonne ou mauvaise). Cet effectif hétéroclite, comme un conglomérat déstructuré n’est jamais convoqué par personne. Parce qu’il n’existe nulle part. Il est virtuel, mais présent partout. Il est prêt à tout et n’attend qu’un meneur!

Les décideurs doivent savoir tout cela et comprendre que les approches pour contrer ou aplanir certaines situations ne sont pas que d’ordre sécuritaire. La confrontation directe est fort coûteuse et ne règle jamais tout et définitivement. Une action crée toujours une réaction et, s’il y a à choisir entre vaincre et convaincre, la seconde variante semble la meilleure. Cela permet d’arrêter plus facilement le cycle infernal de violences qui exacerbent des contradictions qui n’en finissent jamais de métastaser et qu’on peut solder autrement. Les recours sont nombreux et diversifiés. L’Etat a tous les moyens pour les identifier et les mettre en œuvre. Il dispose de toutes les expertises requises pour obtenir les meilleurs remèdes, sans bras de fer aucun et avec qui que ce soit.

Dans ce faisceau de solutions, nous citerons, tout d’abord, l’emploi des jeunes et l’éducation. A quoi il faudrait adjoindre, l’aménagement d’infrastructures sociales de base dans leurs quartiers respectifs. Ce qui va offrir à leurs parents, un cadre de vie favorable à l’encadrement de ces mêmes jeunes. Lesquels, il faut le souligner, n’entendent pas tous, faire carrière dans la rue, à organiser des escarmouches permanentes, à haut risque et sans lendemain, contre les forces de l’ordre. Parmi ces jeunes gens rétifs, moulés et endurcis, depuis longtemps déjà, Il y en a qui aspirent à un autre avenir, bien meilleur. Il faut leur donner cette chance. Il faut surtout éviter de tomber dans le piège nocif de la généralisation qui les stigmatise et de l’amalgame qui les condamne tout d’un trait et sans rémission. Tout le monde n’est jamais mauvais, à la fois. Sur nous et devant nous, cette jeunesse aura toujours raison. Elle est notre reflet. Nous l’avons tous fragilisée et écartelée entre chimères et réalités inaccessibles. Ce qui a eu pour effet de l’entraîner sur la pente raide des travers sociaux et de la violence.

A nous de lui redonner confiance. A nous de lui montrer que nous nous soucions d’elle et qu’elle représente ce que nous avons de plus cher : notre avenir !