Guinée : un univers orwellien !

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Les médias risquent d’être les premiers à essuyer les plâtres de la réforme constitutionnelle, si l’on en croit ce qui se susurre du côté du parlement, où les nouveaux élus seraient tentés de passer à la trappe la loi organique régissant le fonctionnement de la Haute autorité de la communication (Hac). De quoi provoquer des sueurs froides chez les défenseurs de la liberté d’expression, qui voient dans cette manœuvre la volonté manifeste de vouloir tuer la parole.

Cette chape de plomb qui guette  les médias est un signe du raidissement du pouvoir dans sa tentation du 3ème mandat. C’est du moins l’avis de maints observateurs qui craignent que l’exécutif et le parlement ne se coalisent avec l’avènement de Damaro au perchoir, pour porter le coup de grâce à la liberté d’expression.

Ils en veulent pour preuve l’intrusion du président du parlement, dans ce qui est convenu d’appeler dorénavant « l’affaire » des spots publicitaires du Fndc. Amadou Damaro Camara aurait en effet sommé l’Union des radios et télévisions libres de guinée (Urtelgui) de suspendre la diffusion des annonces du front. C’est vraiment le pompon.

Comme pour illustrer la détermination du pouvoir à tenir la bride haute à son opposition,  la question de ces spots a été évoquée en conseil interministériel, apprend-on.

Les radios qui diffusaient ces spots ont dû alors se plier à ces oukases, de peur de subir la colère du régime.

Au même moment, le parlement serait en train de manœuvrer pour vider la loi sur la Hac de son substrat. A l’allure où va le train, la Hac sera purement et simplement une épée de Damoclès sur l’information.

Les associations de presse tentent de freiner des quatre fers ces tentatives de réforme de la loi régissant le fonctionnement de l’institution, chargée de réguler le fonctionnement des médias en Guinée. Mais sans une synergie d’actions de toute la corporation, il n’est pas évident que le pouvoir face machine arrière.

C’est le lieu de dire qu’avec le virage que le pays est en train de prendre en termes des droits et libertés,  la peur et la consternation commencent à gagner les défenseurs de  la liberté d’expression.

A noter que dans le rapport de Reporters sans frontières (Rsf) 2020, la Guinée a reculé de 3 points dans le classement des pays. Ce que le gouvernement avait  contesté vigoureusement. Arguant qu’‘’en dépit des nombreux dérapages enregistrés au sein de la presse, aucun cas de condamnation de journalistes à des peines privatives de liberté n’a été enregistré en Guinée’’.

Un pouvoir toujours sur la défensive, avec des contre-feux destinés à brouiller simplement les pistes. La vérité est qu’avec un exécutif qui se voit renforcé par sa majorité à l’assemblée nationale, cela peut pousser davantage à des excès de zèle. Et quand c’est ainsi, c’est bonjour les dégâts.