Impasse politique en Guinée : La paix est encore possible…

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Toutes les voix raisonnables devraient être explorées pour éviter que la crise politique actuelle plonge la Guinée dans une redoutable spirale de la violence. C’est la responsabilité ultime du président Alpha Condé. Alors même que la grande majorité des citoyens luttent péniblement pour sauver leurs vies de la précarité, une détérioration de la situation ne pourrait qu’accentuer la vulnérabilité des populations déjà confrontées à une dégradante misère. Or, la radicalité dans laquelle s’emmure le gouvernement et les appels du FNDC à manifester le jour prévu pour le double scrutin constituent des actes préparatoires à éclatement général de la violence. À trois jours des élections, que peuvent les acteurs politiques et la société civile pour empêcher l’irréparable ? Faudrait-il s’en remettre à la violence pour trouver une issue à cette crise politique qui paralyse le pays ?

La médiation avortée des autorités morales et religieuses et les difficultés que rencontre la mission de la CEDEA justifieraient le pessimisme quant à une résolution pacifique de crise. Autrement dit, seule la violence serait l’arbitre idéal, comme ce fut souvent le cas lorsque les autorités politiques font preuve d’un aveuglement corrosif.Alors même que le gouvernent ne cesse de magnifier la paix, les déclarations officielles semble témoigner du contraire. Mais si les autorités entendent réellement donner une chance à la paix, ils devraient faire preuve d’une attitude plus conciliante et favorable au maintien d’un dispositif de médiation interne et externe. Ce qui est loin d’être le cas dans le contexte actuel. Or, en ces temps d’inquiétude sanitaire générale, le gouvernement aurait mieux fait, tout d’abord, de différer l’organisation du double scrutin. Surtout que les infrastructures sanitaires en Guinée ne sont préparées pour répondre à une éventuelle crise sanitaire.

Ensuite, il y aurait lieu, avant la tenue des élections, de donner la chance à la médiation de la CEDEAO et des autres organisations internationales comme l’OIF.  Mais on comprend l’empressement du gouvernement : on veut d’abord les élections ; une violence ensuite ; et finalement, accueillir la mission de la CEDEAO pour enfin montrer que le gouvernement est ouvert au dialogue. En fait, on veut tuer le processus de la médiation et le réactiver apostériori. Ce calcul politique est pourtant périlleux et révèle un terrible manque de jugement, car il suppose que les évènements tourneront à l’avantage des promoteurs du double scrutin.  Envisager une telle possibilité serait sous-estimer la résistance que suscite l’organisation des élections du 22 mars. Si le gouvernement veut réellement donner une chance à la paix, il lui reste à maintenir ouvert le processus de la médiation : ne pas ignorer les appels des autorités religieuses et morales et surtout ne pas tourner le dos à ses pairs dans la sous-région.  Le président a-t-il calculé le prix politique d’une rupture de la confiance au niveau national et au niveau international ? Pour un gouvernement sous perfusion, qui vit de dons et soumis aux réseaux de donateurs, est-ce vraiment prudent, sur le plan politique et économique, de favoriser les conditions de l’éclatement d’une violence qui serait générale ?   Faire de la politique, c’est aussi prendre en considération le long terme. Or, présentement, il se dégage l’impression que le président et ses soutiens font preuve d’un aveuglement qui les empêche de penser au-delà de leur projet contesté. Compte tenu de l’implication des organisations sous régionales, il serait prudent, même pour le clan présidentiel, d’entendre au moins les préoccupations de la CEDEAO et surtout d’entendre l’appel au dialogue lancé par les autorités morales et religieuses du pays. Une chose est claire : la fin de règne des régimes autoritaires nous enseigne que l’entêtement et l’aveuglement sont les pires ennemis des responsables politiques. Que l’on pense seulement à Blaise Compaoré ou Yahya Djamé.