Impact des manifs en Guinée : consommateurs, entreprises, Etat, tous perdants !

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Pacifiques ou non, autorisées ou pas, les manifestations de protestation en cours en Guinée ont un dénominateur commun : la paralysie des activités économiques. Une réalité dans la capitale Conakry qui pourrait directement ou indirectement toucher l’intérieur du pays. Avec des conséquences à plusieurs niveaux. Tel est l’enseignement tiré des constats et autres consultations faits par de Guineenews sur la situation.

La fermeture des marchés et la cessation même momentanée des activités dans les autres secteurs, étaient une réalité le 14 octobre dernier et les jours suivants à Conakry et dans certaines parties de la Guinée. Même constat le 24 octobre, jour de la marche pourtant autorisée et pacifique de bout en bout. Une paralysie qui saute à l’œil du premier observateur. Non sans susciter la curiosité de savoir jusqu’où ces mouvements impactent négativement la vie économique du pays.

L’exercice est d’autant plus important que ces manifestations coïncident avec la mission du fonds monétaire international (FMI), en Guinée, dans le cadre de la « quatrième revue du programme de Facilité Elargie de Crédit qui s’est soldée par un accord de trois ans pour la Guinée…  Surtout que parmi les recommandations de cette mission, figure en bonne place le fait de « mobiliser des recettes fiscales supplémentaires… » Et que dans la foulée, des structures et autres institutions au niveau national et parfois international, ont fait savoir leur préoccupation quant aux risques liés à l’insécurité.

Il est difficile d’avoir des chiffres, comme souvent quand il s’agit de la Guinée. Néanmoins, il y a des indicateurs qui ne trompent guère. Parmi eux, la fermeture des boutiques et magasins un peu partout dans la capitale guinéenne. Particulièrement à Madina, le plus grand centre économique du pays. Une cessation d’activités qui affecte, à défaut d’entrainer systématiquement une autre, notamment au port autonome de Conakry. Sans oublier le secteur des transports et d’autres services qui sont un maillon important de la chaîne.

Mais pour l’économiste Dr Mamoudou Touré, sollicité par Guineenews à l’effet de porter un regard plus professionnel sur la question, il faut mettre du consommateur au centre du débat.

 « Je perlerai de vous et moi en tant que consommateurs », suggère-il. Et Dr Touré d’expliquer que « …nous allons le ressentir en termes de prix, en termes de non satisfaction de certains besoins parce qu’on ne peut pas acheter ce qu’on veut. Ou si par chance on trouve le produit à la boutique de Paul ou Pierre, le prix est multiplié… » Et de faire remarquer que : « … cette situation n’est pas bon pour les consommateurs encore moins pour les entreprises qui vont perdre des parts non négligeables dans leurs chiffres d’affaires… »

Ce qui n’est pas sans conséquence pour l’Etat selon le spécialiste. Car, dans ces conditions, « …il (l’Etat ndlr) ne peut pas mobiliser suffisamment de recettes parce qu’une partie importante des recettes est mobilisée sur la base de la capacité contributive qui est fonction des revenus… Si votre revenu est moindre, c’est que l’Etat mobilisera moins… »

Il y a aussi, rappelle-t-il, « l’inflation qui dégrade le pouvoir d’achat ». Non sans entraîner la dépréciation du franc guinéen car, contrairement aux récentes affirmations de Gnanga Gomou Komata, le Vice-gouverneur de la Banque Centrale de la République de Guinée, les devises étrangères s’apprécient de façon préoccupante face à la monnaie locale. En tout cas, aux dernières nouvelles, les 100 dollars ont franchi le cap d’un million de francs guinéens chez les cambistes. Sans oublier, toujours au niveau du citoyen lambda, « le fait de ne pas pouvoir jouir d’un certain nombre d’investissements qui sont reportés, arrêtés ou annulés complètement »,

Evitant de s’aventurer dans les chiffres par précaution, Dr Touré résume l’impact économique aux « risques de baisse de recettes, de ralentissement de la croissance économique, de frilosité de l’emploi, de dégradation du climat des affaires, de hausse du risque pays, de l’annulation et du report de dépenses d’investissement. »

Un regard non exhaustif qui n’est pas sans rappeler que les manifestations politiques sont parmi les arguments développés par le gouvernement à chaque fois qu’il est interpellé sur certaines contre-performances en lien avec le développement…