Impossible assainissement de Conakry : quand les terre-pleins deviennent l’odieux réceptacle des ordures

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 »déposez toujours, nous ramasserons un jour ! »

Telle semble être la convention implicite entre les  pollueurs et les éboueurs de ce secteur de Ratoma. Nous sommes sur la route Le Prince, dans  le sens de la remontée, entre Soumanbosiya et le carrefour T5. Sur cette distance d’environ deux kilomètres, le spectacle qui s’offre à la vue est tout sauf agréable ou honorable. Ce qu’on y voit de manière intermittente heurte, surprend et attriste à la fois. Des ordures à n’en plus finir, exposées de façon outrancière et provocatrice. Des sacs, des cartons, des sachets plastiques, tous les genres d’emballages imaginables sont entreposés là, pêle-mêle et pleins de détritus de toutes sortes. Les contenus dégoulinent et répandent leurs contenus salissants et malodorants sur la chaussée. Les odeurs empestent l’atmosphère et amènent les passants à se boucher le nez parfois ou à remonter les vitres de leurs véhicules. Pour faire plus triste, ces colis pourris sont échelonnés tout le long de cette route densément fréquentée. C’est à croire qu’on cherche à narguer ou à choquer. Ils sont mis sur le terre-plein central, ce qui leur offre une exposition et une visibilité optimums. Voilà pour le constat.

Le problème, est que ce n’est pas la première fois que nous en faisons cas. Nous y avons consacré de nombreux articles pour inciter à un changement de comportement. Un éminent compatriote, personnage des plus illustres qui soient, le Cardinal Robert Sarah s’est également prononcé sur le sujet au cours d’un séjour au pays natal qui lui avait permis quelques déplacements dans la capitale. Avec l’aura qui le caractérise, il a appelé à s’élever dans la foi qui passe nécessairement par l’hygiène et la propreté et garantit à l’homme et à son pays une dignité, une responsabilité et une respectabilité.

C’est à croire que le problème d’assainissement dans cette zone indiffère tout le monde, décideurs compris.  Les ordures sur le terre-plein central ‘’vont’’ et ‘’viennent’’. Elles disparaissent pour réapparaître quelque temps après avec des  accentuations variables.  Nous apprenons même, sans avoir pu le vérifier, que ce dépotage-étalage sur la route est le résultat d’une entente tacite entre les populations riveraines et le service de collecte qui assure le ramassage.

Si cela s’avère fondé, il y a alors un manque d’harmonie dans la programmation de cette opération. La forte densité de populations bordant cette route explique aisément cette grande quantité de déchets stockés sur le terre-plein central de cette 2X2 voies. Si au même moment les camions poubelles affectés à cette tâche de nettoyage sont insuffisants du point de vue du nombre et des rotations, il va sans dire que le travail ne sera pas complet. Il y aura toujours des ordures sur la chaussée. Et c’est bien ce qui se passe. Aussitôt ramassées, aussitôt remplacées ! C’est un perpétuel recommencement : déposez toujours, nous ramasserons un jour ! Tel semble être le slogan qui régente le processus de dépôt-enlèvement des ordures.

Il en va ainsi tant que la situation est calme. Dès qu’il y a des remous sociaux ou politiques qui embrasent la ville, tout s’arrête, sauf le déversement ! Lequel est laissé le plus souvent à la charge des enfants qu’on commissionne la nuit, avec tous les risques inhérents.

Il est vrai que les pouvoirs publics ont une responsabilité large et évidente dans cette situation. Ils doivent aménager des points de dépôts et organiser le ramassage régulier des ordures, sensibiliser les citoyens, sanctionner les pollueurs, susciter une émulation pour encourager les bons comportements relevés dans les quartiers.

D’ici que cela soit une réalité tangible, les citoyens doivent s’engager à rester propres. C’est d’abord dans leur propre  intérêt.

Personne ne viendra nettoyer nos maisons à notre place. Nous n’assainissons pas notre environnement pour quelqu’un, non plus nous ne traduisons pas nos colères et frustrations par un déversement d’ordures sur notre route où tout le monde passe et nous juge.

Le problème d’image est fondamental pour camper un individu ou un pays. N’oublions pas aussi que, de la propreté de notre cadre de vie, dépend notre santé individuelle et collective. Dès lors que l’on est propre on est  respectable, on est honorable et digne de la confiance et de la considération de nos semblables.

La religion même recommande la propreté aux fidèles croyants.  Qu’importe que l’on soit riche ! Si l’on n’est pas propre, l’on perd tous les crédits cités plus haut, l’on est déconsidéré et le pauvre passe avant nous dans l’échelle sociale.

N’attendons pas qu’on nous oblige à être propres, prenons grand soin de notre ville qui s’appelait, sous le régime colonial et jusqu’aux premières années de notre indépendance, du doux, prestigieux et enviable nom de ‘’Perle de l’Afrique Occidentale’’.