Incendies de véhicules à Dubréka : les populations remettent ça après l’accident mortel de Gbantama

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Il suffit qu’un accident mortel de la circulation se produise pour qu’on brûle sur place, le véhicule du présumé auteur. Et ce sont des personnes qui n’ont rien à voir avec l’accident qui sont les maîtres d’œuvre dans pareils actes. Se disant indignés et révoltés par la tragédie qui vient de se produire, sans rien attendre, les voici qui estiment rendre justice à leur manière. Ils aspergent d’essence le ou les véhicule (s) qu’il (s) déclarent « coupable (s) » et y mettent le feu, le plus simplement du monde. Au mépris des lois et règlements en vigueur.

Depuis bientôt deux ans qu’on n’en parlait plus, on croyait en avoir fini avec ce mode de règlement anarchiste des questions liées aux accidents de la circulation, surtout ceux mortels. Mais, force est de reconnaître que le phénomène était simplement ‘’sous couveuse’’, attendant qu’un déclic se produise pour le ‘’réveiller’’. Malheureusement, quand c’est le cas, il est toujours sous-tendu et gouverné par les vieux démons de la pyromanie qui poussent ses adeptes à sauter le pas de l’irréparable.

C’est bien ce qui s’est produit le jeudi 08 octobre dans la localité de Gbantama, au PK 32, dans le sens Dubréka-Tanènè, sur la nationale n03.

Selon l’adjudant-chef Issiaga Doumbouya, instructeur, chef de poste, représentant le commandement de la gendarmerie routière à Gbantama, deux véhicules sont en cause dans cet accident mortel associé à l’incendie de l’un d’entre eux. Le camion benne Renault (10 roues), immatriculé RC 2795 AG, chargé de sable, conduit par Amadou Souaré, roulant vers Dubréka et la voiture Mercedes RC 1734 AU, au volant de laquelle, Mohamed Sylla, âgé de 28 ans, se hâtait pour rejoindre son village Limbita, situé à 03 km après Gbantama.

Sur les lieux de l’accident, le tracé de la route est rectiligne. Il ne pleuvait pas. On était aux environs de 19h 30 et la visibilité était sensiblement réduite. C’est dans ces circonstances que le conducteur du camion a tenté de dépasser deux véhicules dont, un taxi qui roulait et un pick-up à l’arrêt. Avant de terminer sa manœuvre, la Mercedes, venant à vive allure dans le sens contraire a surgi devant lui, ne lui laissant aucune échappatoire. D’où la violente collision qui s’en est suivie. Sous l’effet du choc, la voiture s’est littéralement encastrée sous le camion qui l’a repoussée sur une dizaine de mètres, en dehors de la chaussée, avant de s’immobiliser. Le jeune chauffeur, Mohamed Sylla a trouvé la mort sur le coup. Aussitôt, les populations riveraines ont accouru de partout. Le corps du malheureux chauffeur était coincé entre les tôles enchevêtrées de sa Mercedes Pour l’extraire, il a fallu faire recours à un autre camion pour tirer et dissocier les deux véhicules, fortement imbriqués, du fait du choc. C’est dans cette atmosphère tendue, empreinte de vive émotion et de grande colère, que les démons enfouis ont ressurgi. Quelques pseudo secouristes, excités et rageurs sont passés à l’acte. Ils ont sanctionné le camion, en le brûlant !

Pour davantage d’informations sur cette tragédie, nous avons pris langue avec le lieutenant-colonel Michel Koly Sovogui, commandant la gendarmerie routière dont la base se trouve à Cochery, au PK 44, sur la route de Coyah.  Nous apprendrons de lui bien de choses qui permettent une meilleure lecture de ce dossier : « le sieur Amadou Souaré, chauffeur du camion a été interpellé et conduit à notre base. Nous lui imputons le dépassement défectueux, infraction au code de la route à l’origine de cet accident mortel de la circulation. Nous déplorons par ailleurs l’incendie du camion par les populations. Un tel geste constitue un incendie volontaire, infraction prévue et punie par la loi. Nul n’a le droit de se rendre justice ou de prétendre le faire au nom de quelqu’un d’autre, supposé victime. Il faut toujours faire recours à la loi et en pareilles circonstances, c’est à la gendarmerie seule qu’il revient de gérer la situation, quelle que soit sa gravité. Nos hommes, arrivés sur les lieux, ont tout fait pour ramener le calme et éviter qu’un cas d’incendie de véhicule vienne s’ajouter au dossier d’accident mortel. Malheureusement, c’était la nuit et la foule était nombreuse et agitée. Ils n’ont pas pu convaincre grand monde. Et voilà qu’un autre mal est venu s’ajouter au premier. Nous demandons l’appui de tout le monde pour arrêter définitivement cette mauvaise pratique. Malgré nos moyens très limités, nous faisons l’effort d’accomplir le plus correctement possible, notre mission. Que nous arrivions aussitôt ou pas, sur un lieu d’accident, qu’est ce qui peut pousser des individus, simples curieux, à incendier librement un véhicule, alors qu’ils ne sont en rien concernés dans le problème. De quoi se mêlent-ils ? Ils ne sont ni auteurs, ni victimes. Ils ne sont ni propriétaires, ni convoyeurs. Et dans tous les cas, le véhicule n’est jamais coupable dans un accident. Il y a longtemps déjà que cette mauvaise pratique avait cessé. En attendant que notre mobilité soit renforcée, nous allons inviter tous les acteurs du système des transports routiers à nous aider à toujours mieux sensibiliser, éduquer et informer les citoyens, pour qu’ils se gardent de tels actes qui ne nous honorent pas. »