Guinée : pour le renouveau de la politique, un nouvel état d’esprit

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Auteur : Youssouf Sylla, analyste-juriste à Conakry

A quoi se résume l’activité politique en Guinée si ce n’est qu’au manque de vision et de perspectives à long terme. Par un phénomène quasi magique, la scène politique est littéralement dominée par des partis que rien ne distingue les uns des autres du point de vue doctrine économique, politique et sociale.

Il est frappant de constater que les partis qui se déclarent libéraux s’allient à ceux qui se présententcomme des socialistes et ces derniers, à leur tour, appliquent à la perfection, les recettes les plus libérales. Bref, le tableau idéologique des partis est sombre et illisible. La seule identité remarquable des partis est ethnique ou régionale.

La Guinée regorge en réalité des chefs de clan. A cela,d’autres rétorqueront que c’est la nature même de notre société qui commande qu’il en soit ainsi. Faux! Sinoncomment comprendre que des sociétés plus multiethnique et plus complexe que la nôtre puissent produire des leaders dont l’aura transcende les clivages communautaires.

L’exercice l’activité politique est détourné de son véritable sens noble et nombreux dans la population sont ceux qui croient profondément que nos politiciens nous mentent et nous manipulent pour leur soif ardente du pouvoir pour le pouvoir.

Dans un pays ou dans l’imaginaire collectif, l’acquisition du pouvoir politique est perçue comme la porte ouverte à l’accumulation des richesses et à une forme d’assurance contre toute forme de justice et d’égalité, on comprend aisément pourquoi certaines personnalités politiques tentent le tout pour le tout pour conquérir le pouvoir et d’autres pour s’y maintenir. On est dans une jungle ou le plus fort pousse le plus faible chaque fois qu’il le peut, pour avoir de la place, le tout sans arbitrage aucun et sans règles.

Le mode d’exercice de la politique chez nous inhibe les énergies vitales de la nation et fissure le tissu social. Les élections, de leur préparation au règlement descontentieux auxquels elles sont susceptibles de donner naissance, en passant par leur organisation et la proclamation de leurs résultats, sont chroniquement problématiques et anxiogènes. Ceci, pas du fait du hasard mais du fait des hommes et des femmes qui conçoivent et mettent en marche la machine électorale. Sinon, comment comprendre que cette machine puisse fonctionner ailleurs?

Le verrouillage du système politique en Guinée produit de nombreuses conséquences. Les plus visibles sont les interminables conflits entre les acteurs politiques qui se traduisent par les manifestations de rue et autres forme de violence qui endeuillent le pays et bloque sa marche vers le progrès.  

A cela s’ajoute le risque de perpétuation du même verrouillage le jour où le pouvoir changera de mains. Car il est fréquent de constater qu’en Guinée ceux qui critiquent les gens du système sont pires que ceux-ci,lorsqu’ils les remplacent dans le système.

En réalité c’est la façon même de faire la politique qui est problématique en Guinée. Elle est synonyme de blocages insurmontables sur les questions clefs dont dépendent l’entente sociale et le progrès économique.

A vrai dire, tout l’enjeu de la qualification de l’activité politique réside dans la capacité des leaders d’instaurer un climat de confiance, empreint de justice et d’équitéavec les différentes composantes de la nation. L’exercice de l’activité politique ne doit pas se réduire àl’acceptation du statuquo, surtout si celui-ci n’en vaut plus la peine.

Par sa quintessence on s’attend à ce que la politique soit audacieuse, qu’elle fasse bouger les lignes en faisant évoluer la société vers ce qui cimentera son unité, favorisa sa prospérité et assurera son rayonnement dans le monde.

Pour cela, il faut ce qui nous manque. Un nouvel état d’esprit.