Hydrocarbures : le ministre Diakaria dresse le bilan de son secteur, de 1958 à nos jours

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Comme ses prédécesseurs, la communication du ministre des Hydrocarbures, Diakaria Koulibaly s’est articulée essentiellement ce vendredi 17 janvier autour des principales missions assignées à son département. Il s’agit, entre autres, de la présentation du secteur pétrolier dans son évolution, de l’état des lieux du secteur pétrolier en 2010, des actions menées et des principaux résultats atteints ainsi que des perspectives dans les prochaines années.

Pour rappel, le ministre des Hydrocarbures a indiqué qu’avant l’indépendance, l’approvisionnement du marché local était assuré par les firmes internationales Shell, Mobil et Total). A l’époque, a-t-il dit, le prix du carburant ni administré ni homologué, chacune des sociétés fixait son prix dans un esprit concurrentiel.

Et de poursuivre : « en 1961, c’est-à-dire trois ans après l’accession du pays à l’indépendance, l’Office National des hydrocarbures (ONAH) a été créé par le gouvernement de la première République pour assurer au compte de l’Etat les activités d’importation, de stockage et de distribution du carburant dans le pays. Dans le même domaine d’exploitation pétrolière, le premier puits pétrolier a été foré en 1977 par le partenaire BUTTE (une compagnie américaine). Deux autres puits étaient programmés pour être forés en 1982. Mais ceux-ci n’ont pu être réalisés pour cause de différend de limite maritime entre la République de Guinée et la République de Guinée-Bissau », a-t-il expliqué avant d’ajouter que le différend tranché par la cour internationale de Justice en 1985 après l’abandon du contrat par le partenaire Texas Petroleum pour motif de cas de force majeure relatif au contentieux juridique sur ka zone contractuelle.

D’après le ministre Diakaria Koulibaly, en 1986, un nouveau code pétrolier a été promulgué par le Gouvernement de la deuxième République. En 1990, poursuit-il, l’Office National des hydrocarbures (ONAH) a été privatisé dans le cadre de la politique du retrait de l’Etat des activités commerciales.

« La privatisation a été matérialisée par la liquidation-extinction de l’Office National des Hydrocarbures (ONAH) et   la création d’une société mixte dénommée Société Guinéenne des Pétroles (SGP) suivant un protocole d’accord signé le 18 mai 1990 entre le Gouvernement et les partenaires du secteur privé. En mai 1992, le protocole a été amendé suivant l’avenant N°1 mettant en place les comités paritaire et d’importation ayant pour missions respectives, l’élaboration de la structure des prix de vente du carburant et le pilotage du processus d’approvisionnement du pays en produits pétroliers », a expliqué le ministre des Hydrocarbures.

A en croire le ministre Koulibaly, les travaux de construction du dépôt de Coronthie ont été lancés en 2005 dans le but de conforter les capacités de stockage du pays en gasoil afin de faire face aux besoins énergétiques de plus en plus croissant du secteur minier en forte expansion. « En 2006, un contrat décennal a été signé avec la compagnie Hyperdynamics dans le domaine de la recherche et de la promotion pétrolière », a-t-il ajouté.

Devant la presse, le ministre des Hydrocarbures a déclaré que l’avènement de la troisième République en fin 2010, a trouvé le secteur pétrolier confronté aux difficultés qui sont, entre autres, l’instabilité de l’approvisionnement du pays en carburant avec ses désagréments pour les consommateurs qui achetaient par endroits pour cause de pénurie ou de rupture récurrentes, le litre du carburant au double voir au triple du prix officiel à la pompe ; le besoin d’optimisation de la structure des prix de produits pétroliers ;  la faible capacité de stockage de produits pétroliers ; le vieillissement du parc automobile de transport des hydrocarbures couplé du besoin de renforcement des dispositifs sécuritaires ;  le prix de vente du gaz butane élevé et hors portée du revenu des ménages ; le retard dans les activités de recherche pétrolière ; l’absence d’un programme efficace de formation visant à renforcer les capacités opérationnelles du personnel administratif du secteur pétrolier ;  l’inadaptation du code pétrolier de 1986 au contexte évolutif de l’industrie pétrolière ; la faible couverture du bassin géologique guinéen en données sismiques 2D et 3D constituant un handicap pour l’appréciation du potentiel hydrocarbures du pays et conséquemment un frein pour la recherche pétrolière ; l’inexistence d’un centre de données sismiques.

Réformes majeures engagées

Pour la résolution de ces difficultés et problématiques énumérées, le ministre Koulibaly a annoncé que d’importants progrès et réformes ont été réalisés parmi lesquels. « La stabilisation et sécurisation de l’approvisionnement du pays en produits pétroliers. La création d’une structure étatique à vocation de superviser les activités d’importation et de distribution a permis de stabiliser l’approvisionnement du carburant dans le pays grâce à une meilleure programmation des fourchettes de livraison et au déploiement des superviseurs du département dans les villes de l’intérieur qui remontent au quotidien les situations de stock dans les stations pour des besoins de réapprovisionnement », a-t-il affirmé.

Stabilisation des prix des produits pétroliers dans le pays et sécurisation de l’approvisionnement

Dans la même logique, le ministre Diakaria a déclaré que depuis plus deux ans, l’approvisionnement du pays est stabilisé mettant ainsi fin aux calvaires des consommateurs avant de reconnaitre cela n’exclut évidemment pas de légers soucis momentanés liés aux aléas du métier.

« En plus de la sécurisation de l’approvisionnement en carburant, la qualité des produits pétroliers importés dans le pays a été améliorée courant du mois de mai 2019 par la réduction de la teneur en soufre suivant un Arrêté normatif conjointement signé avec les départements de l’Energie, de l’Environnement, des Eaux et Forêts. La réduction de la teneur en soufre vise à préserver la santé publique, l’environnement ainsi que les conditions mécaniques des engins motorisés. La structure des prix de produits pétroliers a été revisitée, les lignes les moins pertinentes élaguées, d’autres redressées au profit de l’Etat permettant ainsi de bonifier les recettes pétrolières d’environ 70 milliards de francs guinéens par an », a-t-il fait remarquer.

Quid des dépôts pétroliers à Conakry

Sur le plan des capacités de stockage de produits pétroliers, le ministre Koulibaly dira ceci : « les travaux de construction du dépôt de Coronthie sont achevés et l’ouvrage réceptionné en 2012. La mise en service de ce nouveau dépôt a permis d’accroître la capacité de stockage du pays en gasoil passant de 45 000 m3 à 76 000 m3 et de faire face aux besoins énergétiques croissants du secteur minier. En plus du dépôt de Coronthie, un nouveau dépôt aviation (Jet A1) d’une capacité de 1000 m3 a été construit doublant ainsi la capacité du stockage du pays dans le domaine stratégique du trafic aérien. Le parc de camions citernes autrefois vieillissant a été renouvelé par la mise en place d’une politique de rajeunissement concertée avec les opérateurs pétroliers visant à limiter au maximum à cinq ans l’âge des camions citernes à l’importation ».

Sur le plan sécuritaire, il a fait comprendre que la plupart des camions citernes sont dotés d’un système de vidéo surveillance (GPS) permettant en cas de survenance d’accident de situer les causes. « Le système GPS permet également d’afficher les kilométrages parcourus et l’identification des localités livrées. Les données GPS permettent de lutter contre les détournements de destination anciennement pratiqués par certains transporteurs indélicats et de calculer la péréquation transport dans le cadre de la politique d’homologation du prix de carburant à la pompe sur toute l’étendue du territoire », a-t-il dit.

Fonds d’Appui à la Promotion du Gaz Butane

Concernant le gaz butane, le ministre Koulibaly a fait comprendre que l’Etat, dans sa volonté de préserver le couvert végétal fortement entamé par les coupes abusives du bois pour les besoins énergétiques, a pris une mesure fiscale d’exonération des droits et taxes sur les importations du gaz butane au cordon douanier.

« Il convient de préciser que selon les statistiques, le patrimoine forestier du pays régresse chaque année approximativement de 35000 ha exposant notre pays aux effets néfastes du changement climatique. Cette mesure fiscale d’exonération ne concerne pas à ce stade les droits et taxes sur l’importation des accessoires du gaz à savoir (les bouteilles, les supports marmites et les brûleurs). C’est pourquoi, très prochainement le Département proposera un projet de loi dans le sens de l’abandon des droits et taxes sur ces accessoires de gaz. La défiscalisation ainsi pratiquée a permis de baisser en moyenne le prix du gaz de 2010 à nos jours dans les proportions ci-après : la Bouteille de 6 KG est passée environ de 180 000 FG à 120 000 FG soit une   réduction de 60 000 FG par bouteille ; La bouteille de 12.5 KG est passée environ de 350 000 FG à 230 000   FG soit une réduction   120 000 FG par bouteille », a-t-il mentionné.

Pourtant, il dira que malgré cette baisse, le prix du gaz reste toujours hors portée du revenu des ménages constituant ainsi un frein à la pénétration du gaz butane. « Tenant compte de cette réalité, le Département a soutenu et obtenu l’approbation du Conseil des Ministres pour la mise en place d’un Fonds d’Appui à la Promotion du Gaz Butane. L’objectif visé est de protéger le patrimoine forestier national en minimisant la coupe abusive du bois tout en préservant la santé publique par le confort d’utilisation du gaz. Le mécanisme de subvention est en cours de mise en place et pourrait être effectif courant du premier trimestre 2020 », a-t-il martelé.

Forage et exploration pétrolière

Dans le domaine de l’exploration pétrolière, M. Koulibaly a rappelé que deux puits pétroliers ont été forés par la compagnie Hyperdynamics.

« Les analyses des données de ces puits ont établi l’existence de traces de pétroles dans le bassin géologique guinéen sans aboutir à une véritable découverte pétrolière pour cause de défaillance des réservoirs forés. Il est important de mentionner que chaque puits pétrolier foré constitue un pas de géant dans la recherche pétrolière à travers les données du puits qui contribuent à une meilleure connaissance du bassin géologique du pays. Aussi, les échecs des trois (03) puits forés ne doivent désespérés les guinéens, d’autant plus un pays comme le Sénégal n’a jubilé sa première découverte pétrolière commerciale qu’après plus d’une centaine de puits pétroliers forés », a-t-il indiqué.

Formation du personnel, législation pétrolière, procédures d’implantation des stations

Sur le plan de la formation, il a annoncé que des conventions de partenariat ont été signées avec l’Office National des Hydrocarbures et des Mines du Maroc (ONHYM) et l’Institut Français du Pétrole (IFP) pour le renforcement des capacités opérationnelles des cadres du département en vue de construire une expertise nationale apte à gérer le futur pétrolier du pays. « Dans cette dynamique, plus de cent (100) collaborateurs ont été formés dans le domaine varié des spécialités pétrolières », a-t-il précisé.

« Sur le plan de la législation pétrolière, le code Pétrolier de 1986 a été révisé en mars 2014 pour l’adapter au contexte évolutif de l’industrie pétrolière dans un esprit de transparence et de partenariat gagnant-gagnant. En effet, le nouveau code adopté par la loi No 34 du 23 décembre 2014 a apporté les améliorations fondamentales suivantes : Le renforcement de la transparence par l’instauration d’un contrôle préalable de conformité des contrats pétroliers par la Cour Constitutionnelle ; La clarification des rôles des intervenants et des modalités de leurs interactions ; L’actualisation du mode de partage de production en cas de découverte commerciale dans un esprit gagnant-gagnant ; La prise en compte des aspects environnementaux et du contenu local», a-t-il insisté.

Dans le domaine de l’implantation des stations, il a fait savoir qu’un nouvel arrêté conjoint portant procédure administrative de construction et d’exploitation des stations-services en République de Guinée a été signé en novembre 2019. « La signature de cet arrêté conjoint permet de mettre fin à la construction anarchique des stations-services en fixant les critères techniques, sécuritaires et environnementaux pertinents à observer et en règlementant la distribution spatiale des stations », a-t-il signalé.

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