Guinée : Peut-on manifester sans banaliser le recours à la violence ?

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Comment faire pour que les manifestations du 21 et du 22 mars ne se traduisent pas dans une série de violences aux conséquences effroyables pour les populations ? Il est vrai qu’actuellement se joue le destin du peuple de Guinée, qu’il revient à ce dernier de ne pas abdiquer devant ce qui ressemble à une confiscation de son avenir démocratique. Mais peut-on contester sans brûler des containers ? Sans incendier des bâtiments publics comme ce fut le cas à Yomou ? En interdisant le pillage des biens personnels, qui risqueraient d’accentuer la précarisation des millions de vies ? En un mot, comment faire pour que la mobilisation populaire ne soit pas l’autre nom de l’incivilité.  

Dans une situation où l’armée est déployée pour empêcher la tenue des manifestations, où elle n’hésite pas à recourir abusivement à son pouvoir de coercition, on voit mal comment l’incivilité peut ne pas être un déterminant commun aux forces de l’ordre et aux manifestants. Mais même en reconnaissant la juste colère des Guinéens devant l’entêtement des autorités politiques à déclencher des élections dont aucun citoyen ne voit l’intérêt, on peut espérer que la manifestation de cette injustice prenne des formes non violentes. Surtout, que cette légitime indignation de la population ne libère pas un ressentiment tel que tout soit soumis à une logique implacable de destruction. Combien de vies ont déjà été emportées par la violence qui a émaillé certaines manifestations ? Combien de familles ont été plongées dans la désolation et contraintes à la résignation parce leurs magasins ont été incendiés ? Est-ce aux innocents de payer le prix de l’aveuglement et de l’irresponsabilité des acteurs politiques guinéens ? On peut raisonnablement s’en douter.

De part et d’autre, il ne faudrait pas oublier d’en appeler à la responsabilité en ces temps où se sont libérées les passions de la violence. Parce qu’on ne peut brimer le droit à la manifestation, il revient tout d’abord aux autorités guinéennes de ne pas créer les conditions d’une escalade de la violence, en encadrant paisiblement les manifestants. Et parce que la contestation a pour objet l’organisation du double scrutin, les manifestants ne doivent pas s’en prendre aux bâtiments publics et aux biens des personnes. En ce sens, le FNDC devrait marteler incessamment le message de ne pas perdre l’objectif des contestations : l’injustice et l’autoritarisme qui aveuglent les autorités guinéennes. Il ne serait pas indifférent au bon déroulement des manifestations que les responsables du FNDC, par exemple, au moyen de courts vidéos, interpellent la population dans un sens qui interdirait le recours absurde à la violence. Car, il faut aussi le croire, la colère d’un peuple ne peut pas justifier, moralement, toutes les formes de violence. Surtout lorsque celle-ci ne discerne plus entre le coupable et l’innocent. S’il faut absolument maintenir la pression sur le président et ses proches fidèles, il faut en même temps ne pas rendre facile et donc banaliser le recours à la violence. Mais on dirait qu’en Guinée, les esprits se sont déjà habitués aux manifestations incendiaires, comme si la violence était devenue le moyen d’éducation à la chose politique.