Guinée : le pouvoir resserre les boulons

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Pour plumer le Front national pour la défense de la constitution (Fndc), l’exécutif manie la carotte et le bâton. Ainsi, pour ceux qui acceptent de jouer le jeu, en passant du bon côté du manche, des récompenses sont offertes, tandis que ceux qui refusent de mordre à l’appât, c’est la géhenne.

Frappée par la phobie de perdre le pouvoir à la faveur des prochaines joutes électorales, la majorité présidentielle ne lésine sur aucun moyen pour garder la main, après 2020.

Avec ou sans Alpha Condé, c’est selon. Même si tout concorde à dire que le parti au pouvoir va offrir à son champion la possibilité de se représenter au scrutin du 18 octobre. Ce, sur un plateau d’argent.

Après avoir passé à la trappe la constitution de mai 2010, au mépris bien entendu des bonnes mœurs politiques, rien ne pourrait arrêter le « grand timonier » dans sa course. A moins que l’opposition ne  fasse obstacle à ses ambitions, en refusant cette fois de passer sous les fourches caudines.

C’est d’ailleurs pour couper l’herbe sous les pieds de cette opposition incarnée par le Fndc, que le pouvoir manie l’art de la carotte et du bâton.

Ces valses de nominations auxquelles on assiste au fil des jours, par décret présidentiel s’inscriraient ainsi dans cette logique clientéliste.

C’est comme si le président de la République abusait un peu de cette maxime de Napoléon Bonaparte qui dit,  je cite : « c’est avec des hochets que l’on mène les  hommes ».

Dans cette chasse aux politiciens intéressés, l’exécutif a jeté son dévolu sur le vivier de  l’Union des forces républicaines (Ufr), où entend de plus en plus des cas  de démissions, relayés surtout par voie de presse. De quoi faire passer le parti de Sidya Touré pour le   ventre mou de l’attelage du Front national pour la défense de la constitution, où on peut braconner aussi facilement.

Même si à l’Ufr, on semble regarder tout ce remue-ménage, marqué par le départ de Badra Koné, le secrétaire général de la jeunesse, et autres, d’un air amusé. Comme pour dire qu’il n’y a nullement péril en la demeure.

Il serait bien de noter que rien ne prouve encore que  Badra Koné, fondateur du mouvement dénommé la Nouvelle génération politique (Ngp) atterrira au Rpg. D’ailleurs, à sa décharge, Badra Koné jure de ne plus s’allier à la vieille garde politicienne.

On apprend dans la même foulée, l’adhésion prochaine au RPG arc-en-ciel, si ce n’est d’ailleurs pas acté, de certains membres du front, détenus à Kankan, suite aux événements malheureux survenus lors du double-scrutin du 22 mars à N’Zérékoré.

Ce serait dit-on, le prix à payer pour recouvrer la liberté. Du pur chantage clame-t-on du côté de l’opposition.

Parmi les noms cités de ces transfuges du Fndc, il y a celui de Cécé Loua, homme d’affaires et ancien maire de N’Zérékoré, et proche de Sidya Touré. Cécé Loua, tout comme Maurice Zogbélémou, ancien garde des sceaux et député du parti au pouvoir, ont connu le leader de l’ufr, du côté des bords de la lagune ébrié, où ils ont vécu tous ensemble.

Sidya Touré a tenu à nuancer tout cela, en disant comprendre que ces détenus veillent accepter les conditions imposées pour leur relaxe.

Dans cette épreuve de force entre le Fndc et la mouvance présidentielle sur fond de débauchage de militants, nous avons vu défiler également sur les réseaux sociaux, le départ d’une cinquantaine de militants de l’Union des forces démocratiques de guinée (Ufdg), qui auraient posé leurs baluchons dans le navire Rpg arc-en-ciel. Si le parti au pouvoir tient cela pour un trophée de guerre, le parti de Cellou Dalein voit dans cet acte, une simple boutade, dont le but serait de détourner l’attention sur le coup de colère de la jeunesse de Kankan contre les délestages de courant.

Ce fief du Rpg où la jeunesse ne démord pas, malgré la mise en garde de la notabilité contre toute protestation contre le régime.

L’Ufdg aussi, tout en célébrant l’arrivée dans ses rangs du vice maire de Matam, Ismaël Condé, prend cette cooptation pour un pied de nez fait au pouvoir. Il est vrai que ce franc-tireur commence déjà à avoir des ennuis avec les autorités. Ce vendredi, il disait avoir la police à ses trousses.

C’est donc désormais à la guerre comme à la guerre entre une opposition opiniâtre et un pouvoir décidé à en découdre.