Guinée : un pays où tous les fondamentaux d’une nation sont raides

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La date symbolique du 02 octobre est une occasion pour marquer une pause et mesurer le chemin parcouru, depuis 62 ans que nous avons accédé à la souveraineté nationale. Mais, plutôt que nous nous perdions à lister des acquis engrangés dans tel ou tel domaine, c’est la situation actuelle de notre pays qui nous inspire cette réflexion à la limite, spontanée. Et c’est le cœur qui va nous porter dans cet épanchement, meurtri qu’il est par tant de douleur ressentie à voir et à entendre, depuis un certain temps, ce qu’on fait à notre patrie commune, ce qu’on y dit, pense et fait. Je ne reconnais plus ou qu’à peine, ce beau pays qui m’a vu naître, ce porte-étendard qui a montré le chemin de l’émancipation à presque toutes les anciennes colonies au sud du Sahara, en optant pour l’indépendance totale au référendum du 28 septembre 1958.

Complainte, supplique, révolte, pleurs et lamentations, je ne sais trop laquelle de ces voies adopter pour tenter de faire un vœu, lancer un cri du cœur pour sensibiliser ou alerter, selon les cas.

La Guinée, notre cher pays, est réputée pour sa légendaire hospitalité. L’étranger y est parfaitement adopté au point de se fondre entièrement dans le microcosme ambiant et prendre racine. Il jouit de tous les privilèges accordés aux nationaux et parfois même plus. Une exception, comme un label et sans forfanterie aucune, qui est unanimement reconnue en dehors de nos frontières. Bien des exemples existent qui l’attestent amplement, si besoin était.

La Guinée s’est toujours illustrée dans sa solidarité agissante à l’endroit des autres, tant sur le continent africain qu’au-delà. Partout où cela s’est avéré nécessaire, elle a dit le mot juste ou fait le geste qui sied. Elle s’est privée pour les autres et a même consentie au sacrifice ultime de ses fils pour libérer ceux qui, les armes à la main, se battaient pour leur indépendance.

C’est tout cela la Guinée et bien d’autres encore que nous n’énumérons pas ici, par souci de modestie et d’humilité. C’est tout cela qui a toujours fait notre bonheur et notre fierté. La Guinée, un beau pays béni. Une nature belle et variée, un sol bien irrigué, un sous-sol plein de ressources, une population paisible et agréable formant un tout, uni et solidaire.

C’est cette Guinée là que nous avons connue. C’est celle-là que nous ont léguée nos parents qui ont conquis l’indépendance pour que nous vivions libres et dignes. A ce moment glorieux de notre histoire commune, nous ne formions qu’un. Chacun s’appelait par le doux nom de guinéen, tout simplement.

Ce lien puissant a été le socle qui a porté haut, la force et la respectabilité dont notre pays a unanimement joui de la part de tous les peuples du monde, amis ou ennemis. La nation existait réellement. Le fonctionnaire de l’époque, comme le simple citoyen ou le colporteur, pouvait se retrouver à l’autre bout du territoire. Il savait qu’il était chez lui. Les gens se liaient d’amitié, traitaient des affaires, vivaient ensemble et se mariaient entre eux, sans aucune restriction, sans aucune inquisition.

Hélas, les années ont passé. Au lieu de solidifier ces atouts formidables qui faisaient de notre pays, l’un des plus respectés et « craints » de la sous-région et au-delà, l’un des plus aptes à se développer rapidement et dans tous les domaines, nous voici réduits à vivre à reculons, à perdre nos repères. On nous entend de partout, nous quereller, nous écharper, nous invectiver et insulter, nous disloquer et affaiblir. Nous voici, ouvrant des failles et prêtant le flanc à l’implosion et, plus grave, à la désintégration de notre case commune (la Guinée).

Nous laissons le fondamental pour nous soucier du superflu et du temporel passionnel, envoûtant et intéressé. Nous nous divisons jusque sur le terrain le plus nauséabond et mortifère qui soit : celui de l’ethnie. Qui donc parmi nous, a décidé de naître ici ou ailleurs, qui a choisi de porter tel nom, d’être ou d’avoir ce que l’autre n’a pas ? Qui est plus digne, noble ou méritant que l’autre ? Personne ! Nous sommes tous venus au monde par la grâce divine.  Chacun de nous a ouvert les yeux dans un environnement donné. Certains, privés de tout, d’autres, déjà comblés par l’opulence de leurs géniteurs. Ce qui n’a pas toujours été, pour eux, une garantie absolue de réussite sociale devant les autres. Ainsi va la vie, pourrait-on dire, avec une once de philosophie. Nous nous enrichissons tous mutuellement. Dans le premier régime, on nous affirmait déjà à l’envi que « L’homme est le capital le plus précieux. » Mais, un bémol suivait toujours pour dire que, cet homme considéré comme capital le plus précieux, «était imparfait, mais perfectible à l’infini.» Il nous était dit également que « l’homme est le produit de son milieu.» Une affirmation indéniable qui justifie pleinement que nous vivions ensemble pour nous enrichir de nos différences et former un tout indissociable qui est la nation.

Dans chaque communauté, il y a des bons et des mauvais. Heureusement que partout, les bons sont de loin, les plus nombreux. Ce qui nous permet encore de vivre ensemble, dans l’harmonie et la cohésion.

Entre les communautés de notre pays, il y a tellement de fusion, d’interpénétration, de brassages, de serments et de pactes séculaires, sacrés et inviolables, que nous avons la certitude que rien des actes ou propos malveillants et diviseurs commis ou proférés ici et là ne pourra désintégrer ces valeurs cardinales que nous avons en partage.

Évitons de tomber dans la peur qui entraîne, plus que le stress de tous les jours, le doute, le scepticisme, le repli sur soi ou la paranoïa. Évitons les pièges de la provocation, la tentation de la vengeance. Évitons le rejet de l’autre. Autour de nous, partout, distillons la bonne parole, véhiculons les idées et informations qui construisent. En somme, soyons apaisés et apaisons les autres.

Ces bonnes paroles, pour qu’elles rayonnent plus, qu’elles vivifient mieux, doivent être portées, en appui aux décideurs, par tout ce que nous avons de ressources intellectuelles et morales, de leaders d’opinion, de personnes consensuelles. Les historiens, sociologues, ethnologues anthropologues, politiciens, religieux, notables, traditionalistes, maîtres de la parole, artistes, sportifs, société civile, etc sont tous concernés, interpellés pour passer le message qui rassemble. Chacun dans sa science et son art.

La matière d’œuvre pour le faire, ne fait pas défaut. Notre histoire commune est riche d’exemples émérites qui vont faire mouche et nous ramener à nos valeurs originelles du vivre ensemble dans l’unité, la paix et la cohésion. Pour que notre beau pays, la Guinée garde son éternel destin de grandeur ! Oui, que Moussa Maléah Camara nous permette de proclamer haut et fort avec lui : « la Guinée est une famille !»