Guinée : le décryptage sans concession du leader de GeCi de la phase 2 du plan de riposte à la Covid-19

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Le président du parti Génération Citoyenne (GECI), Fodé Mohamed Soumah vient de réagir à la phase 2 du plan de riposte économique à la COVID-19. Un document rendu public hier mardi par le Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana. Mais le moins qu’on puisse dire, c’est que l’opposant et député à l’actuelle Assemblée nationale n’est pas très enthousiaste face à la gestion de la crise sanitaire actuelle par l’Exécutif guinéen. Guinéenews vous propose in extenso sa réaction. Lisez plutôt !  

« Je voudrais sortir de l’orthodoxie financière et des discours techniques pour aller à l’essentiel. Comment pouvez-vous concevoir qu’un plan de riposte aussi important n’ait pas été partagé avec l’opposition, ni le parlement ? Je ne vous parle même pas du désaveu reçu de la banque Mondiale, comme étant le seul de la sous-région, dans le cas d’espèce. Le postulat est de se demander ce qui était prévu comme protocole, au sortir de la crise sanitaire liée à Ebola.

Comment pouvez-vous traverser une pandémie de cette envergure, et ne pas envisager, un plan de riposte à réactualiser au fil de l’eau ?

Au moment de passer à la phase 2, quels sont les enseignements à réajuster de la première?

Franchement, nous avons eu droit à un discours fleuve conjugué au futur, alors qu’il fallait mettre le curseur sur l’existant, la réalité et le concret. Sincèrement les sommes faramineuses annoncées n’ont pas eu l’impact attendu. Il suffit de porter un regard critique sur l’applicabilité des mesures d’accompagnement, pour s’en assurer. La situation est de plus en plus difficile, pour tous.

J’eus préféré que l’on s’attardât sur le panier de la ménagère, une baisse drastique du prix du carburant qui ne ferait pas augmenter le prix du transport, et le sort des enseignants du privé qui menacent d’aller en grève, par exemple.

Certes, la gratuité de l’électricité/l’eau, et la baisse de mille francs du carburant, entrent dans ce cadre, mais l’impact n’est pas réel. D’ailleurs, il suffit de voir les mouvements de contestation à travers tout le pays, comme l’ex-président du parlement, empêché de sortir de chez lui aujourd’hui, pour s’en assurer.

Face à la situation qui prévaut et qui a surpris le monde entier, tous les pays s’activent à parer au plus pressé. L’urgence pousse tous les Etats à agir et non pas à réagir. C’est une question de survie.

Il faut répondre à la demande et prendre des mesures coercitives pour sauver la population. Les déficits et les ajustements attendront.

En tant qu’adepte de la rigueur budgétaire, j’aurais enterré ce principe pour sauver mon pays, car derrière cette crise sanitaire, et la récession perceptible, nous allons subir de plein fouet, une crise économique terrible.

Les visionnaires se préparent à la rendre supportable par les populations, pendant que nous nous plaignons de l’insuffisance de l’aide internationale reçue. »

A propos de la gratuité des factures d’eau, d’électricité…

« C’est toujours bon à prendre car les populations sont à bout. Mais avons-nous des transports en commun en nombre suffisant ? Disposons-nous de l’eau et de l’électricité en continu ? Où sont les stocks alimentaires pour nourrir notre peuple ? Quelle est la part de la population qui a obtenu gracieusement des masques et des kits sanitaires indispensables ? Le gouvernement ferait mieux de changer son fusil d’épaule, et savoir que le peuple attend du concret et du palpable, ici et maintenant. J’ose espérer que tout est fin prêt pour le retour des enfants à l’école, afin de la sauver de l’année blanche qui se profile à l’horizon. »

Propos recueillis par Thierno Souleymane Diallo