Guinée : L’exode massif des fonctionnaires pour Conakry, comment remédier ?

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On a entendu un DPS (directeur préfectoral de la santé), se plaindre du manque de personnel dans sa structure, sur un nombre de besoin exprimé en personnel soignant affecté dans sa préfecture, pas la moitié n’a rejoint le poste, son cri de détresse est alarmant. Le ministère de la Santé a-t-il entendu ?

Dans le passé, la pesanteur administrative et les arnaques des argentiers plumaient systématiquement l’enseignant ou l’infirmier envoyé dans une région. Son premier calvaire est le retard des salaires organisé parfois par les trésoriers régionaux en combine avec les commerçants de la place afin de faire fonctionner « la planche de l’usure », un moyen sûr de tenir le fonctionnaire en laisse et l’obliger à s’endetter avec intérêt continuellement, d’autant qu’une fois affecté dans une région, il n’est plus sûr que l’administration centrale ne se souvienne jamais de lui. Certains se sédentarisent et deviennent autre chose que la fonction première qui les a affectés là. Quant aux promotions, aux avancements en grades et en échelons, ils peuvent attendre comme les bourses de formation ou de sur-formation. En un mot comme en mille, le fonctionnaire affecté en région est mis sur cale au garage, pas de bibliothèque, pas de documents pédagogiques, rien. Tout est concentré à Conakry.

 Actuellement, avec la bancarisation des salaires, l’usure est plus modernisée, plus sophistiquée, plus atténuée et plus attrayante, à supposer que les banques BICIGUI existent partout ? Malgré tout, l’intérieur n’est pas attractif puisqu’il n’y a pas de cours à donner dans une école privée ou à la maison, il n’y a pas de cliniques privées où exercer des heures supplémentaires pour arrondir les bouts. Tous les agents de la Fonction publique qui peuvent exercer parallèlement leur fonction dans le privé, ont tendance à fuir les zones rurales pour les grands centres urbains.

 Comment les motiver à aller à l’intérieur ?

Il faut réorganiser la Fonction Publique pour que les affectations soient régulières, périodiques e obligatoires pour tout fonctionnaire. Les douaniers, policiers d’autrefois allaient partout et emmenaient des enfants qui parlaient toutes les langues. Il faut réinstaurer les primes d’éloignement et surtout mettre tout en œuvre pour obtenir toute la réquisition nécessaire en fonction du nombre de membres de sa famille du fonctionnaire et de ses meubles et bagages. Si le fonctionnaire occupait un logement de l’Etat, son remplaçant viendra l’occuper sans autre formalité.

Depuis le CMRN, cet automatisme fait défaut. Le fonctionnaire vient occuper un bâtiment, à son départ pour un autre poste, il laisse une partie de sa famille en place pour empêcher que son remplaçant vienne l’occuper. Des fonctionnaires qui ont occupé des bâtiments de l’administration ont fini de construire, mais ils refusent de les libérer au profit d’autres fonctionnaires. Aucune réglementation n’existe dans ce domaine. Cela rend difficile d’accepter des affectations inconséquentes.

Le prochain gouvernement a du pain rassis sur la table dans le seul domaine exposé ici.