Il faut sauver la femme guinéenne de l’esprit phallocratique.

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En Guinée, il semblerait que la femme n’ait aucune dignité, que si elle a une valeur, celle-ci se réduit à être un objet soumis aux désirs tyranniques des hommes ou à être un instrument pour satisfaire les contraintes d’une culture impitoyablement phallocratique. C’est du moins l’impression qui se dégage de cette tragédie de plus que fut le viol, le meurtre et le découpage de Diaraye Sow. Il est vrai que partout dans le monde les femmes continuent de lutter pour revendiquer leur dignité. En Guinée cependant, la lutte des femmes n’a jamais reçu une réelle traduction politique. Pis, les violences, les injustices et les inégalités qu’elles subissent quotidiennement ne suscitent pas d’indignation collective. Quel est le politicien qui a parlé de la mort tragique de Diaraye Sow ? De ces filles et femmes qui sont victimes de violences à caractère sexuel et qui vivent dans des foyers où la volonté des hommes règne sans partage ? Visiblement, la condition de la femme guinéenne n’intéresse que les ONG, qui luttent dans un contexte où la culture, la politique et même une certaine interprétation de la religion se représentent la femme comme un meuble que déplacent à volonté les désirs souverains des hommes.

Comment expliquer que ni Cellou Dallein Diallo, ni Alpha Condé, ni les autres responsables politiques n’ont évoqué, ne serait-ce qu’en hommage, la mémoire de cette jeune fille de 16 ans sauvagement assassinée à Samatra village. Comment expliquer la tolérance sociale à l’égard de la violence conjugale et les viols que la presse guinéenne rapporte chaque semaine ? Que ces crimes ne suscitent aucune indignation collective et morale, voilà qui devrait susciter une interrogation sur le potentiel humaniste de nos cultures et de notre société. Car, le déni d’humanité dont font l’objet les femmes guinéennes de manière générale ne peut être imputable seulement à la méchanceté de la nature humaine. Il faut aussi questionner les différentes représentations collectives de la femme et leur impact sur l’organisation de la vie sociale.

Une dignité niée  

Par cette interrogation, il ne s’agit pas de faire de chaque homme (masculin) un potentiel criminel : tous les hommes guinéens ne sont des violeurs ou des maris violents. Cette nuance n’empêche pas toutefois que le discours des hommes situe les femmes dans les catégories de la subordination et de l’infériorité. Ce qui s’explique par la manière dont la culture et la religion éduquent les garçons à la problématique du genre. De la division des tâches familiales, en passant par les modes vestimentaires, jusqu’au relations sexuelles, c’est toujours la femme qui doit obéir à des contraintes jugées naturelles et allant de soi. À l’homme est réservé l’incontestable domaine de l’autorité, parce qu’au genre masculin sont liés automatiquement le pouvoir de commandement et la charge financière de la famille. La femme quant à elle est appelée à être docile, à se soumettre, à ne pas déshonorer les parents…comme si le féminin était synonyme de vie passive exempte de toute liberté. Comment alors s’étonner que la société demeure insensible devant les violences faites aux femmes ? Que les solidarités communautaires exercent une pression telle que des femmes renoncent à dénoncer l’autorité tyrannique du mari, du frère et même souvent du père ? On peut se demander si pour certaines femmes, la famille et la communauté ethnique ne sont pas devenues des lieux de privation de la dignité.

La promotion culturelle de l’autorité masculine est aussi largement entretenue par certains discours religieux. Ce n’est pas que l’islam par exemple appelle à violenter les femmes. L’exemple du prophète à lui seul suffirait à dire le contraire. Mais, l’interprétation de certains versets coraniques et traditions prophétiques souscrit à une subordination de la femme, surtout en matière d’obligations conjugales.  Ce qui, pour certains hommes, représente un argument de plus pour asseoir religieusement un droit de commander et de contraindre. Ainsi, parallèlement à la lutte pour la protection juridique des femmes, il faut travailler à une réforme culturelle et religieuse. Pour que la femme guinéenne recouvre son humanité, il faudra la sauver de l’esprit phallocratique lourdement ancré en Guinée.