Guinée : Rareté ou presque disparition de la pratique des instruments à vent dans la musique moderne guinéenne.

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La musique guinéenneen, général, dans son orchestration est qualifiée de mélodieuse. Cette musique, transformée en un produit consommable sur l’échiquier national et international, est certes le résultat de la jonction de plusieurs instruments tant moderne que traditionnel.

Cet ajustement entre des sons de guitares, d’instruments à vent et ceux rythmiques, a favorisé l’établissement d’un lien harmonique.

Chaque instrument joué dans une composition musicale, apporte une partition, qui colore et donne dans l’ensemble de la saveur au produit musical.

Comparativement au temps passé, le constat ici présent, révèle que la pratique des instruments à vent est devenue rare dans les orchestrations.

Il reste évident qu’à l’écoute des plages musicales d’avant de nos orchestres tant fédéraux que nationaux, cette section vent a apporté un timbre musical de haute facture.

Pour mieux aborder cet aspect en général, relatif à la pratique actuelle des instruments à vent dans la musique moderne de Guinée, votre quotidien électronique Guineenews est venu à la rencontre de quelques acteurs musiciens et mélomanes, recueillir leurs points de vue afin de mieux traiter ce sujet.

A la question de connaitre le rôle particulier de ces instruments à vent dans la musique, Maître Mamadou Aliou Barry du Kaloum star, saxophone et actuel chef d’orchestre du groupe Afro groove, répond en ces termes: ‘’ absolument, les instruments à vent avaient un rôle spécial dans les orchestrations. Avant, vous ne pouviez pas orchestrer sans accorder ensemble les guitares et les instruments à vent. Aujourd’hui, un guitariste peut jouer et pour qu’il joue avec un instrument à vent, il faut qu’il y ait une symbiose, s’accorder forcement avec ce dernier. Certes avant on ne connaissait pas l’accordeur, les instruments à vent pouvaient donner les premières notes et les guitares s’accordaient dessus. Ce qui d’ailleurs a permis aux orchestres d’alors d’avoir une structure dans la musique : l’introduction, les partitions, les chants et autres’’.

Poursuivant, afin de ressortir la place et l’importance des cuivres dans les orchestrations, Thierno Saidou Diakité ‘’Tino’’, mélomane et consultant sportif affirme : ‘’A mon avis, la section vent apporte une harmonie dans l’arrangement d’une interprétation musicale. Cette section comble en fait un vide et donne une vivacité à l’orchestration ‘’.

Il n y a certainement pas de faits, dit-on, sans causes. Quelques origines de la décadence constatée au niveau de cette pratique est abordé avec précision par Maitre Mamadou Aliou Barry : ‘’ tout d’abord, l’introduction du clavier dans la musique a occasionné une facilité dans les arrangements et programmations. Il est difficile de remplacer la respiration humaine par les machines. Les artistes ont opté pour ces boites à rythmes. Plusieurs autres trouvent que le temps d’apprentissage des instruments à vent est long. L’aspect d’acquisition de ces instruments à vent est une autre cause’’.

Dans leurs parcours, nos orchestres nationaux et fédéraux ont connus de grands musiciens au sein des sections vents et qui ont apporté de remarquables contributions.

Pour combler ce vide créer, bien qu’une relève pointe timidement à l’horizon, une inquiétude néanmoins se fait sentir pour assurer la véritable succession.

Du coup, la question de la relance de ce secteur se pose.

La fanfare aujourd’hui représente le grenier qui pourvoit et colmate la brèche au niveau de plusieurs sections vents de nos formations orchestrales. Plusieurs jeunes provenant de ce groupe, s’intéressent à la pratique de ces instruments à vent et font preuve de satisfaction.

Pour relancer la pratique des instruments à vent et assurer la pérennité dans le domaine, plusieurs propositions de solution sont avancées.

Ses analyses aussi pertinentes à propos, Thierno Saidou Diakité, soutient aisément ceci : ‘’pour la relance des instruments à vents, il faut susciter des vocations chez les jeunes. L’institut de Dubréka peut déjà constituer un cadre idéal. Des professeurs de musiques peuvent être trouvés avec la coopération. Ensuite pourquoi ne pas organiser des concours à partir des universités ou à l’occasion des festivals. Encourager la création d’école de musique, etc.

La génération actuelle est portée par les NTIC. C’est une tendance mondiale. Il s’agit de trouver des stratégies à partir du secondaire et de l’université pour intéresser les jeunes, et pouvoir déceler les talents précoces, qui seront encadrés’’.

Soucieux du devenir des cuivres, mordu de la musique guinéenne, Ibrahima LY Professeur Titulaire des Universités, ex trompettiste de l’orchestre Horoya Band National relate : ‘’je pense que la pratique des instruments à vent ne doit pas être abandonnée. Elle doit plutôt être pérennisée mais il faut que les jeunes s’y intéressent. Moi j’ai toujours ma trompette de marque Selmer qui date de l’année 1975. Je joue de temps en temps à la maison pour garder la forme, les réflexes et le souffle, car avec le temps, la première défaillance ce sont les lèvres et le souffle. La mémoire sera toujours là pour se souvenir des morceaux de musique de la belle période 1960-2000’’.

Maître Barry à la question de savoir s’il n’a pas un brin de regret par rapport à la situation actuelle. Tenez vous bien, il a préféré une masse à un bout de chagrin.

Satisfait de voir le courage des jeunes dans la pratique, toutefois anxieux, il martèle : ‘’moyennant rien, je suis prêt à prêter mains à la génération actuelle. Faut t-il aller taper aux différentes portes pour qu’ils se réveillent ? Aux dents très longues dans la pratique, la quasi-totalité a rejoint le monde du silence. Aujourd’hui, nous sommes compter au bout du doigt et pour la postérité, mon souhait serait de laisser plus à court, moyen et long terme, mon empreinte dans la formation des jeunes’’.

Le constat est amer. Amer pour ceux qui s’en soucient. Redonnons du souffle aux sections vents et aux désireux d’êtres souffleurs, d’en profiter pour le bonheur de la musique guinéenne.