Guinée : rétrospective sur quelques faits ayant marqué l’année 2018

janvier 3, 2019 1:35

L’année 2018 a été marquée en Guinée par de nombreuses crises sociopolitiques, économiques mais aussi par des grands événements culturels et sportifs. Pendant ces douze mois, les Guinéens, gouvernants et gouvernés ont partagé à la fois des moments de joie et de tristesse. Guineenews.org choisit quelques faits majeurs ayant marqué cette année écoulée. Décryptage !

Organisation des élections locales

En décembre 2017, le Chef de l’Etat, Alpha Condé, a appelé les Guinéens aux urnes le 04 février  2018 pour l’élection des exécutifs communaux dont les mandats ont expiré depuis 2010. D’ailleurs, à son accession à la magistrature suprême, Alpha Condé, avait remplacé les maires élus en 2005 par des délégations spéciales pour gérer les affaires courantes. Ainsi, malgré toutes les difficultés techniques et financières, les élections locales se sont tenues le 4 février  2018 avec l’émergence des candidatures indépendantes presque dans toutes les circonscriptions électorales du pays. Ces candidatures indépendantes ont changé la donne politique même si les principaux partis politiques de la mouvance et de l’opposition ont raflé la part du lion. Mais, le fait que Kaloum, le cœur de l’administration publique soit remporté par Aminata Touré, la fille du premier président guinéen, Ahmed Sékou Touré, cela sonne comme un avertissement pour les prochaines échéances électorales. Même si beaucoup de Guinéens estiment que ces élections locales ont été un rendez-vous manqué par la classe politique guinéenne.

A cet effet,  le RPG, le parti au pouvoir, arrive en tête dans la majorité de grandes villes, une vingtaine de communes urbaines sur trente-huit. De son côté, l’UFDG, premier parti d’opposition et principal challenger, remporte une douzaine de communes urbaines. Pour le reste, ces deux partis arrivent à égalité, à Boké, Kindia ou Matoto. Enfin, deux communes, Boffa et Kaloum, ont été remportées par des listes indépendantes.

Face au quiproquo politique suscité par les contestations électorales, l’installation des exécutifs communaux a été retardée dans le but de trouver une solution consensuelle pour sortir de la crise post-électorale. C’est pourquoi, le 8 août 2018, le président du groupe  parlementaire de la mouvance accompagné du ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation et président du Comité de suivi des accords politiques, et du ministre de l’Industrie & des PME, a signé un accord politique avec l’opposition républicaine au QG de l’UFDG.

Malheureusement, cet accord de sortie de crise a accouché d’une souris. La ville de Kindia a été plongée dans une crise indescriptible et qui a failli mettre en péril l’unité nationale. Aujourd’hui, même si dans la majeure partie des communes, les exécutifs sont installés, le cas de Matoto  demeure toujours un véritable goulot d’étranglement.

L’arrivée de Kassory Fofana à la Primature

Après la démission formelle de Mamady Youla,  nommé le 26 décembre 2014, sans surprise, le ministre d’Etat à la Présidence chargé de l’Investissement et du Partenariat Public-Privé, d’alors, Ibrahima Kassory Fofana, est bombardé Premier ministre le 21 mai 2018 par le président Alpha Condé devenant ainsi  le troisième Premier ministre de l’ère depuis l’accession de l’opposant historique au pouvoir. Lancien ministre de l’Economie de feu Lansana Conté a hérité du lourd dossier de la crise du Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée –SLECG- et des élections locales. Deux problèmes auxquels le Premier ministre n’a pas encore trouvé de solution.  S’il a pris des mesures de dissuasion avec le gel des salaires des enseignants, le problème demeure toujours entier.   La nomination de Kassory Fofana a occasionné l’entrée dans le gouvernement de deux opposants au régime d’Alpha Condé.  Aboubacar Sylla et Mouctar Diallo respectivement  ministre des Transports et de la Jeunesse et de l’emploi-jeune. Deux opposants anciennement très critiques au pouvoir.

Le limogeage de Kéléfa Sall

L’un des faits marquants qui a défrayé la chronique en 2018, c’est bien le limogeage du président de la Cour Constitutionnelle, Kéléfa Sall.. Malgré la protestation de l’opinion publique et de la classe politique, le président de la république, Alpha Condé, va démettre Kéléfa Sall à la demande de la majorité des conseillers de cette institution républicaine. Il sera remplacé par Mohamed Lamine Bangoura, suite à une « motion de défiance » des membres de la Cour constitutionnelle.

Promulgation de la nouvelle loi sur la Ceni

Suite aux accords politiques, les députés ont adopté une loi portant sur la restructuration de la configuration actuelle de la Commission électorale nationale indépendante –Ceni-. Ainsi, malgré la protestation des uns et des autres sur les manquements de cette loi, le président de la république va la promulguer permettant de restructurer la Ceni actuelle.

Sur le plan économique

Le gouvernement guinéen  maintient toujours ses réformes économiques. Selon les financiers du pays, les réserves de la Banque Centrale sont maintenues à un taux adéquat de trois mois d’importation.

Il continue de bénéficier du soutien des bailleurs de fonds, même si l’appui reste faible par rapport aux avantages accordés à certains Etats. En cette fin d’année, le pays vient de bénéficier de la deuxième revue économique appuyée par la Facilité Elargie de Crédit (FEC) d’une valeur de plus de 20 millions de dollars. Alors qu’au mois de mai, il avait aussi bénéficié de la première revue avec les mêmes donateurs.

Mais, le défi le plus relevé demeure la gestion de ces fonds publics dans la transparence.

Pour l’année 2019, le gouvernement a annoncé la réduction de son train de vie de 20% permettant de financer certaines infrastructures d’intérêt public.

2018, une année record de manifestations

A l’image de toutes les années depuis l’arrivée du président Alpha Condé, 2018 n’a pas été une année tranquille. De janvier à décembre, le pays a vécu à la fois des mouvements de protestations sociale et politique.  D’abord, pour la tenue des élections locales, l’opposition républicaine a longtemps manifesté pour exiger la transparence de ces élections locales et la prise en compte de certaines de ses revendications.

Il faut ajouter à cela, les manifestations de la société civile liées à l’augmentation du prix du carburant à la pompe le 1er juillet 2018, et au bradage du port autonome de Conakry à la société turque Albayrak.

Sur le plan de l’éducation, le syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée –SLECG- a organisé plusieurs grèves pour demander l’amélioration des conditions de vie des  ‘’bouffes la craie’’. Après les manifestations de février 2018 qui ont coûté la vie à plusieurs personnes, le Slecg a renoué avec la rue dès le 3 octobre 2018. Depuis, les négociations sont en panne et aucune issue pour le moment n’est en perspective.

Le syndicat du Port Autonome de Conakry sous la direction de Cheick Touré a aussi protesté contre la concession du Port autonome de Conakry à la société turque Albayrak. D’ailleurs, ces protestations ont provoqué le limogeage de la directrice générale et de son adjointe. Mais, enfin, la solidité des relations turco-guinéennes a eu raison sur la colère des dockers et des responsables syndicaux.

Sur le plan des infrastructures routières, la cession du pont de Linsan a provoqué d’énormes soucis aux usagers de la route nationale n°1.  Face à cette situation désastreuse, le gouvernement a pris des initiatives pour rénover le pont au grand bonheur des usagers.

Mais, disons-le, en 2018, la route  a aussi endeuillé plusieurs familles suite aux accidents de circulation.  Début décembre, la ville de Mamou a connu deux accidents successifs faisant plus de morts en 24 heures. Et cela sans compter les quotidiens accidents de circulation  des moto-taxis qui endeuillent des dizaines de familles.

Culture et sport

En 2018, à l’image des précédentes années, la Guinée a réussi à organiser le Festival national des arts et de la culture (FENAC). A cette fête culturelle, il faut ajouter la qualification du Syli national de Guinée pour la CAN 2019 antérieurement prévue au Cameroun et l’organisation du 1er Tour cycliste de Guinée avec la participation d’une dizaine d’équipes internationales.