Guinée : L’urgence n’est ni la nouvelle constitution ni les élections de 2020

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Manifs, marche, FNDC, Bambéto,
Manif du FNDC du mardi 26 novembre 2019 contre le 3ème mandat, à Conakry. Thierno Souleymane Diallo/Guinéenews.

Le 1er mars 2020, le « peuple » de Guinée sera convié à se prononcer sur le projet d’une nouvelle constitution porté par le président Alpha Condé. Or, les énormes contestations populaires auxquelles fait face ce projet et les violences extrêmes qui lui sont consécutives plongent la société guinéenne dans une inquiétante et paralysante situation. Pour une population déjà malmenée par une écrasante précarité et une tyrannie du besoin, cette situation conflictuelle ne représente qu’unepierre de plus dans l’énorme édifice de la misère qui abîme tant de vies en Guinée. De même, on ne voit pas apriori de quelle utilité ce projet d’une nouvelle constitution et les violentes manifestations qu’il suscite seront pour l’édification politique et sociale de la Guinée. Dans un pays où la culture politique souffre d’un déficit démocratique et où les institutions politiques manquent de légitimité, on se demande si l’urgence ne se trouve pas ailleurs, justement dans une interrogation non complaisante sur la construction d’une société comprise comme une communauté d’intérêts.

C’est pourquoi, il serait important de reconsidérer le projet de la nouvelle constitution et d’en appeler à interruption des manifestations publiques, le temps de se questionner sur les conditions éthiques et politiques de la vie commune. Parce qu’une constitution est le résultat d’une interrogation sur le modèle de société et les formes d’organisation effectives du pouvoir, il faut que les acteurs politiques, les représentants de la société dite civile et les intellectuels à mette en place un mécanisme de délibération collective qui aura pour but de réfléchir sur la fondation politique de la Guinée. Ce serait une première après soixante ans d’indépendance.

Si la fondation politique de la Guinée représente, à nos yeux, l’urgence de l’heure, c’est parce qu’à l’examen de la condition des vies des Guinéens, toutes ethnies confondues, la société guinéenne est moralement injustifiable et politiquement inacceptable. Ainsi, il nous fautrepartir de zéro, c’est-à-dire poser les questions que les Guinéens ne se sont jamais posées :

1. Comment voulons-nous vivre ensemble ?
2. Comment organiser politiquement un pays multiculturel, divisé géographiquement en des régions culturellement distinctes ?
3. Quelles conceptions du pouvoir et de l’État seraient à même de consacrer la justice sociale et la représentativité politique des différentes régions culturelles et ethniques qui composent la Guinée ?
4. Comment penser la légitimité du pouvoir politique, son organisation et sa redistribution afin de prévenir la domination et la confiscation du pouvoir ?

Toutes ces questions reviennent à penser les conditions sociopolitiques favorables à l’épanouissent de la vie humaine, car s’il est un défi qui attend les Guinéens, ce ne sont pas d’abord le projet d’une nouvelle constitution ou les élections de 2020, mais l’épanouissement d’une culture humaniste capable de donner sens à l’idée d’intérêt général.      

Nous pensons que le président Condé pourrait transformer les tensions actuelles en opportunité historique. Parce qu’il n’a pas trouvé un Étatmais un pays, comme il aime à le répéter, nous lui demandons de surseoir son projet et d’inviter l’ensemble de la société guinéenne à penser les conditions favorables à l’émergence d’un État qui serait un agent de juste et d’égalité.