Guinée : Pour le renouveau du football guinéen !

juillet 9, 2019 11:44

Auteur : Youssouf Sylla, analyste-juriste à Conakry.

Le parcours chaotique du Sily national au cours de cette 32ᵉ édition de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) qui se déroule en Egypte a créé un grand malaise dans la population. Les attentes sont déçues et les contreperformances de l’équipe ne sont plus à démontrer, surtout quand on revoit en image notre mode d’élimination par l’Algérie.
Depuis quelques décennies, le football guinéen bat de l’aile, les échecs face aux adversaires deviennent répétitifs et ont tendance de s’imposer en règle, alors que les quelques rares réussites s’érigent en exception.

La structure de l’ADN de notre sport national a radicalement changé. Dans les années « 70 », au temps de Hafia pourtant, le succès  était inscrit dans l’ADN du football guinéen, à cause de la discipline, de l’organisation, de l’esprit patriotique et de l’esprit d’équipe qui y prévalaient. Il nous faut revenir peut être aux mêmes recettes pour renouer avec les exploits.

Mais pour cela, il faut travailler dur, se regarder dans le miroir, identifier ses forces, ses faiblesses, afin  d’extirper de la structure actuelle de l’ADN de notre football, les anomalies qui l’affectent et qui plombent ses ailes. Sans être exhaustif, il s’agit de la corruption, de l’improvisation et du fatalisme. Il faut absolument prendre conscience qu’en football, on est de moins en moins dans un contexte de chance. Ce sport est devenu hautement une affaire de professionnels. C’est pour cela qu’il nous faut urgemment poser les jalons du management stratégique de notre football, en sortant de l’approximatif et du réactif.

Le sport en général et le football en particulier doit être pris au sérieux dans notre pays au plus haut niveau pour au moins trois raisons.

Tout d’abord, il contribue au rayonnement international de notre pays comme ce fut le cas au temps de Hafia. On parle de la diplomatie sportive  pour mettre en évidence les pays qui se font une réputation internationale à travers les exploits qu’ils accumulent à travers le sport. La réputation internationale du Brésil est indissociable de ses exploits dans ce sport. Le monde a accordé au buteur brésilien des années 70s, le roi du football.

Ensuite, dans un pays comme le nôtre, le développement de l’« industrie sportive » sera une source de richesse. Le football, partout où il est organisé attire le grand public, cristallise les passions, crée des emplois, enrichit le secteur de l’audiovisuel à travers les publicités et contribue par conséquent à éliminer la pauvreté. Ce sport est un terrain de prédilection des investisseurs privés et publics compte tenu de sa rentabilité. Il représente un enjeu financier de taille, tant dans l’organisation de grands événements sportifs que dans l’investissement pour la fidélisation et la conquête des talents de classe mondiale. Le simple fait d’évoquer les montants colossaux dans le transfert de certains joueurs donnent le vertige. Tout ce pari ne saurait être gagné sans la réalisation des infrastructures sportives de taille pour permettre au football guinéen de se développer à la base. La réorganisation du championnat national avec l’apport de sponsors de qualité, est aussi un maillon important de la chaîne permettant de redorer le blason du football guinéen.

Enfin, le football en Guinée est un puissant facteur de cohésion nationale et de resserrement des rangs autour d’objectifs communs. Ne dit-on pas que le sport est neutre ? Les prestations de notre équipe nationale sont les rares moments où on voit les Guinéens arborer avec fierté les couleurs nationales.

Bref, l’échec est une chance pour ceux qui savent tirer les leçons. Il est temps que notre gouvernement réforme notre football pour raffermir le tissu social autour d’un objectif commun qui est l’exploit de la nation ; qu’il trouve les moyens de mettre en place une industrie sportive via les investissements pour que le sport contribue fortement à assurer notre présence dans le monde.